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Moyen-orient

Washington qualifie de "plaisanterie" le référendum constitutionnel du régime

Vidéo par Shirli SITBON

Texte par Dépêche

Dernière modification : 15/02/2012

Le référendum portant sur le projet de nouvelle Constitution syrienne a été qualifié de "plaisanterie" par la Maison Blanche, ce mercredi. Un peu plus tôt dans la journée, le régime syrien avait annoncé sa tenue le 26 février prochain.

AFP - Le régime syrien a annoncé mercredi la tenue d'un référendum le 26 février sur un projet de nouvelle Constitution qui mettrait fin au monopole du parti Baas, au pouvoir depuis près de 50 ans, sans pour autant cesser de réprimer la révolte populaire, en particulier à Homs (centre).

"Le système politique sera basé sur le principe du pluralisme politique et le pouvoir sera exercé démocratiquement à travers des élections", assure le texte du projet de Constitution, publié par les médias officiels syriens. Aux Etats-Unis, le porte-parole de la Maison Blanche a qualifié cette annonce de "plaisanterie". "Les promesses de réformes ont généralement été suivies d'une augmentation des violences et n'ont jamais été concrétisées par ce régime" depuis 11 mois, a rappelé Jay Carney.

La Russie, grande alliée de Damas, a en revanche estimé que cette idée était "la bienvenue". "Nous pensons très certainement qu'une nouvelle Constitution qui va mettre un terme à la domination d'un seul parti en Syrie est un pas en avant", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Le chef de la diplomatie russe, qui doit rencontrer son homologue français Alain Juppé jeudi à Vienne pour discuter de la situation en Syrie, a également estimé que les tentatives de certains pays d'isoler le président syrien Bachar al-Assad et son gouvernement étaient "une erreur".

La Constitution syrienne actuelle, adoptée en 1973, dispose dans son article 8 que le parti Baas, au pouvoir depuis 1963, est "le dirigeant de l'Etat et de la société". Le nouveau texte propose de supprimer cette clause mais précise qu'il sera "interdit de créer des partis sur des bases religieuses, confessionnelles ou raciales".

La suppression de l'article 8 de la Constitution était l'une des revendications essentielles des opposants au début du mouvement de contestation à la mi-mars 2011. Mais ils réclament désormais le départ pur et simple de Bachar al-Assad.

Sur le terrain, la liste des morts s'est encore allongée, avec au moins 33 personnes tuées mercredi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Cinq soldats ont ainsi été tués à Sarmine, dans la province d'Idleb (nord-ouest) par des bombes posées par des déserteurs. Et des civils, dont un enfant de 12 ans, sont encore tombés sous les tirs des forces de sécurité à Homs ou encore dans les provinces de Hama (centre) et Idleb.

Homs, surnommée la "capitale de la révolution", restait pratiquement coupée du monde, tandis que les combats meurtriers entre déserteurs et armée redoublaient de violence et que des dizaines d'arrestations avaient lieu chaque jour sur l'ensemble du territoire.

Selon Amnesty International, au moins 377 civils, dont 29 enfants, ont été tués à Homs depuis le 3 février, et des centaines de blessés graves sont bloqués dans la ville et privés de soins adéquats. L'OSDH avait déjà fait état de plus de 450 morts dans cette même période à Homs.

De plus, l'organisation a exprimé mercredi son inquiétude pour la ville de Hama, où des renforts militaires ont été envoyés mais où toutes les communications étaient coupées.

Dans ce contexte, l'Assemblée générale de l'ONU doit se prononcer jeudi sur un projet de résolution qui condamne la répression, moins de deux semaines après le blocage d'un texte similaire au Conseil de sécurité. L'adoption du texte est très probable mais sa portée sera surtout symbolique.

Selon nombre d'analystes, l'annonce du référendum semble être une tentative du régime, pour calmer l'émotion de la communauté internationale face à une répression qui a fait plus de 6.000 morts en 11 mois.

"Lancer des propositions comme ça et tenter de tenir un référendum alors que les combats font rage est, pour le moins qu'on puisse dire, pas réaliste", affirme à l'AFP Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

Profondément divisée sur la Syrie, la communauté internationale étudie la proposition d'une force de paix, avancée dimanche par la Ligue arabe.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a cependant répété que l'Alliance atlantique n'avait "absolument aucune intention d'intervenir en Syrie".

En visite à Lisbonne, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, a expliqué que son pays chercherait à dégager "un consensus et un message unifié" lors de la conférence du "groupe des amis du peuple syrien" qu'elle accueillera le 24 février.

Comme tous les jours depuis des mois, les condamnations des violences en Syrie se sont succédé mercredi.

M. Juppé a souhaité que l'ONU discute de la création de couloirs humanitaires "permettant aux ONG d'atteindre les zones qui font l'objet de massacres absolument scandaleux". La Turquie a aussi exhorté l'ONU à obtenir que l'aide humanitaire puisse parvenir aux civils touchés par les violences.


Carte offensive ciblée sur Homs


Et le gouvernement britannique et le Vatican ont lancé un appel conjoint "pour un arrêt immédiat des violences en Syrie".

Cependant, une partie de la population syrienne soutient toujours le président Assad, et mercredi, des dizaines de jeunes se sont rassemblés devant l'ambassade de Russie à Damas pour "remercier la Russie et à la Chine", selon la télévision publique.

A l'écran, une jeune femme a appelé avec insistance le président à "faire intervenir l'armée (dans les villes syriennes) afin de nous débarrasser des gangs". "Nous te prions de frapper d'une main de fer", a-t-elle lancé.

 

Première publication : 15/02/2012

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