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Asie - pacifique

Le Japon se cherche un modèle énergétique

Vidéo par Aude SOUFI

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 12/03/2012

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Japon a dû revoir son modèle de production énergétique. Un processus qui n’est pas encore achevé alors qu’un comité gouvernemental doit décider cet été d’une nouvelle stratégie en la matière.

"L'énergie nucléaire est désormais plus sûre qu'elle ne l'était il y a un an," assurait, le 5 mars, Yukiya Amano, directeur-général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) au siège de l'agence onusienne à Vienne. Le Japonais poursuivait en affirmant que son pays avait parcouru "un long chemin" depuis la catastrophe de Fukushima le 11 mars 2011.

Ce discours était censé encourager le retour au nucléaire dans un pays qui compte 54 réacteurs nucléaires mais dont deux seulement sont toujours en fonction. Alors qu’il était question, avant le séisme, de porter la part du nucléaire dans la capacité électrogène totale du Japon de 27 % à 50 % d'ici à 2030, le projet a été remis à l’étude par le Premier ministre Yoshihiko Noda en septembre dernier.

"Le Japon est un pays tellement industrialisé qu’il est difficile de se passer de cette énergie. De plus, les balances commerciales sont déstabilisées par le prix des importations et, à terme, le problème se fera ressentir sur la dette publique", explique Evelyne Dourille-Feer, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) et spécialiste du Japon.

Ces arguments semblent avoir fait pencher la balance au sommet de l’Etat et des mesures ont été prises pour renforcer la sécurité de certains réacteurs. Des travaux de consolidation ont été entrepris: renforcement des enceintes autour de certaines centrales, rehaussage des digues, tests de résistance des réacteurs.

Une rigueur exemplaire en matière d'économie d'énergie

En attendant une éventuelle remise en marche de ses réacteurs, le Japon, qui a peu de ressources fossiles, dépend grandement de l’extérieur. À la suite de l’accident, les centrales thermiques dites classiques ont repris du service et avec elles les importations de charbon, de gaz naturel liquéfié, de fioul. De quoi expliquer le déficit commercial dont la troisième puissance économique mondiale a été victime en 2011, une première depuis 1980.

Pour économiser l'électricité, l'absence d'éclairage est parfois saisissante comme à Akihabara, un quartier de Tokyo. Crédit photo : kanpai.fr
Parallèlement à l’utilisation accrue des centrales thermiques, des systèmes D ont vu le jour depuis un an au Japon. Confrontés au manque d’électricité, les Japonais n’ont pas eu d’autre choix que de restreindre leur consommation. Éteindre les lumières, utiliser des ampoules LED, augmenter de quelques degrés les climatiseurs ou encore encourager le travail en dehors des heures de pointe et le ralentissement des chaînes de production : autant de recommandations du gouvernement suivies à la lettre et qui ont porté leurs fruits. Durant la période estivale 2011, 18 % d’économies d’électricité ont été réalisées dans la région du grand Tokyo et 15 % autour de Fukushima. Aucune coupure d'électricité n’a été enregistrée dans le pays durant cette période.

Un record encourageant pour le pays - déjà sacré champion mondial de l’économie d’énergie au lendemain du choc pétrolier de 1973 - selon la spécialiste Evelyne Dourille-Feer. "Ce que vit le Japon est très grave mais il faut voir cela comme une chance d’innover dans le domaine des énergies nouvelles et en matière d’économie d’énergie."

"Fukushima a été un électrochoc"

Selon Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire, malgré les mesures de sûreté, l’énergie nucléaire demeure dangereuse. "Fukushima a été un électrochoc et le nucléaire n’est pas plus sûr aujourd’hui qu’avant." Pour la militante française, le danger est d’autant plus grand au Japon, où les menaces de tsunami sont fréquentes. Une crainte que partage la population nippone : en juin 2011, 75 % des Japonais étaient favorables à une sortie du nucléaire. "Cette sortie est précipitée par les évènements et non dictée par un modèle, mais le Japon en est capable," poursuit-elle.

Alternative crédible, le domaine des énergies renouvelables est en plein essor. En septembre 2011, alors qu'il proposait de "repartir d'une page blanche et présenter d'ici à l'été prochain un nouveau plan énergétique à l'horizon 2030", le Premier ministre japonais Yoshihiko Noda avait mis l’accent sur ce type d’énergies, emboîtant le pas à son prédécesseur. En juin 2011, l’ancien Premier ministre Naoto Kan avait fait adopter une loi sur le développement et l'usage des énergies renouvelables. Le texte, qui entrera en vigueur en juillet 2012, établit pour une durée de 20 ans des tarifs d'achat préférentiels pour l’électricité éolienne, solaire, hydraulique, géothermique et issue de la biomasse.

Minimes dans le paysage actuel, les énergies renouvelables sont appelées à jouer un rôle grandissant. À titre expérimental, une ferme à éoliennes flottantes va être installée au large de Fukushima.

Le nucléaire, les centrales thermiques, le recours aux économies ou encore les énergies renouvelables… Entre ces diverses options, difficile de trancher. "Il semble que l’on s’oriente vers un mélange entre le nucléaire et les autres énergies, mais la reprise, même partielle, de l’activité nucléaire doit encore être approuvée par la population," analyse Evelyne Dourille-Feer, pour qui il est encore trop tôt pour trouver une solution. "Le pays est en plein tâtonnement, les communes ne savent pas encore quoi construire et comment le faire."

Réponse attendue cet été alors qu’un comité doit statuer sur la poursuite du nucléaire et sur l’avenir énergétique du Japon.

Première publication : 07/03/2012

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