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Afrique

Macky Sall, l'homme défie Abdoulaye Wade au second tour

©

Vidéo par Julie ALBET

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 12/03/2012

Macky Sall s’apprête à affronter Abdoulaye Wade, au cours d’un second tour de la présidentielle sénégalaise. Après une campagne de près de trois ans, l'ancien fidèle du président sortant pourrait s’asseoir dans le fauteuil de son ex-mentor.

Trois ans que Macky Sall, 50 ans, prépare cette élection. "La présidentielle, c’est un but", affirmait-il à l'hebdomadaire "Jeune Afrique" en mai 2011. Depuis 2009, l'ex-Premier ministre sénégalais sillonne son pays pour faire connaître son nom et celui de son parti politique, l’Alliance pour la République (APR). Avec succès. Longtemps dans le giron politique d’Abdoulaye Wade, il s’apprête à affronter son ancien mentor lors du second tour de la présidentielle.

Macky Sall a longtemps été un pilier du parti présidentiel, le Parti démocratique sénégalais (PDS). Celui qu’il accuse aujourd’hui de "violer la Constitution" en se présentant pour un troisième mandat consécutif lui a autrefois confié le ministère des Mines et de l’Énergie en 2001, puis celui de l’Intérieur en 2003. En 2004, Abdoulaye Wade finit même par lui mettre entre les mains les rênes du gouvernement, qu’il conserve jusqu’en juin 2007. La même année, il est nommé numéro 2 du PSD.

À la tête du gouvernement, Micky Sall fait des émules. Ingénieur géologue de formation, son esprit pragmatique et son efficacité séduisent. Si ses ministres l’apprécient pour sa souplesse, certains de ses proches lui reproche cependant son manque de fermeté. Homme de confiance du "Vieux" – surnom du président sortant –, il est nommé directeur de campagne pour la présidentielle de février 2007. Wade remporte le scrutin haut la main dès le premier tour, avec 53 % des voix. Quatre mois plus tard, Macky Sall quitte son poste de Premier ministre pour celui de président de l’Assemblée nationale.

La "lourde faute politique" de Sall

Puis en novembre 2007, c’est le coup de théâtre. Macky tombe brutalement en disgrâce. On lui reproche une "lourde faute politique", selon les termes de l'entourage présidentiel. Son erreur ? Avoir demandé des comptes à Karim Wade, le fils du chef de l'État, pour sa gestion controversée du chantier de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci) à Dakar. Du jour au lendemain, Sall devient indésirable. Wade exige qu’il démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale. Sall refuse. "On ne pensait pas qu’il était capable de lui dire ‘non’", confie l’un de ses proches, cité par "Jeune Afrique".

La chute est douloureuse pour Macky Sall, qui soutenait inconditionnellement Abdoulaye Wade depuis sa première candidature à la présidence en 1983. Son mandat à la tête de l’Assemblée nationale est réduit de cinq à un an, son poste au sein du PSD est supprimé. Un an après sa mise au ban, il finit par démissionner du parti et du perchoir. Il crée l’Alliance pour la République et part, selon sa propre expression, "battre campagne" aux quatre coins du Sénégal.

Un homme peu charismatique mais compétent

En trois ans, l’homme réputé introverti et peu bavard n’a pas beaucoup gagné en charisme. Piètre orateur, il parle d’une voix monocorde au débit particulièrement lent. Il est également réputé peu souriant et sans fantaisie, ce qui lui a valu le surnom de "Niangal Sall" : "Sall le sévère" en wolof. Malgré ce déficit d'image, il parvient à conquérir une partie des Sénégalais. Ses atouts ? Les observateurs et politologues le disent "honnête", "sérieux", "compétent" et "intègre".

Maire de Fatick, une ville à 140 km de Dakar, Macky a réussi à étendre son influence bien au-delà de sa région d’origine grâce, notamment, à sa maîtrise de trois langues régionales en plus du français et de l’anglais. Son âge joue également en sa faveur face à un Abdoulaye Wade vieillissant. "Les hommes politiques au Sénégal sont en place depuis les années 1960. Le peuple sénégalais en a assez, il veut du changement, des gens ouverts sur le monde", confirme Emmanuel Faye, l’un de ses partisans.

Macky Sall semble donc désormais à même d’incarner l’alternative face au président en place depuis 12 ans. L’opposition, qui s’était fédérée autour du Mouvement du 23-Juin (M23) pour contrer Wade et qui espérait être représentée par un candidat unique, reste un peu amère après la candidature solitaire de Sall. Elle a malgré tout promis de s’unir derrière "le candidat d’opposition le mieux placé". Macky Sall semble donc bien parti pour le second tour. Ce que confirme Philippe Hugon, spécialiste du Sénégal à l’Institut de recherche international et stratégique (Iris) : "Sall est extrêmement compétent et capable d’apaiser les tensions. Je pense qu’il a de grandes chances de remporter la présidentielle au second tour".


 

Première publication : 28/02/2012

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