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Economie

Un premier cybercafé pour femmes à Kaboul

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 16/03/2012

Le Sahar Gul, cybercafé de la capitale afghane, doit permettre aux femmes de surfer sur le Net sans craindre de représailles des hommes. Un pied de nez aux fondamentalistes religieux et une arme d’émancipation pour les femmes.

Elles avaient choisi la journée internationale de la femme pour l’inaugurer : le jeudi 8 mars, le premier cybercafé réservé aux femmes en Afghanistan a ouvert ses portes à Kaboul.

Une semaine après son ouverture, les femmes en habit traditionnel musulman affluent vers ce nouveau lieu, selon l’association afghane Young Women for Change (YWC). Le local, aux murs tagués de smileys, se situe dans une rue calme, entre l’université de Kaboul et une école pour jeunes femmes. Les nouvelles converties à l’”@” et autres “www” dispose de 15 ordinateurs reliés à Internet, et des membres de l’association leur expliquent, si besoin, comment s'en servir. L'heure de navigation coûte l’équivalent de 1 dollar, un tarif bien inférieur à celui pratiqué dans la plupart des cybercafés de la ville.

Vitrine

Young Women for Change souhaite que le projet devienne une vitrine de sa lutte pour l’amélioration de la condition féminine en Afghanistan. “Jusqu’à présent, l'accès aux cybercafés était de facto interdit aux femmes qui ne pouvaient pas s'y rendre sans être victimes de railleries voire de harcèlement”, explique à France24.com Anita Haidary, cofondatrice de l'association. Pour bon nombre de femmes en Afghanistan, les cybercafés représentent pourtant le seul moyen d'accéder à Internet.

Afin de démontrer que ce nouveau cybercafé représente davantage qu’un simple lieu où une femme peut surfer en toute tranquilité, l’association a choisi le nom "Sahar Gul" cybercafé en référence à la jeune afghane de 15 ans qui avait été torturée pendant plusieurs mois en 2011 par l’homme à qui elle avait été promise en mariage et vendue. Son calvaire, médiatisé en décembre 2011, avait fortement émue l’Afghanistan. “Avec ce nom, nous voulons affirmer que nous continuerons à essayer de vivre dignement malgré tous les efforts qui peuvent être déployés pour nous en empêcher”, assène Anita Haidary.

Conscient des risques

Le Sarah Gul cyber-café a donc été pensé comme une arme d’émancipation. “Internet doit permettre aux femmes afghanes de s’ouvrir au monde, d’apprendre et ensuite d’échanger entre elles dans un endroit où elles sont libres de dire ce qu’elles veulent”, affirme la cofondatrice de YWC. D'ailleurs, à terme, ce cybercafé devrait proposer des cours aussi bien d’initiation à Internet que de culture générale.

Une profession de foi qui risque d’attirer l'attention sur ce lieu alors que l’Afghanistan connaît un regain d’activité des Taliban. “Il y aura toujours des menaces sur des initiatives comme celle-ci, et il serait faux de dire que nous ne sommes pas inquiets, mais c’est un risque qui vaut la peine d’être pris”, reconnaît Mohammad Jawad Alizada, un militant qui a aidé à l’ouverture du Sahar Gul, dans le quotidien canadien Globe and Mail, . YWC compte d’ailleurs pousser la provocation en ouvrant d’autres cybercafés Sahar Gul dans le pays.

Première publication : 16/03/2012

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