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EUROPE

Le communiste Guennadi Ziouganov en embuscade face à Vladimir Poutine

Vidéo par Ksenia BOLCHAKOVA

Texte par Dépêche

Dernière modification : 02/03/2012

Vingt ans après la chute du bloc soviétique, les communistes représentent la deuxième force politique de la Russie et espèrent faire un bon score dimanche à l'élection présidentielle. À leur tête, un ancien apparatchik : Guennadi Ziouganov.

AFP - Ancien apparatchik soviétique, il glorifie Staline mais prie devant une relique orthodoxe: le communiste Guennadi Ziouganov, candidat à la présidentielle du 4 mars, est le chef d'un parti d'opposition qui n'a jamais vraiment inquiété le pouvoir de Vladimir Poutine.

Cet homme costaud de 67 ans à la voix grave et au discours imprégné de clichés soviétiques en est à sa quatrième campagne présidentielle.

En 1996, il a perdu pour la première fois, alors qu'il était au coude à coude avec un Boris Eltsine affaibli. Depuis, il traîne l'image de l'"éternel second" mais continue de se représenter et de diriger le Parti communiste de Russie dont il est président depuis sa formation en 1990.

Il assure avoir "de bonnes chances" de gagner cette fois face à l'homme fort du pays Vladimir Poutine, cible ces trois derniers mois d'une vague de contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 2000.

Le PC a amélioré son score aux législatives de décembre grâce à des voix de protestataires qui ont voté contre le parti de M. Poutine, Russie unie.

Comme l'opposition libérale, il a dénoncé les fraudes électorales lors des législatives de décembre.

Mais comme les partisans de Poutine, Guennadi Ziouganov fustige dans les manifestations de l'opposition le risque de "la peste orange", en référence à la "révolution orange", un soulèvement pacifique contre des fraudes électorales qui avait porté au pouvoir des pro-occidentaux en Ukraine en 2004.

Le chef du PC s'en prend aux ministres "incompétents" mais ne critique jamais directement Vladimir Poutine.

"Ziouganov est un opposant dans un système où toute opposition doit être autorisée par le pouvoir. En même temps, pour garder ses soutiens, il ne doit pas se comporter comme s'il faisait partie du régime", explique le politologue Iouri Korgouniouk de la fondation Indem.

"D'où une très grande flexibilité de Ziouganov, sa capacité à s'adapter, à profiter des occasions", poursuit-il.

Son attachement aux idéaux de l'URSS - un Etat farouchement antireligieux - n'a pas empêché cet ancien professeur de mathématiques et responsable de l'idéologie du parti à l'époque soviétique de se recueillir en novembre devant une relique orthodoxe afin de "mener à bien, avec foi, la campagne électorale".

Dans un ouvrage distribué dans le cadre de sa campagne, M. Ziouganov consacre plusieurs chapitres à Lénine, "un génie intellectuel qui est toujours avec nous" et Staline "révolutionnaire et patriote dont les idées sont d'actualité dans la Russie d'aujourd'hui face à la menace de la globalisation à l'américaine".

"Plus de la moitié des Russes considèrent Staline comme une grande personnalité. C'est avantageux pour Ziouganov (de le glorifier), pour ne pas perdre son électorat", souligne le politologue Vladimir Pribylovski, du centre d'études politiques Panorama.

Mais pour Iouri Korgouniouk, de la fondation Indem, "en exploitant l'image de Staline, le PC s'est retrouvé dans un piège" ce qui l'empêche de devenir un parti social-démocrate moderne.

"Cette question sera sans doute réglée après le départ de Ziouganov", souligne Nikolaï Petrov du centre Carnegie de Moscou.

Selon l'analyste, Ziouganov, dirigeant inamovible du PC russe, est "un problème pour le parti" qui "a un réseau très développé, de fortes cellules régionales et compte dans ses rangs beaucoup de gens respectés, des jeunes, des scientifiques..."

"Le parti est soutenu par ceux qui sont mécontents de l'effondrement de la science, de l'industrie ou du système de santé publique ou des jeunes qui réagissent à l'injustice sociale, la corruption et le cynisme du pouvoir", conclut l'analyste.

Dans son programme électoral, Guennadi Zioganov qui a deux enfants et huit petits-enfants, promet de rétablir la gratuité dans l'éducation et la santé, faire renaître l'industrie et nationaliser les ressources et les secteurs économiques clé.

 

Première publication : 02/03/2012

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