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FRANCE

Le parfumeur Jean-Paul Guerlain à nouveau poursuivi pour injures raciales

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 09/03/2012

Une nouvelle plainte pour "injures raciales" a été déposée contre le parfumeur, qui aurait tenu des propos déplacés contre des agents de l'Eurostar. Un nouveau dérapage reflet d'un racisme ordinaire, selon le chercheur Pascal Blanchard.

Le parfumeur Jean-Paul Guerlain ferait de nouveau l’objet d’une plainte pour injures raciales, selon la radio France Info. Les faits remonteraient au 24 février dernier. En retard pour prendre l’Eurostar à la gare du Nord, à Paris, il se serait vu refuser l’accès au train. Jean-Paul Guerlain se serait alors emporté violemment contre les trois agents qui l’aidaient à se déplacer en fauteuil roulant. Deux d’entre eux sont noirs, le troisième est une femme d’origine asiatique. "La France est un pays de merde, c’est une boîte de merde et en plus on est servi que par des immigrés", aurait-il alors déclaré.

Les trois agents ont dénoncé sur les ondes de France Info "des propos pleins de mépris" et ont déposé plainte pour "injures raciales", affirme la station.

Une procédure similaire à l’encontre de Jean-Paul Guerlain avait déjà été déclenchée, en octobre 2010. À l'époque, celui-ci, interrogé sur la création d'un nouveau parfum, avait déclaré sur France 2 : "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin...". Une affaire dans laquelle le délibéré du tribunal correctionnel de Paris est attendu le 29 mars. S'il est condamné, Guerlain, qui a depuis présenté ses excuses, encourt une amende de 7500 euros au moins.

"Le reflet d’un racisme ordinaire"

Le parfumeur n’est pas la seule personnalité à être l'auteur de ce genre de dérapages. L’actrice Brigitte Bardot, par exemple, a plusieurs fois été condamnée pour "incitation à la haine raciale", après avoir tenu des propos discriminatoires concernant, notamment, les musulmans.

Plus que des cas isolés, ce genre de déclaration "reflète bien un racisme ordinaire", selon Pascal Blanchard, historien et chercheur associé au CNRS. Il s’agirait, pour lui, à la fois d’un problème "culturel et générationnel".

Dans le cas de Jean-Paul Guerlain, Pascal Blanchard estime que le personnage, âgé de plus de 70 ans, "n’est simplement pas sorti de son temps", avant de rappeler que ces propos, aujourd'hui choquants, étaient "parfaitement tolérés à l'époque coloniale, d’autant plus au sein de la société aisée à laquelle appartient M. Guerlain".

"Il n’a pas hésité a professer en public des choses que, peut-être, d’autres pensent sans les dire", relève encore l'historien. "Ce qui a changé de nos jours, et que d’autres que lui ont certainement compris, c’est qu’on ne peut plus parler ainsi sans courir de risques, sans être puni par la loi", analyse-t-il.

Un "héritage culturel"

Au-delà de la question générationnelle, Pascal Blanchard explique ces éruptions racistes comme le fruit "d’un héritage culturel". "C’est une véritable culture qui vient de nos ancêtres. Il n’y a pas si longtemps, comme le montre l’exposition 'L’invention du sauvage' au Musée du quai Branly, on allait voir les noirs exhibés au Jardin d’acclimatation", rappelle-t-il.

Reste que la France n’est pas la seule concernée par ces dérapages. "Il suffit de passer un peu de temps à la terrasse d’un café de Louisiane [États-Unis] pour se rendre compte que la guerre de Sécession n’est pas tout à fait terminée, ou en Afrique du Sud pour constater que l’apartheid est toujours présent dans les esprits", analyse le chercheur.

"Il faut que nos sociétés actuelles fassent tout un travail de déconstruction pour se débarrasser des préjugés acquis dans le passé, à des époques où, par exemple, on justifiait la colonisation dans les manuels scolaires de façon raciste", conclut celui-ci.

Première publication : 09/03/2012

  • FRANCE

    Jean-Paul Guerlain devant la justice pour injure raciale

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