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Asie - pacifique EUROPE

Les dirigeants européens convoitent les immenses réserves chinoises

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 14/02/2012

L’UE entend profiter du sommet sino-européen pour convaincre la Chine d’injecter quelques milliards d’euros dans son Fonds européen de stabilité financière. Mais Pékin rechigne à investir massivement dans une zone économique toujours en crise.

En pleine crise de la dette dans la zone euro, les dirigeants de l’Union européenne sont partis chercher un peu de réconfort à Pékin, où se tient mardi et mercredi le 14e sommet sino-européen, qui devrait être largement dominé par les questions économiques.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, doivent être reçus en grandes pompes dans la capitale chinoise par le chef de l’État Hu Jintao, après avoir été accueillis mardi matin par le Premier ministre Wen Jiabao (photo).

Dès l’ouverture de la réunion, ce dernier a indiqué que son pays était prêt ‘’à participer davantage à la recherche d’une solution à la crise de la dette en Europe’’, sans préciser toutefois si son pays allait bien investir dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF).

3 200 milliards de dollars de réserve

Toujours plongée dans la tourmente financière, l’UE lorgne les immenses réserves monétaires chinoises pour l’aider à compléter sa propre réserve de liquidités, qui doit servir à venir en aide aux pays en difficultés financières et qu’elle espère voir s’élever à 500 milliards d’euros.

‘’Les pays de la zone euro ne sont pas capables d’y pourvoir eux-mêmes, c’est pour cela qu’ils sont obligés de se tourner vers la Chine et ses 3 200 milliards de dollars de réserve de change’’, explique l’économiste Frédéric Bonnevay, associé d'Anthera Partners.

La Chine, qui a déjà acheté énormément de bons du Trésor américain au cours des dernières années, envisage désormais d’investir dans de la dette européenne en apportant des fonds au FESF et à son successeur, le MES.

Pour ce faire, l’économiste précise que la Chine dispose de plusieurs méthodes. ‘’Soit Pékin contourne le FESF et prête directement à un État de l’UE, mais c’est un scénario hautement improbable. Soit la Chine investit directement dans le FESF, c’est ce que les dirigeants européens sont venus chercher à Pékin. Enfin, les dirigeants chinois peuvent décider d’accorder une aide plus indirecte à l’UE, via le FMI par exemple.’’

L’UE, premier partenaire commercial de la Chine

Les bonnes intentions de Pékin envers l’UE ne sont pas désintéressées, l’Union européenne étant le premier partenaire commercial du pays, avec des échanges qui ont dépassé les 500 milliards d’euros en 2011. Une dépendance qu’a tenu à rappeler dès le début du sommet Herman Van Rompuy. "Les deux économies sont devenues si interdépendantes qu'un changement dans le taux de croissance de l'un des deux partenaires stratégiques a un impact direct et palpable sur l'autre", a souligné le président du Conseil européen.

La chancelière allemande en visite en Chine

La question des dettes souveraines européennes préoccupe en effet Pékin au premier chef, confirme Frédéric Bonnevay. ‘’Une récession en Europe aurait un impact massif sur le dynamisme de la croissance en Chine’’, prédit-il, tout en précisant que cela pourrait ne pas durer. ‘’L’importance de l’Europe sur l’économie chinoise s’atténue peu à peu du fait du développement du marché intérieur chinois. Mieux vaut pour l’UE abattre tôt ses cartes avant qu’il ne soit trop tard…’’.

Toujours méfiant quant à la solidité de certaines économies de la zone euro, Pékin n’a pas encore pris le moindre engagement chiffré en faveur du FESF. Cruelle coïncidence, l’ouverture du sommet sino-européen intervient le jour où l’agence Moody's dégrade la note de solvabilité de six pays de l’UE et en place trois autres, dont la France, sous surveillance négative.

‘’En cas d’échecs des négociations, l’Europe se retrouverait le bec dans l’eau et totalement décrédibilisé sur le plan international", met en garde Frédéric Bonnevay. "Sans parler des répercussions directes et violentes sur les marchés obligataires".

Première publication : 14/02/2012

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