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Afrique

Relaxe d'un médecin accusé d'avoir pratiqué des "tests de virginité" forcés

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 12/03/2012

Faute de témoignages concordants des plaignantes, selon la justice, un médecin de l'armée égyptienne accusé d'avoir pratiqué des "tests de virginité" forcés sur des manifestantes vient d'être relaxé par le tribunal militaire du pays.

AFP - Un tribunal militaire égyptien a relaxé dimanche un médecin militaire accusé d'avoir pratiqué des "tests de virginité" forcés sur des manifestantes l'an dernier, une affaire qui avait provoqué un tollé et contribué à ternir l'image de l'armée au pouvoir en Egypte.

Ahmed Adel était poursuivi pour "atteinte à la pudeur et non-respect des ordres" à la suite de la plainte d'une manifestante, Samira Ibrahim. Mais le tribunal a jugé les témoignages "contradictoires" et a prononcé sa relaxe.

La décision repose sur "ce qui a été prouvé dans les documents et a été prise en mon âme et conscience", a déclaré le juge, cité par l'agence officielle Mena, assurant qu'il n'avait "pas subi de pressions".

Samira Ibrahim, originaire de Sohag (Haute-Egypte) et responsable du marketing dans une entreprise privée, avait été arrêtée le 9 mars 2011 lors d'une manifestation pro-démocratie au Caire.

Dans des vidéos postées sur le site YouTube, elle a raconté qu'elle-même et d'autres femmes avaient été électrocutées par des militaires et battues toute une nuit, avant d'être transférées dans une prison militaire.

"Un officier a dit qu'on allait voir si nous étions des prostituées ou non", avant de faire procéder à ces tests de virginité sous couvert de contrôle médical, avait-elle raconté.

"Le fait que l'affaire ait été jugée par un tribunal militaire est un désastre" et la relaxe prononcée "est une farce", a déclaré Mme Ibrahim à l'AFP après le jugement.

"Ce jugement montre combien la justice militaire est politique et manque d'indépendance", a affirmé à l'AFP Heba Morayef, représentante en Egypte de l'organisation Human Rights Watch (HRW).

Ce procès "a des implications importantes" et "va faire reculer les espoirs de voir l'armée tenue de rendre des comptes", a-t-elle ajouté.

L'avocate du médecin militaire, Me Huwayda Mostafa Salem, a toutefois affirmé devant la presse que "le dossier à charge n'était pas solide dès le départ" et était "porté par la pression médiatique".

La pratique par l'armée de "tests de virginité" sur des manifestantes avait provoqué un tollé en Egypte et à l'étranger, contribuant à ternir l'image de l'institution militaire au pouvoir depuis la chute du président Hosni Moubarak, en février 2011.

Elle a été dénoncée comme une forme de "torture" et de violence sexuelle par des organisations égyptiennes et internationales de défense des droits de la personne.

L'armée s'était alors engagée à ne plus avoir recours à ces tests, sans toutefois les renier dans leur principe.

Des responsables militaires les avaient justifiés par la nécessité selon eux d'empêcher des manifestantes qui seraient vierges de porter plainte pour viol contre des soldats les ayant arrêtées.

La Cour administrative du Caire, saisie par Samira Ibrahim, a ordonné le 27 décembre à l'armée de ne plus procéder à ces tests.

Vendredi, Amnesty International avait estimé que ce procès devait montrer "si les tribunaux militaires égyptiens (étaient) prêts à accorder des réparations aux femmes qui ont été brutalisées par l’armée", lors de cette affaire ou en d'autres circonstances.

"Depuis ces événements inacceptables, qui relèvent ni plus ni moins de la torture, des manifestantes ont régulièrement été frappées, torturées et soumises à d’autres formes de mauvais traitements par l’armée et les forces de sécurité égyptiennes", a ajouté l'organisation dans un communiqué.

En décembre, la vidéo d'une femme traînée au sol, les vêtements arrachés et battue par des membres de la police militaire, avait provoqué de nombreuses protestations.

Mais malgré les excuses présentées par l'armée et les promesses d'enquêter, "très peu a été fait pour traduire les responsables présumés en justice, ou pour accorder des réparations à ces femmes", a estimé Amnesty.
 

Première publication : 11/03/2012

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