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Afrique

Les auteurs du putsch contre le président Amadou Toumani Touré de plus en plus isolés

Texte par Dépêche

Dernière modification : 26/03/2012

Exposée à la reprise des combats contre la rébellion touareg dans le nord et aux critiques de la classe politique malienne aussi bien que de la communauté internationale, la junte au pouvoir à Bamako semble aujourd'hui de plus en plus isolée.

AFP - La junte au pouvoir au Mali était dimanche plus que jamais sous la menace de la rébellion touareg au nord, et subissait les foudres d'une classe politique largement réunie et de la communauté internationale, après le putsch contre Amadou Toumani Touré.

Quatre jours après le coup d'Etat contre "ATT", tous les regards étaient tournés vers Kidal, une des plus importantes villes du nord-est.

"Aujourd'hui nous avons repoussé une attaque des rebelles islamistes", a déclaré sous couvert d'anonymat un responsable militaire à Kidal. "Nous sommes proches de Kidal", a rétorqué un cadre du groupe islamiste touareg Ansar Dine, sans confirmer ni infirmer un assaut.

Ansar Dine (défenseur de l'islam), l'une des branches de la rébellion, a affirmé samedi qu'il s'apprêtait à prendre la cité. Ce mouvement veut appliquer la charia (loi islamique) par "la lutte armée" et a déjà revendiqué le contrôle des localités d'Aguelhok, Tessalit et Tinezawaten (nord-est).

La chute de Kidal serait un coup de tonnerre, alors que les putschistes emmenés par le capitaine Amadou Sanogo ont accusé le président renversé et leurs chefs d'incompétence sur ce dossier.

Les rebelles ont lancé mi-janvier leur offensive dans le nord-est, avec parfois le soutien de groupes islamistes armés, en particulier Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le chef de la junte a invité les rebelles touareg à des discussions sans délai pour un processus de paix. "La porte est ouverte", a-t-il lancé samedi.

Le chef d'une milice combattant aux côtés de l'armée dans le nord, ainsi que huit de ses compagnons, ont été tués dimanche par des rebelles touareg dans la région de Gao, selon des sources concordantes.

"Le coup d'Etat va aggraver le drame du peuple malien", déjà confronté à une crise de déplacés et réfugiés en raison de la rébellion, a estimé de son côté à Nouakchott le chef du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres. Des dizaines de milliers de personnes ont fui les zones de combats, au Mali et dans des pays voisins.

A l'extérieur, le front anti-junte ne faiblit pas et la France, ex-puissance coloniale, est revenue à la charge.

Paris a exhorté ce week-end le capitaine Sanogo, via son ambassadeur à Bamako Christian Rouyer, "au retour à l'ordre constitutionnel", à s'en "tenir au calendrier électoral" prévoyant le premier tour de la présidentielle le 29 avril et à ouvrir "rapidement les frontières", a déclaré dimanche le ministre de la Coopération, Henri de Raincourt.



Pour la France, Touré toujours président



Amadou Toumani Touré reste "le président du Mali", a-t-il martelé, précisant que ni la France ni "les autres pays, y compris africains", n'étaient encore parvenus à entrer en contact avec lui.

Le sort d'"ATT" demeure inconnu. Il "va très bien, il est en sécurité", s'est borné à dire vendredi le capitaine Sanogo, refusant de préciser où il se trouve, ni s'il est aux mains des putschistes.

Quatorze personnalités du régime déchu arrêtées et détenues au camp de Kati, QG du nouveau pouvoir près de Bamako, ont entamé dimanche une grève de la faim, selon un proche d'un détenu. Dans un bref message transmis à l'AFP, elles estiment leurs "droits élémentaires violés".

Sur le plan politique, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE, junte) est aussi dans une position délicate.

Une soixantaine de partis, dont plusieurs formations majeures, et d'organisations de la société civile ont annoncé dimanche la création d'un "Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République" (FUDR).

L'Assemblée nationale (147 députés) dissoute par les putschistes a condamné "sans réserve" le coup d'Etat et exigé "le rétablissement de l'ordre constitutionnel normal".

Toutefois, Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi), seul parti d'opposition à l'Assemblée (trois députés), a créé le "MP22", le Mouvement populaire du 22 mars, favorable aux mutins.

La junte s'efforçait de dissiper une tenace impression de flottement en multipliant les déclarations.

Après les pillages commis par des militaires aux premières heures du putsch, elle a "invité tous les porteurs d'uniforme à rejoindre les casernes".

Bamako a repris un peu de vie dimanche, jour traditionnel de mariage. Des unions ont été célébrées dans divers quartiers, tandis que des habitants allaient faire leurs courses dans les commerces ouverts. Les nouvelles autorités ont appelé à reprendre le travail mardi.

Première publication : 26/03/2012

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