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FRANCE

Paris, "capitale politique de l’opposition syrienne"

©

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 16/03/2012

Un an jour pour jour après le début de la révolte en Syrie, un rassemblement était organisé ce jeudi à Paris. La capitale française fait aujourd’hui figure de capitale de l’opposition syrienne. Reportage.

Un air de Syrie flotte ce jeudi 15 mars sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. Ils sont

quelques centaines - Parisiens, Syriens et sympathisants de tous horizons - à être rassemblés en ce premier anniversaire du mouvement de contestation en Syrie. 

Malgré les drapeaux qui flottent aux quatre coins de la place et un temps printanier, l’ambiance est solennelle aux abords de l’imposante façade de la mairie. Les nombreux touristes qui gravitent entre les berges de la Seine et la rue de Rivoli s’interrogent sur cet attroupement d’où émergent surtout des visages fermés. Une grande bannière, déployée le long de la mairie, est là pour les renseigner : "Paris soutient le peuple syrien".
 
Il y a un an jour pour jour, à des milliers de kilomètres d’ici, quelques dizaines de Syriens manifestaient dans les rues de Damas, lançant, dans le sillage du printemps arabe, un vaste mouvement de révolte dans le pays, dont la répression aurait fait plus de 8 500 morts, selon les chiffres de l’ONU.
 
Principale terre d'exil

"Il faut au moins un corridor humanitaire", Bertrand Delanoë, maire de Paris
La Mairie de Paris a voulu ce rassemblement du 15 mars pour ne pas oublier que la répression du régime du président Bachar al-Assad continue en Syrie. "Aux exilés syriens je veux vous dire : vous êtes les bienvenus à Paris, vous êtes ici chez vous", lance depuis la tribune le maire de Paris Bertrand Delanoë.
 
Un geste de solidarité auquel est sensible Monzer Makhous, représentant pour l’Europe du Conseil national syrien (CNS). "Nous, Syriens, nous nous devons d’être là aujourd’hui, mais ça fait chaud au cœur de voir qu’il y a surtout beaucoup de Français", se réjouit-il en constatant que la foule ne cesse de grossir au fil des heures. "Paris, c’est la destination obligée pour les dissidents syriens qui fuient le pays. Et même pour ceux qui ne parlent pas français, explique-t-il. C’est la capitale politique de l’opposition syrienne : le CNS est basé ici."
 
Si Paris est devenue la principale terre d’exil des réfugiés syriens depuis le début du soulèvement, c’est que la France a délivré énormément de visas au cours de l’année écoulée. L’ambassade de France à Damas, du temps où celle-ci était encore ouverte, a vu défiler de nombreux opposants, inquiets pour leur sécurité. Ainsi c’est à la représentation française de la capitale syrienne que s’est rendu Fares Helou quand il a craint pour sa sécurité. Cet acteur de cinéma est arrivé il y a quatre mois à Paris avec sa famille, alors qu’aucun d’entre eux ne parle français.  
 
Une situation intenable en Syrie
 
"Ils ne m’ont pas eu", lance-t-il fièrement, en faisant référence aux forces de sécurité du régime syrien. Accompagné d’une connaissance qui sert de traductrice, il tient à remercier la France : "J’ai eu droit à un visa spécial, délivré très rapidement, car la situation était devenue intenable pour moi en Syrie".  Il profite de ce rassemblement pour retrouver des amis et tenter d’organiser sa vie en France, un pays qu’il connait mal. "Il est très célèbre vous savez, il a été sacré meilleur acteur au festival de cinéma de Valence", glisse la traductrice.
 
Car si Paris est la capitale politique de l’opposition syrienne, c’est aussi celle des arts et de la culture. Le photographe syrien Mohamad al-Roumi a une théorie sur le sujet : "Les opposants laïcs, modérés et un peu de gauche sont à Paris, les opposants un peu Frères musulmans sont, eux, à Londres ou ailleurs dans le monde arabe". Originaire de Damas, il vit à Paris depuis février 2011. "Mais je suis marié à une Française depuis 10 ans", précise-t-il. "Aussi bien sur le plan politique qu’artistique, la capitale syrienne de la résistance ce n’est pas Istanbul, ce n’est pas Doha, c’est bien Paris !".  
 
Pendant que le public écoute la voix profonde de la chanteuse syrienne Noma Omram, Monzer Makhous souhaite préciser ses pensées sur les relations entre la France et la Syrie. "Les anciens comme nous, nous parlons français et nous aimons la France, mais les jeunes maintenant, c’est l’anglais qu’ils veulent apprendre et c’est vers les Etats-Unis qu’ils regardent", se lamente-t-il en regardant la lumière qui baisse sur les tours de Notre-Dame.
 
 

Première publication : 15/03/2012

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