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Economie

Moody's examine l'idée de priver Paris, Londres et Vienne de leur triple A

Texte par Dépêche

Dernière modification : 14/02/2012

Moody's a abaissé la perspective du triple A de la France de stable à négative. Conséquence du climat général d'incertitude au sein de la zone euro, l'agence de notation américaine a également réévalué huit autres pays de l'UE.

REUTERS - Moody's a abaissé la perspective de la note Aaa de la France de stable à négative lundi soir, conséquence selon elle des incertitudes pesant sur la conjoncture de la zone euro et sur les objectifs de Paris en matière de réduction de déficits.

L'agence de notation a également ajusté les notes et les perspectives de huit autres pays de l'Union européenne dont la Grande-Bretagne et l'Italie.

Le rappel à l'ordre de Moody's intervient un mois jour pour jour après la décision de Standard & Poor's d'abaisser d'un cran la note de la France, de AAA à AA+, en réaction à l'aggravation des problèmes politiques, financiers et monétaires de la zone euro.

Moody's a maintenu la note Aaa de la France lundi, la meilleure possible, mais prévenu que celle-ci pourrait faire l'objet d'un abaissement si le gouvernement échouait à mettre en oeuvre ses réformes économiques et budgétaires.

L'euro et la livre sterling ont reculé face au dollar après ces annonces.

Dans un communiqué, l'agence souligne que les incertitudes liées aux réformes institutionnelles envisagées dans l'Union économique et monétaire, couplées à des perspectives économiques faibles, continueront à affecter la confiance des marchés financiers.

Moody's constate par ailleurs que les chiffres de la dette française continuent de se dégrader et que la France se situe parmi les pays notés Aaa "les plus faibles" en la matière.

L'agence met également en avant "les risques significatifs" auxquels le gouvernement français devra faire face pour atteindre ses objectifs de réduction des déficits publics.

"Ceux-ci pourraient encore se compliquer par le besoin de venir en aide à d'autres pays européens ou à son propre système bancaire", peut-on lire dans le document.

Le ministre de l'Economie François Baroin a déclaré mardi "prendre acte" de la décision de Moody's.

"Le gouvernement est déterminé à poursuivre son action au service de la croissance, de la compétitivité avec notamment la réforme de financement de la protection sociale, de l'emploi et de la réduction des déficits publics", écrit le ministère dans un communiqué. Bercy ajoute que la politique du gouvernement "s'inscrit dans un cadre et une méthode de long terme".

L'Elysée et Matignon n'ont pas réagi dans l'immédiat.

Sur fond de crise grecque

De fait, la crise des dettes souveraines en Europe s'intensifie. Le gouvernement grec a été invité lundi par ses partenaires européens à présenter de nouveaux gages de sa volonté de réforme malgré l'adoption, la veille, d'un plan d'austérité par un parlement assiégé par des milliers de manifestants.

Ces dispositions sont exigées par la "troïka" (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne) en échange d'un plan d'aide de 130 milliards d'euros indispensable avant le 20 mars, date d'une importante échéance pour la dette du pays (14,5 milliards d'euros à rembourser).

Moody's avait prévenu le 16 janvier qu'elle examinait la perspective stable de la note de la France et qu'elle actualiserait les notes des pays de l'Union européenne au premier trimestre.

Standard & Poor's et Moody's s'étaient inquiétées de la dérive des finances publiques françaises et averti du risque que les réformes économiques du gouvernement fragilisent la croissance, pilier sur lequel s'appuie justement Paris pour parvenir à atteindre ses objectifs de consolidation.

Le gouvernement a repoussé de 2013 à 2014 la semaine dernière la baisse de son ratio dette sur produit intérieur brut du fait de la participation de la France au Mécanisme européen de stabilité (MES) qui doit soutenir les Etats de la zone euro en difficulté et dont la mise en service est programmée au 1er juillet.

Les engagements français de réduction du déficit public sont toutefois confirmés, à 4,5% du PIB fin 2012 et 3% en 2013.

Mais la Cour des comptes, qui certifie les comptes publics, a estimé qu'à peine 10% de l'effort total qui doit permettre de ramener à zéro le déficit structurel de la France - en 2016 d'après Bercy - avait été réalisé l'an dernier.

 

 

Première publication : 14/02/2012

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