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SPORT

Dopage : "La suspicion qui pèse sur le sport espagnol est légitime"

Texte par Sylvain MORNET

Dernière modification : 16/02/2012

Le nouveau ministre espagnol des Sports, José Ignacio Wert, a reconnu que son pays avait un problème avec le dopage, alors que plusieurs sportifs ibériques ont été impliqués récemment dans des affaires, comme le cycliste Alberto Contador.

L’Espagne a un problème avec le dopage et le gouvernement va rapidement harmoniser la législation du pays avec les règlements de l’Agence mondiale antidopage (AMA), telles ont été les déclarations, mardi 14 février, du nouveau ministre espagnol des Sports, José Ignacio Wert. Ses propos contrastent avec la vague d’indignation du public espagnol suscitée par les différents sketchs des Guignols de l’info en France stigmatisant la pratique du dopage en Espagne. Les marionettes avaient, entre autres, moqué la récente suspension du cycliste ibérique Alberto Contador, contrôlé positif sur le Tour de France 2010.

Le docteur Jean-Pierre de Mondenard, ancien médecin du Tour de France et auteur de "La Grande Imposture" (éd. Hugo et Cie), revient pour FRANCE 24 sur les pratiques actuelles de dopage et les soupçons qui pèsent sur l’Espagne.

 

La grande imposture - J.P. De Mondenard (Hugo & Cie)

France 24 - Comment réagissez-vous aux propos du ministre espagnol des Sports qui avoue que l’Espagne a un problème avec le dopage ?

Jean-Pierre de Mondenard - En effet, il est fort probable qu’il y ait un problème de dopage en Espagne. En 2006, quand l’affaire Puerto a éclaté [mise au jour d’un trafic de poches de sang en Espagne chez des cyclistes, footballeurs, tennismen, ndlr], de nombreux athlètes ont été mis en examen, mais seuls des cyclistes étrangers, comme Ivan Basso et Jan Ullrich, ont été condamnés. Alejandro Valverde fut l'unique espagnol à être condamné, mais il l'a été par la justice italienne.

On voit que le cyclisme est gangrené par le dopage. Mais ce n’est pas le seul sport touché. Le dopage est omniprésent dans le sport de haut niveau. On en retrouve partout : football, basket, tennis ou encore dans des disciplines plus confidentielles comme le tir à l’arc ou les fléchettes !

F24 - L’Espagne est vraiment au cœur de la tourmente en ce moment…

J.-P. M. - Mais c’est normal ! Il y a toujours du dopage quand une nation domine le sport mondial. L’histoire nous le prouve : l’Allemagne de l’Est dans les années 1970-1980, les États-Unis et l’URSS au moment de la guerre froide, la Finlande en ski de fond en 2001, les Chinois en natation en 2008.

La suspicion sur l’Espagne est donc légitime. Car, actuellement, on ne peut pas prouver que l’on ne se dope pas. Les contrôles anti-dopage sont inopérants, donc ce n’est pas parce que l’on ne se fait pas prendre, que l’on n’est pas dopé !

F24 - Comment a-t-on pu en arriver là ?

J.-P. M. - Aujourd’hui, la lutte anti-dopage ne peut pas marcher. Tout simplement car c’est le monde du sport qui gère cette lutte.

Jean-Pierre de Mondenard s'attaque au dopage dans le cyclisme

Avez-vous déjà vu dans un jury d’assises, le jugement rendu par la famille des prévenus ? Avez-vous déjà vu dans une entreprise, le patron être également délégué syndical ? Non ! Et bien en sport, c’est comme cela que ça se passe. Les fédérations nationales ou internationales, comme l’Union cycliste internationale, ne doivent pas s’occuper de la lutte anti-dopage. Il faut un système indépendant. Les politiques doivent être également partie prenante dans cette lutte.

En ce moment, tout est fait pour montrer que "nous" luttons contre le dopage, tout en ayant la volonté de mettre en cause un minimum de sportifs.

Cela ne peut pas marcher. Il faut un organe de lutte indépendant, avec des gens compétents aux postes-clés comme Alessandro Donatti, en Italie, qui s’est occupé de l’affaire Puerto, ou Werner Frank, en Allemagne, qui avait révélé le scandale du dopage en Allemagne de l’Est.

Le problème c’est que ces personnes ne sont pas aux postes adéquats. La lutte anti-dopage n’est pas dans les mains des bonnes personnes pour être crédible.

F24 - Les déclarations du ministre espagnol des Sports interviennent aussi alors que Madrid souhaite organiser les Jeux olympiques 2020 et que la lutte contre le dopage demeure un thème porteur.

J.-P. M. - C’est pourquoi, je trouve que ses déclarations sont "marketing". Il faut faire de la communication autour de la lutte anti-dopage. L’éthique pour le Comité international olympique (CIO) est très importante. On veut montrer que l’on lutte, mais surtout en attrapant pas grand monde.

C’est malheureux mais, actuellement, les gendarmes sont les seuls à lutter efficacement contre le dopage. Sur le Tour d’Italie, en juin 2001, une centaine de contrôles n’ont révélé que deux cas positifs. À côté de cela, la Guardia a fait une descente au sein des équipes et a retrouvé 52 valises contenant de l’EPO ! Le contrôle anti-dopage est donc un écran de fumée.

Pensez-vous que nous ayons la science pour suivre ceux qui se dopent de manière sophistiquée ? Moi, je ne pense pas. Nous attrapons les dopés simplets (dopey dopers), nous n'attrapons pas les dopés sophistiqués"

David Howman, directeur général de l’AMA, devant les Etats signataires de la Convention de l'Unesco sur le dopage dans le sport, réunis en conférence à Paris en novembre 2011.

Pour preuve, le directeur général de l’AMA, le Néo-Zélandais David Howman, a déclaré en novembre 2011 devant l’Unesco que les résultats de l’Agence étaient "pitoyables" [258 267 tests anti-dopages en 2010 à travers la planète, pour seulement 36 contrôles positifs à l'EPO].

La lutte anti-dopage, ce sont des amateurs qui la pratiquent, alors qu’en face ce sont des professionnels qui en bénéficient. Toute la différence est là !

F24 - À ce titre l’affaire Contador est exemplaire…

J.-P. M. - Prendre le cycliste espagnol au clenbutérol lors du jour de repos du Tour de France 2010 le 21 juillet, cela a bien fait rire tout le monde.

Car il n’a été déclaré positif que ce jour-là, malgré des contrôles quotidiens. Or si son contrôle positif avait été dû à un complément alimentaire, comme l’a déclaré le Tribunal arbitral du sport [TAS], on en aurait retrouvé des traces lors des contrôles suivants… Mais là, rien ! La thèse du complément alimentaire ne tient donc pas la route.

En général, à chaque fois que les sportifs se font prendre, c’est parce qu’ils ignorent ce qu’ils prennent. En revanche, pour les produits dopants qu’ils utilisent sciemment, ils ne se font pas prendre !

Première publication : 16/02/2012

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