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Afrique

Le président ivoirien Alassane Ouattara élu à la tête de la Cédéao

Dernière modification : 17/02/2012

Le chef d’État ivoirien Alassane Ouattara a été élu président de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Il succède au président nigérian Goodluck Jonathan pour un mandat d'un an renouvelable.

AFP - Pur démocrate pour ses partisans, comploteur installé par la force et la France pour ses adversaires, Alassane Ouattara, devenu vendredi chef de l'organisation régionale ouest-africaine, incarne les déchirements d'une Côte d'Ivoire qu'il préside depuis moins d'un an.

Seul Premier ministre du "père de la Nation" Félix Houphouët-Boigny, haut dirigeant du Fonds monétaire international (FMI), chef de l'Etat et désormais patron de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour un an: ce CV en or ne dit rien de la vie tumultueuse qu'a vécue ce technocrate policé de 70 ans au fil des convulsions ivoiriennes de deux décennies.

Le 11 avril 2011, il accède enfin au pouvoir, mais au terme de la pire épreuve qu'a connue le pays.

Le refus du président sortant Laurent Gbagbo de se retirer après sa défaite au scrutin de novembre 2010 a provoqué une crise qui a fait quelque 3.000 morts et réveillé les démons ivoiriens, politiques, ethniques et religieux.

Ouattara vit quatre mois reclus avec les siens au "Golf hôtel" d'Abidjan sous blocus. Et ne s'installe au palais présidentiel que grâce aux ex-rebelles descendus du nord, vainqueurs d'une guerre de deux semaines avec l'appui décisif de l'ONU et surtout de l'ex-puissance coloniale française.

Auparavant, des années de polémiques ont fait d'Alassane Dramane Ouattara ("ADO"), issu du nord majoritairement musulman, le symbole de la crise identitaire qui déchire le pays.

Né le 1er janvier 1942 à Dimbokro (centre), il accomplit la majorité de sa scolarité au Burkina Faso voisin. Après un doctorat en économie aux Etats-Unis, il entre en 1968 au FMI et devient en 1983 vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), dont il sera plus tard gouverneur.

Il reconnaîtra lui-même avoir occupé plusieurs postes au titre de la Haute Volta, ce qui va alimenter l'interminable débat sur sa nationalité.

En 1990, il est nommé Premier ministre par le président Houphouët-Boigny, fonction qu'il exerce jusqu'à la mort du "Vieux" en 1993.

"Ivoirité"


Jugeant le scrutin non transparent, il renonce à se présenter à la présidentielle en 1995 face à Henri Konan Bédié, qui a succédé à Houphouët.

Mais redoutant ses ambitions, le camp Bédié tente de prouver l'inéligibilité de Ouattara, accusé d'être d'origine burkinabè, et entonne le refrain de l'"ivoirité". Ce concept nationaliste va exacerber les tensions dans ce pays de forte immigration.

A l'été 1999, "ADO" quitte son poste de directeur général adjoint du FMI: revenu à Abidjan, il se lance pour la présidentielle de 2000, mais sa candidature est rejetée pour "nationalité douteuse".

Après le putsch manqué de 2002, la fracture ivoirienne s'aggrave avec la partition du territoire en un sud tenu par le camp Gbagbo et un nord rebelle.

Pour le régime Gbagbo, pas de doute: Ouattara est le "cerveau" ou le "parrain" de la rébellion. Marié à une Française, Dominique Folloroux, l'économiste à la voix traînante et au style mesuré s'en défendra toujours.

Finalement, sur pression sud-africaine, Gbagbo valide en 2005 sa candidature à la présidentielle, scrutin reporté jusqu'en 2010 et qui plonge le pays dans l'abîme.

Aux commandes depuis moins d'un an, Ouattara se pose comme celui qui enracine "l'état de droit" et remet la Côte d'Ivoire "au travail", avec la bénédiction de ses partenaires internationaux, qui ne lésinent pas sur les appuis financiers.

Mais les ex-rebelles à qui il doit tant brouillent son image: ils sont accusés d'avoir perpétré des tueries dans l'ouest durant la guerre de mars-avril 2011 et, désormais intégrés de fait dans l'armée, les Forces républicaines (FRCI), ils continuent de commettre des exactions.

Il a enfin fort à faire pour réconcilier le pays, lui qui est souvent accusé de couvrir une "justice des vainqueurs" aux dépens des partisans de Laurent Gbagbo, envoyé à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Il n'y aura pas d'"impunité", jure Ouattara.

Première publication : 17/02/2012

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