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Moyen-orient

À Baba Amr, "chaque jour qui passe est un jour de perdu"

Vidéo par Aurore DUPUIS

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 05/03/2012

Quelques jours après la prise du quartier de Baba Amr, à Homs, par les autorités syriennes, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est toujours interdit d'accès. Entretien avec Frédéric Joli (photo), porte-parole du CICR en France.

En dépit des pressions internationales, aucune équipe de la Croix-Rouge n’a pu encore entrer à Baba Amr, bastion rebelle de la ville de Homs, repris le jeudi 25 février par les autorités syriennes après des semaines de pilonnage. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS) sont toujours actuellement en négociation avec le pouvoir syrien qui leur bloque l'accès du quartier. Entretien avec Frédéric Joli, porte-parole du CICR en France.

 

FRANCE 24 - Quelle est la situation humanitaire à Baba Amr ?

Frédéric Joli - Chaque jour qui passe est un jour de perdu. On sait que certaines familles ont pu fuir le quartier et se sont réfugiées dans des villes voisines où elles ont pu être hébergées par leur famille. D’autres habitants, en revanche, sont dramatiquement bloqués, affaiblis par la faim, la peur ou la maladie. Ils n’ont plus rien à manger, ils n’osent plus sortir de chez eux de peur d’être la cible de bombardements. Il est par ailleurs difficile d'évaluer précisément les besoins.

Aujourd’hui, aux abords de ce quartier assiégé et pilonné pendant près d'un mois, où tout fait défaut, un convoi de sept camions chargés d'aide d'urgence du CICR attend. Des vivres, des kits d’hygiène, des médicaments et des couvertures sont prêts à être distribués par les hommes du Croissant-Rouge syrien qui représentent le plus gros de l’aide humanitaire. Pour la population comme pour les hommes du CICR et du Croissant-Rouge syrien, l’attente est longue et stressante. Tous sont tenus par l’angoisse et tributaires de l’avancée des négociations entre le CICR et les différents acteurs du conflit.

F24 - Pourquoi l’aide humanitaire du CICR ne parvient-elle pas à être acheminée dans le quartier de Baba Amr ?

F. J. - Nous attendons le feu vert des autorités. Dans ce genre de conflit, la situation ne cesse de changer et un accord qui peut nous être délivré un jour correspond à une réalité qui n’est pas forcément la même le lendemain. Nous avons pu faire deux incursions dans Baba Amr, mais aujourd’hui, la volatilité des échanges des combattants condamne toute intervention. Les autorités justifient leur refus pour des raisons sécuritaires.

Et si certains analystes avancent qu’il s’agit là d’un moyen pour les hommes de Bachar al-Assad de gagner du temps et ainsi de "cacher leurs crimes", ce n’est certainement pas au CICR d’en juger. Au CICR, nous avons un devoir de neutralité et n’avons aucun commentaire à apporter à la situation. Notre rôle est de venir au secours de la population. Un blessé n’a plus d’appartenance à un camp, c’est une victime à secourir.

F24 - Que peut faire le CICR aujourd’hui ?

F. J. - Tant que le CICR maintient les négociations avec les autorités syriennes et les

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La responsable des opérations humanitaires de l'ONU Valerie Amos se rendra en Syrie à partir de mercredi pour tenter d'obtenir un accès humanitaire "sans entrave", a annoncé Mme Amos lundi dans un communiqué.

"Les autorités syriennes ont confirmé que je peux visiter la Syrie cette semaine. J'arriverai à Damas mercredi 7 mars et partirai le vendredi 9 mars", a-t-elle précisé.

"Comme me l'a demandé le secrétaire général (de l'ONU Ban Ki-moon), mon objectif est de prier instamment toutes les parties prenantes de laisser entrer sans entrave les travailleurs humanitaires afin qu'ils évacuent les blessés et livrent les fournitures essentielles", a expliqué Mme Amos. (AFP)

 

différentes branches des combattants, nous gardons tout espoir. Pour l’heure, le CIRC parvient tout de même à venir en aide au reste de la population syrienne. Nous avons commencé la distribution d'aide dans plusieurs villages comme Abel, situé à trois kilomètres de Baba Amr, où sont réfugiées des familles. Si nous avons réussi à obtenir partout ailleurs les autorisations nécessaires pour nos interventions, il n’empêche que chacune d’entre elles fait l’objet de longues négociations au préalable. Rien n’est facile.

Mais la légitimité acquise par le CICR depuis de nombreuses années lui permet d’intervenir plus facilement. Nous avons par exemple joué un rôle important dans le rapatriement des dépouilles des journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik. Nous n’avons pas de rôle particulier à jouer vis-à-vis des journalistes mais ils entrent dans nos préoccupations dès qu’ils deviennent des victimes. Dès que les autorités syriennes nous ont donné leur accord, nous avons pu affréter les dépouilles dans les ambulances du Croissant-Rouge syrien accompagné d’un délégué du CICR.

Si le CICR n’a pas de problème d’approvisionnement ni de logistique, l’organisation doit malgré tout porter des efforts supplémentaires sur la confiance. Les personnes du CICR et du Croissant-Rouge syrien ont pris beaucoup de risques et ont perdu du temps pour faire sortir Édith Bouvier et William Daniels car ils ont cru à des rumeurs d’enlèvements des hommes du Croissant-Rouge venus les chercher. Heureusement, les deux journalistes sont aujourd’hui soignés dans leur pays d’origine en toute sécurité. Le sort des habitants de Baba Amr est moins certain.

 

 

Première publication : 05/03/2012

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