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Moyen-orient

La révolution divise la scène artistique syrienne

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 02/03/2012

Depuis le début du soulèvement en Syrie, nombre d'intellectuels et de célébrités ont pris position, suscitant des émotions parfois contraires au sein de la population. Retour sur les liaisons dangereuses qu’ils entretiennent avec le régime.

A la une de l’actualité depuis plus de onze mois, en raison du soulèvement sans précédent de sa population et de la répression du régime, la Syrie a longtemps été célèbre pour sa riche scène artistique. Depuis une dizaine d’années, le pays était ainsi devenu le premier producteur de séries télévisées dans le monde arabe. Des réalisations très appréciées du public, non seulement en Syrie mais dans toute la région.

Mais depuis le début du soulèvement, la donne a changé pour de multiples raisons.

Ce foisonnement de productions se faisait, en grande partie, grâce à l’ouverture du secteur aux capitaux étrangers, notamment aux grands conglomérats du Golfe, mais aussi grâce à l’appui et aux encouragements du pouvoir.

Entre le pouvoir et les artistes, une relation ambigüe

"Le pouvoir facilitait tout pour les réalisateurs et les acteurs", témoigne Cécile Boëx, chercheuse à l’Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS), spécialiste notamment de la scène artistique syrienne. Elle a vécu plus de dix ans en Syrie et est proche des milieux du cinéma et de la télévision.

"J’ai moi-même assisté à un tournage sur une base militaire, des hélicoptères de l’armée était mis à disposition des équipes de tournage", relate-t-elle encore.

Dans le même temps, elle observe une certaine collusion entre le régime et le monde de la télévision. "De manière assez fine, le pouvoir cherchait à rester proche des artistes et des intellectuels : tout en leur laissant croire qu’ils avaient une certaine latitude, il établissait les limites à ne pas franchir", explique-t-elle. Elle évoque par exemple l’existence de séries, comme "Spotlight", caractérisées par une liberté de ton certaine et qui se permet une subtile critique du pouvoir. Selon elle, par ce type de relation ambigüe, le régime tirait profit du travail des artistes - et surtout de l’image qu’ils renvoyaient du pays.

Des artistes auraient subi des pressions pour revenir sur leurs positions

"La véritable nature de la relation entre les artistes, de la télévision notamment, et le pouvoir a éclaté au grand jour avec la révolution, quand certains, pensant que leur position leur laissait une certaine marge de manœuvre, ont voulu prendre position", analyse Cécile Boëx.

Voyant par exemple la répression menée par Bachar al-Assad à Deraa, lieu de naissance de la contestation, des acteurs et de réalisateurs se sont regroupés fin avril pour signer un manifeste intitulé "Sous le toit de la nation", dans lequel ils appelaient à l’arrêt des violences et au dialogue. Bien que modérés, leurs propos n’ont pas été du goût du pouvoir. Ils ont ainsi essuyé les critiques des autorités et de leurs pairs.

Quelques jours plus tard, un deuxième manifeste était rendu public. Dans un texte intitulé "Le manifeste du lait", un bon nombre de vedettes de la télévision, en grande partie des actrices, montaient au créneau pour demander l’acheminement de l'aide humanitaire et de vivres aux enfants de Deraa. 

Les signataires des manifestes appelant à la fin des violences à Deraa invités à s'expliquer à la télévision syrienne

La réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre. La plupart d’entre eux ont subi de très graves menaces et ont été contraints de se rétracter sur la chaîne de télévision publique", raconte Cécile Boëx. "Ceux qui n’ont pas voulu revenir sur leur position ont fui la Syrie précipitamment, comme Yara Sabri, une vedette de la télévision", relate-t-elle encore. Aujourd’hui, tous ceux qui ont pris position dans ce genre de manifeste n’ont plus le droit de travailler à la télévision ou au cinéma. D’après Cécile Boëx, le pouvoir a interdit aux 22 sociétés de production présentes en Syrie de travailler avec eux.

D’autres sont allés plus loin, mêlant leur voix à celles des contestataires. On se souvient par exemple de l’actrice May Skaf, qui a passé quelques jours en prison pour avoir participé à une manifestation pro-démocratie au cœur de Damas ou encore de Fadwa Souleiman, une actrice qui a épousé la cause des manifestants de Homs. "Dans des quartiers comme Khalidye à Homs, où on n’avait pas une très haute opinion des actrices, Fadwa Souleiman est aujourd’hui considérée comme une véritable icône", relève par ailleurs Cécile Boëx.

Une scène divisée

Aujourd’hui la scène artistique syrienne offre une image divisée. Contrairement à ceux cités plus haut qui ont choisi le camp de la révolution, des acteurs et chanteurs continuent d’afficher leur soutien à Bachar al-Assad. Dored Lahham, acteur adulé et véritable star des années 1980, est allé jusqu’à prêtér son visage à une campagne de communication du pouvoir en faveur de l’unité du pays.

Mais au-delà des choix qu’ils ont fait, les réalisateurs, scénaristes et autres acteurs n’ont

Des internautes ont dressé une liste noire ou liste de la honte des artistes syriens soutiens du régime d'al-Assad

fait que suivre la rue syrienne. Ils n’ont pas été à l’origine du mouvement, tentant cependant d’y prendre part, chacun à sa manière. Cécile Boëx observe qu’un inversement des rôles a eu lieu : "Les professionnels du cinéma et de la télévision se retrouvent spectateurs et c’est la rue, et même des catégories peu éduquées, qui écrit désormais le scénario des événements."

Reste à savoir si la crise que traverse le pays ne va pas compter, comme victime supplémentaire, le déclin de l’industrie audiovisuelle. Cécile Boëx ne le pense pas. "Il y a un très grand potentiel artistique en Syrie", estime-t-elle. "Aujourd’hui, à l’extérieur du pays, des Syriens continuent de produire." Et de conclure : "La donne est en train de changer."

Première publication : 02/03/2012

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