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Moyen-orient

Appelés aux urnes, les Yéménites veulent tourner la page Saleh

©

Vidéo par Kéthévane GORJESTANI , Josh VARDEY

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 21/02/2012

Les Yéménites doivent voter ce mardi pour désigner le successeur d'Ali Abdallah Saleh, qui a gouverné le pays pendant près de trente ans mais a dû céder le pouvoir après un an de manifestations populaires. Seul un candidat est en lice.

Des bureaux de vote fermés après des attaques

La moitié des bureaux de vote pour l'élection présidentielle à Aden, principale ville du Sud du Yémen, ont été fermés mardi à la suite d'attaques de séparatistes sudistes, a indiqué à l'AFP un responsable gouvernemental.

"La moitié des bureaux de vote à Aden ont été fermés après avoir été envahis par des hommes armés du Mouvement sudiste" qui a appelé au boycott du scrutin et à "la désobéissance civile", a déclaré le responsable sous couvert d'anonymat.

Dix des 20 bureaux de vote d'Aden ont été fermés, selon lui.
 

Les Yéménites sont appelés aux urnes mardi 21 février pour l'élection présidentielle, plus d’un an après le début du soulèvement populaire qui a conduit au départ du président Ali Abdallah Saleh. Fait pour le moins surprenant, un seul candidat est en lice, l’actuel vice-président Abd Rabbo Mansour Hadj, désigné par Saleh lui-même. Homme de consensus, Mansour Jadj devrait être élu pour un mandat de transition de deux ans.

Une élection avec un candidat unique

Pierre angulaire de l’accord de transition signé en novembre à Ryad entre Saleh et l'opposition, cette élection est attendue avec impatience par une partie de la population yéménite. Lors des manifestations qui se sont déroulées cette semaine, on a pu notamment lire sur les banderoles : "Le 21 février est le jour où le Yémen va renaître", ou encore : "C'est fini, le règne de l'assassin". Mais des contre-manifestations ont également eu lieu, émaillées souvent de heurts.

Cette issue laisse cependant songeurs nombre d’observateurs. Pour Didier Billion, spécialiste du Moyen Orient et Directeur des publications de l’Institut de Recherche internationales et stratégiques, le scrutin est "troublant" au regard des principes démocratiques réclamés, il estime néanmoins que "c’est peut-être une solution du moindre mal pour tous".

Le compromis qui a été trouvé se résume à "un accord tacite entre le pouvoir et l’opposition pour sortir le pays de l’impasse", résume M. Billion. Tout dialogue semblait en effet rompu entre Saleh et les partis d’opposition alors que dans le même temps, la mobilisation de la rue, amorcée début janvier 2011, ne faiblissait pas. Ni la répression du régime.

Le Yémen, situation stratégique d'un pays fragilisé

Une élection rapide et qui satisfasse le plus grand monde est d’autant plus souhaitée qu’elle est nécessaire pour renforcer le pays fragilisé. Le Yémen comporte en effet des éléments inquiétants tant à l’échelle nationale que régionale. Le pays est au prise avec une rébellion de tribus houtistes au Nord, mais également avec des éléments séparatistes présents au sud, notamment le Mouvement sudiste.

Plus inquiétante encore est la présence "des poches jihadistes, liées à Al-Qaïda, que le flottement lié au soulèvement a contribué à renforcer", rappelle Didier Billion. "Le Yémen est un pays qui a failli tomber dans une situation chaotique à la somalienne", résume-t-il. Et de conclure : "l’accord de transition, ou plutôt d’évolution, s’il n’est pas satisfaisant du point de vue d’un processus démocratique sert précisément à maintenir une certaine stabilité."

"Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont directement ou indirectement poussé à cet accord pour éviter principalement que la situation ne dégénère", explique-t-il encore. Riyad, dont on a vu la promptitude à réprimer le soulèvement au Bahrein, redoute qu’une situation d’instabilité au Yémen ne fasse tache d’huile dans la région.

Des violences à craindre

Cependant, ce scrutin ne suscite pas l’enthousiasme de l’ensemble de la population. Depuis le début du mois de février, nombre de manifestations ont été organisées à Sanaa contre ces élections.

Didier Billion tient toutefois à nuancer le poids des contestataires. "La majeur partie de l’opposition a accepté l’accord, c’est donc une minorité qui manifeste son mécontentement", rappelle-t-il. "Pour l’essentiel, les jeunes qui étaient en première ligne du soulèvement [le mouvement des Jeunes de la révolution, NDLR] et qui se sentent aujourd’hui trahis", poursuit-il.

L'accord prévoit que les jeunes seront invités à participer au dialogue national qui doit suivre l'élection présidentielle, mais aucun contact n’a encore été établi avec le futur président.

Des incidents, parfois meurtriers, ont par ailleurs émaillés les dernières semaines. Un attentat-suicide meurtrier a notamment été perpétré mardi, devant un bureau électoral à Aden, ville portuaire au sud du pays. "Avec la configuration du Yémen, il est vraisemblable de craindre des violences", estime d’ailleurs Didier Billion.

Enfin, le président Saleh, qui a été grièvement blessé dans une attaque contre son palais à Sanaa en juin, se trouve depuis fin janvier aux États-Unis pour y recevoir des soins médicaux. Son visa court jusqu’à la fin du mois de mars 2012. "Il est tout à fait probable qu’il rentre au Yémen et tente de rejouer un rôle politique en tant que président de son parti", pressent Didier Billion, qui rappelle que des législatives sont à prévoir dans le pays.

Première publication : 17/02/2012

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