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Moyen-orient

"À Damas, Kofi Annan ne jouit pas de la réputation d’un ami proche"

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Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 12/03/2012

Mandaté par l’ONU et la Ligue arabe pour obtenir un cessez-le-feu en Syrie, Kofi Annan n’a pas laissé un très bon souvenir au régime de Bachar Al-Assad, rappelle Judith Cahen, spécialiste de la Syrie à l’Inalco.

Kofi Annan s’entretenait samedi 10 mars avec Bachar al-Assad à Damas. A l’issue de la rencontre, le président syrien a affirmé être favorable à tout effort "sincère" pour résoudre la crise, alors même que ses forces bombardaient les rebelles dans la ville d'Idleb (nord-ouest).

Missionné par l’ONU et la Ligue arabe pour tenter de trouver une issue au conflit qui secoue le pays depuis un an, Kofi Annan n’est pas particulièrement bien perçu par le régime syrien, explique Judith Cahen, spécialiste de la politique française en Syrie, actuellement directrice de cabinet du président de l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) à Paris.

FRANCE 24 : De quel passif jouit Kofi Annan au Moyen-Orient ?

Judith Cahen

Judith Cahen : Il faut se souvenir que plusieurs évènements propices aux tensions entre la dictature syrienne et l’ONU ont eu lieu alors que Kofi Annan dirigeait l'organisation. C’est sous son mandat qu’a eu lieu l’invasion américaine de l’Irak. Certes la chute du dictateur de Bagdad était positive pour la Syrie car Saddam Hussein représentait le frère ennemi de toujours. Mais Damas voyait dans l’arrivée de milliers de soldats américains à sa frontière orientale un danger pour sa propre survie. Et ce d’autant plus que les troupes occidentales avaient envahi le pays sans qu’aucune résolution onusienne n’ait préalablement été votée.

Puis, en septembre 2005, sous l’impulsion de la France, la résolution 1559 a été adoptée par l’ONU, résolution qui exigeait le retrait des troupes étrangères du Liban et qui visait évidemment, mais sans la nommer, la Syrie. Fait paradoxal à noter cependant, Damas a toujours été attentif à ne jamais aller à l’encontre de la politique de l’ONU dans la région.

Kofi Annan est-il bien connu et estimé par Bachar al-Assad ?

J.C. : En Syrie, Kofi Annan ne jouit pas de la réputation d’un ami proche. Il était secrétaire des Nations unies depuis trois ans lorsque que Bachar al-Assad a hérité du pouvoir de son père.

Ce qui explique que Kofi Annan ne soit pas tellement aimé en Syrie, c’est qu’il dirigeait l’ONU lorsque le Premier ministre libanais Rafic Hariri a été assassiné et qu’il a contribué à la mise en place de ce qui est ensuite devenu le tribunal spécial chargé de juger les assassins d'Hariri. Les Syriens, dans cet assassinat et dans l’enquête qui s’en est suivie, ont toujours soutenu être innocents et ont vu un acharnement de la communauté internationale à leur encontre. Bachar al-Assad accusera d’ailleurs l’ONU d’appliquer une politique du deux poids deux mesures avec la Syrie. On comprend ainsi mieux le background des relations entre Bachar al-Assad et Kofi Annan et la difficulté de la mission de l’envoyé spécial.

Jusqu’où Kofi Annan peut-il aller ?

J.C. : La mission de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe est quasi impossible même si elle peut être interprétée comme indispensable au moment où la communauté internationale, divisée, est à bout de ressources pour mettre fin au bain de sang. Je reste persuadée que les responsables syriens s’opposent à l’idée qu’une médiation diplomatique comme celle que mène Kofi Annan puisse être l’occasion de trouver une solution politique. Ce serait un aveu de faiblesse pour un régime qui, depuis maintenant plus de 40 ans, ne compte que sur la répression pour régler sa politique intérieure. L’expérience et les arguments de persuasion apportés par Kofi Annan n’arriveront pas, je le crains, à avancer là où les émissaires de la Ligue arabe ont échoué.

Est-il tout de même possible de sortir de l’impasse ?

J.C. : La seule chose possible selon moi, c’est l'ouverture de couloirs humanitaires. Mais là encore la situation est complexe car, contrairement à ce à quoi on assistait en Syrie jusqu’il y a quelques semaines encore, le risque djihadiste commence à être plus réel qu’auparavant. Ainsi, comme l’écrit Nora Benkorich dans une tribune du "Monde" : "L'assassinat, vendredi 10 février, à Damas, du général de brigade et médecin Issa Al-Khouli, directeur de l'hôpital militaire Ahmad Hamish, laisse planer l'hypothèse d'une entrée en lice des djihadistes en Syrie, qui serait de mauvaise augure pour le mouvement d'insurrection pacifiste et pro-démocrate." Et ce paramètre, s’il est réel, servira bien sûr d’argument à Bachar al-Assad pour refuser ce qui sera perçu comme une ingérence occidentale.

Première publication : 10/03/2012

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