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Culture

"Il y a clairement un avant et un après Fukushima dans la littérature japonaise"

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 17/03/2012

Un an après la catastrophe de Fukushima, le 32e Salon du livre de Paris met à l'honneur les lettres japonaises avec une vingtaine d'auteurs présents. FRANCE 24 a rencontré Ryoko Sekiguchi, dont le dernier ouvrage revient sur le drame. Entretien.

Ce n’est pas un hasard si le Japon est, cette année, l’invité d’honneur de la 32e édition du Salon du livre, à Paris. Après l’anglais, le japonais est, en effet, la deuxième langue la plus traduite en France. Un an après la catastrophe de Fukushima, il s'agit aussi d'une occasion d’évoquer l’état d’esprit nippon.

Déjà invité en 1997, l’empire du Soleil-Levant est représenté par une délégation d’une vingtaine d’auteurs : romanciers, auteurs de polars et de livres jeunesse, poètes mais aussi "mangakas". Parmi eux, Ryoko Sekiguchi, écrivaine, traductrice et poétesse japonaise installée à Paris depuis 15 ans. Âgée de 42 ans, elle a publié sept ouvrages dont le dernier en date - "Ce n’est pas un hasard - Chronique japonaise" -, retrace, sous forme d'un journal allant du 10 mars au 30 avril 2011, les jours sombres de la tragédie qui a suivi le séisme du 11 mars. Vêtue d'un chemisier violet, discrètement maquillée, Ryoko Sekiguchi s'excuse pour son retard de quelques minutes avant de s'installer au stand de sa maison d'édition, POL, prête à répondre aux questions de FRANCE 24. 

FRANCE 24 - Le 11 mars 2011, lors du séisme qui a frappé le Japon, vous étiez à Paris. Pourquoi écrire sur cette épreuve que vous avez vécue de loin ?

Ryoko Sekiguchi : C’est la première fois que j’ai vécu à distance une catastrophe qui a touché mon pays. J’étais au Japon pendant le tremblement de terre de Kobé en 1995 ou lors de l’attentat au sarin dans le métro de Tokyo la même année. Sur le coup, j’ai vraiment senti le besoin d’écrire sans vraiment savoir si cela allait prendre la forme d’un livre. La situation était telle qu’on ne savait pas ce qui se passait. Les informations arrivaient au fur et à mesure, un peu comme lors du 11-Septembre, et je ressentais ce besoin de noter parce que j’avais peur d’oublier. Mais il existe une autre raison : J’ai été agacée par le traitement de l'évènement par les médias internationaux qui n’ont cessé de tomber dans les clichés, comme la discipline des Japonais ou le fait qu'ils ne pleurent jamais… Bien sûr qu’on pleure, mais pas devant un écran ! C’est d’ailleurs pourquoi j’ai écrit ce livre uniquement en français, car je m’adresse à mon pays d’adoption qui doit tordre le cou à tous ces stéréotypes.

Je dois quand même avouer qu’après avoir écrit ce livre, j’ai fini par comprendre que l’ampleur de la catastrophe était tellement exceptionnelle que tout le monde - les étrangers au même titre que les Japonais - était dépassé par la situation. On était comme noyé au milieu de l’océan et on se raccrochait à tout ce qu’on pouvait pour essayer de comprendre. Bien sûr, les clichés en faisaient partie.

Dans votre livre, vous partagez l’angoisse et les doutes des Japonais. Étiez-vous frustrée de ne pas être sur place au moment de la catastrophe ?

R.S. : Oui, parce que ma hantise en tant que Japonaise résidant en France, c’est d’être la seule survivante de ma famille. Je ne suis pas la seule à avoir cette crainte car on sait que l’archipel n’est jamais à l’abri d'une catastrophe. Avec mes amis japonais qui vivent à Paris, on se pose souvent la question de savoir ce qu’on préfèrerait entre rester ici et être les seuls survivants de nos familles, ou bien être au Japon avec elles. La plupart d’entre nous faisons le choix de la famille.

Les ouvrages de Ryoko Sekiguchi

• Ce n’est pas un hasard, Chronique japonaise, POL, 2011.
• Adagio ma non troppo, Le Bleu du ciel, 2007.
• Héliotropes, POL, 2005.
• Deux marchés, de nouveau, POL, 2005.
• Le monde est rond, avec Suzanne Doppelt et Marc Charpin, Créaphis, 2004.
• Calque, POL, 2001.
• Cassiopée Péca, cipM, 2001.

Dans votre ouvrage, vous comparez la radioactivité à un fantôme. Pourquoi cette métaphore ?

R.S. : J’ai voulu mettre en avant plusieurs aspects de la radioactivité. Supposons que vous avez été contaminé et que vous mourrez : au Japon, vous serez incinéré. Vous aurez disparu mais la radioactivité sera toujours là. Elle restera dans vos cendres.

Par ailleurs, la radioactivité est invisible. Non seulement on ne la voit pas, mais en plus on ne la sent pas, et on peut encore moins la toucher ou la goûter. Elle échappe à nos cinq sens. C’est pour cela que je la compare à un fantôme. On ne la sent pas, mais elle est toujours là.

Pensez-vous que Fukushima va laisser des traces dans la littérature nippone ?

R.S. : Oui, il y a clairement un avant et un après Fukushima dans la littérature japonaise. Le thème de la temporalité, notamment, se pose. Pour les jeunes écrivains, la question du temps présent devient infernale en raison de cette radioactivité qui est omniprésente. Elle empêche la narration de s’installer dans un roman.

Pour les écrivains plus âgés qui ont connu la Seconde Guerre mondiale, Hiroshima et le sentiment d’état d’urgence mais aussi d’autocensure qui en a découlé, il existe une superposition des deux époques, le 11 mars 2011 et le 6 août 1945. J’ai lu un auteur qui se demandait : "Si ces temps se superposent, où disparaît alors le temps situé entre ces deux dates ?". Personnellement, je me demande si l'on peut écrire un roman quand la temporalité est secouée.

Cet avant et cet après Fukushima va aussi concerner d’autres domaines. Je pense aux sciences sociales, comme la philosophie, l’histoire ou l’anthropologie. Jusqu’à présent, les historiens s’intéressaient peu à cette région de l‘archipel qui est pourtant très riche au niveau littéraire. Basho [un poète japonais du XVIIe siècle, NDLR] y a fait plusieurs voyages ainsi que l’anthropologue Kunio Yanagita [1875-1962] qui y a écrit des contes. Avec la catastrophe, les historiens vont forcément porter sur elle un autre regard.

Un an après la catastrophe, quel regard portez-vous sur votre pays ?

R.S. : Quand on regarde tout ce qui a été fait par les Japonais, je vois plein de choses positives, comme les micro-associations ou les ONG qui s’engagent dans le pays sur le long terme. À l’époque de Kobe, on faisait surtout des dons alors qu’aujourd’hui, chacun s’investit dans son domaine. Les musiciens envoient des instruments de musique ou viennent dispenser des cours, les écrivains vont faire la lecture ou envoient des livres. On peut dire que c’est le peuple-providence mais c’est plus le comportement du gouvernement qui suscite l’inquiétude. Beaucoup d’intellectuels disent que tant que le gouvernement restera indécis, tous les efforts des Japonais seront gâchés et, pire, que le risque d’une nouvelle catastrophe est possible.

 

Salon du livre, jusqu'au 19 mars, au parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris.


 

Première publication : 17/03/2012

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