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FRANCE

Affaire Merah : les questions qui interpellent les enquêteurs

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 29/03/2012

Mohamed Merah, le tueur de Toulouse et de Montauban, a-t-il été aidé d’un complice ? Quel lien entretenait-il avec la DCRI ? A-t-il agi au nom d’Al-Qaïda ? Éléments de réponse sur ces questions encore non résolues à ce jour.

Une semaine après la mort de Mohamed Merah lors de l’opération du Raid, à Toulouse, le 22 mars, l’enquête suit son cours. Ce mercredi, la police a localisé dans un village de l'Aude une Clio dans laquelle se trouveraient un casque et des pièces de carénage d'un scooter semblable à celui utilisé par Mohamed Merah pour commettre ses tueries. Toutefois, d’autres questions restent en suspens à propos du parcours du jeune Français d’origine algérienne. Revue de détails.
 

L'idée d'un troisième homme impliqué dans les tueries est-elle plausible ?

Les enquêteurs n'écartent pas la possibilité que Mohamed Merah ait bénéficié d'un autre soutien que celui de son seul frère, Abdelkader. Selon le quotidien Le Parisien, un troisième homme fait ainsi l'objet de "recherches approfondies" et la police "passe au crible" l'entourage et les relations de Mohamed Merah, parmi lesquelles certaines "sont surveillées". Le grand frère du tueur à scooter, incarcéré depuis dimanche pour "complicité d’assassinats" - entre autres - a indiqué aux policiers que le jour du vol du fameux deux-roues, le 6 mars, à Toulouse, tous deux étaient accompagnés d’un autre individu. "Il n’a pas voulu préciser le nom de cet homme, relate une source judiciaire. Et il n’a pas donné d’éléments supplémentaires pour permettre de le localiser ou de l’identifier."

Cette hypothèse permettrait peut-être de savoir qui a envoyé au bureau parisien de la chaîne d’informations qatarie Al-Jazeera la clé USB sur laquelle est stocké un montage vidéo des tueries de Montauban et de Toulouse. Oblitéré le mercredi 21 mars au centre de tri de Castelnau d'Estrétefonds, à 20 km de Toulouse, le colis a probablement été posté le mardi 20. Or, ce jour-là, Merah était identifié et surveillé par les services de police. L’homme de 23 ans a d’ailleurs été vu en train de téléphoner d'une cabine, au pied de chez lui, mardi soir, à FRANCE 24, pour revendiquer ses actes. Un défaut de surveillance de quelques heures n'est pas à exclure, mais Merah n'a apparemment pas bougé de chez lui ce soir-là. Par ailleurs, une deuxième clé USB contenant le même montage vidéo a été retrouvée dans le pantalon de Mohamed Merah après qu'il a été tué, le 22 mars, lors de l'assaut du Raid.

Mohamed Merah était-il un indicateur des services de renseignements français ?

C’est une théorie évoquée par l'ancien chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Yves Bonnet. "Ce qui interpelle quand même, c'est qu'il était connu de la DCRI [Direction centrale du renseignement intérieur, NDLR], non pas spécialement parce qu'il était islamiste, mais parce qu'il avait un correspondant au renseignement intérieur", peut-on lire dans les colonnes du quotidien régional La Dépêche du Midi. Pour sa part, l’avocat de Mohamed Merah, Me Christian Etelin, estime, dans un entretien accordé à l’agence AP, que "cette thèse n'est pas à écarter". Selon l’avocat, "il y a matière à réfléchir sur le fait qu'il aurait pu entretenir avec la DCRI des rapports assez troublants". Me Etelin souligne par ailleurs un autre point troublant : "Ce qu'on me dit, c'est que les services secrets israéliens sont furieux contre les services secrets français parce qu'on leur a demandé de laisser entrer Merah" sur leur territoire, indique-t-il.

Mohamed Merah peut-il avoir agi au nom d'Al-Qaïda ?

Lors de l’opération du Raid qui a débuté le 21 mars, Mohamed Merah a déclaré aux policiers avoir accepté une mission d'Al-Qaïda, mais les autorités françaises disent ne pas croire en l'existence d'un réseau structuré derrière lui. Une piste que Me Christian Etelin réfute également. "Il n'a jamais été un membre d'Al-Qaïda, c'est fantasmé, indique-t-il à l’agence AP. Ce qui me fait dire cela, c'est la connaissance que j'ai de lui et celle que j'[en] ai à partir des témoignages de ses camarades."

Pour Me Etelin, son client était "un loup solitaire", qui a agi "dans le cadre des contradictions dans lesquelles il s'est enfermé, des difficultés psychologiques qu'il avait à gérer". "Il n'y a pas d'infrastructure, d'organisation derrière dont il serait le soldat", affirme-t-il également. "Il veut entrer dans l'armée, il n'y arrive pas, il accepte peut-être un certain rôle à jouer et en même temps, il se trouve en contradiction avec sa communauté, il ne gère pas cette situation et il explose. Il s'est passé quelque chose en lui qui lui était personnel."

Et de poursuivre : "Il a une faille en lui, une souffrance d'enfant abandonné [ses parents ont divorcé en 1993 alors qu’il n'avait que 5 ans, et son père est retourné vivre en Algérie en 2008 alors qu’il était en détention après une condamnation pour vol avec violence, NDLR]. Cette situation d'abandon, il l'a vécue à nouveau après sa séparation avec sa femme", explique Me Etelin, en indiquant que le mariage religieux de Mohamed Merah avait eu lieu en décembre 2011 et s'était terminé par une séparation dix à quinze jours avant la deuxième tuerie de Toulouse.

Première publication : 29/03/2012

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