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EUROPE

Trente ans après la guerre avec Londres, Buenos Aires lorgne toujours du côté des Malouines

Vidéo par Vanessa TSANGA TABI

Texte par Yann BUXEDA

Dernière modification : 02/04/2012

Trois décennies après la guerre qui a opposé l’Argentine et la Grande Bretagne sur la souveraineté de l’archipel des Malouines – Falkland en anglais – les deux pays sont toujours en conflit et les tensions sur la question persistent.

"Les Malouines sont argentines." Dès l’école primaire, les professeurs argentins martèlent sans relâche ce dogme nationaliste aux élèves. L’archipel atlantique, qui appartient à la Grande-Bretagne depuis 1833 sous la dénomination Falkland Islands, est revendiqué depuis lors par l’Argentine.

En 1982, la junte militaire au pouvoir en Argentine donne l’assaut sur les Malouines afin de "rétablir la souveraineté du pays". L’affrontement entre Buenos Aires et Londres tourne court. En moins de trois mois, les forces armées de la Couronne mettent en déroute celles du général Leopoldo Galtieri. Plus de 600 soldats argentins sont tués lors du conflit et les autorités argentines sont contraintes de quitter l'archipel.

CARTE

Trente ans jour pour jour après cette déconfiture, l’Argentine n’a pas capitulé. En dépit d’une accalmie dans les années 1990, sous la présidence de Carlos Menem, la crispation entre les deux pays est réapparue en 2003, avec l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner (2003-2007), puis de sa femme Cristina Kirchner (depuis 2007). Et depuis quelques mois, la tension est encore montée d'un cran : les sorties musclées des autorités argentines sur le sujet trouvant écho dans les démonstrations de force britanniques...

Escalade

La présidente de l'Argentine, Cristina Kirchner, qui commémore ce lundi 2 avril à Ushuaïa le trentième anniversaire du conflit, a déposé une plainte formelle auprès de l’ONU pour dénoncer la "militarisation britannique" de la région. La guerre des mots lancée par l’Argentine n'a pas manqué de susciter des réactions de l’autre côté de l’Atlantique. Le Premier ministre britannique David Cameron a rétorqué que la Grande Bretagne restait "fermement décidé à faire respecter le droit des habitants des Falklands - et le droit des habitants des Falklands seulement - à décider de leur avenir."

Un droit à l’autodétermination inscrit dans la Charte de l’ONU qui va dans le sens des intérêts britanniques. Aujourd’hui, la grande majorité des habitants de l’île - 3 000 âmes - est d’ascendance britannique et le sentiment d’appartenance des habitants à la Grande-Bretagne laisse peu de place au doute.

Mais face à ce droit à l’autodétermination, l’Argentine fait valoir un autre principe dicté par la Charte de l’ONU : celui du droit des peuples à la décolonisation. Deux lectures qui se confrontent depuis trente ans, sans qu’une solution négociée n’ait pu être envisagée jusqu’alors. Et selon un sondage réalisé par le Centre d’opinion publique de l’université de Belgrano (Copub) dans la ville de Buenos Aires, plus de la moitié des interrogés estiment que le conflit est voué à perdurer indéfiniment.

Dissidence

En marge de ce désaccord inextinguible entre les deux pays, des voix s’élèvent en Argentine pour que le débat prenne une autre tournure. Grupo Malvinas, un groupe d’intellectuels argentins, fait campagne depuis quelques mois pour proposer une "vision alternative" et rouvrir le débat autour de la question des Malouines.

Dans un communiqué publié en mars, le collectif appelle à revoir la lecture du conflit de 1982, présenté par les autorités comme une lutte héroïque pour la défense de la souveraineté nationale. "En tant qu’Argentins, nous désapprouvons le fait que le 2 avril ait été déclaré ‘Jour des vétérans et des combattants tombés au cours de la guerre des Malouines’", explique le texte, qui dénote un paradoxe entre "les condamnations systématiques de la dictature" et la portée aux nues de la "tragédie des Malouines" comme une "cause juste mise entre de mauvaises mains".

Depuis la publication du document, les 17 signataires de la pétition sont l’objet d’une campagne de dénigrement alimentée par les médias pro-gouvernementaux. Traîtres à la patrie, vendus… Les qualificatifs employés sont sévères.

Consensus populaire

En dépit de la prise de position risquée du Grupo Malvinas, dans l’inconscient collectif national l’appartenance des Malouines à l’Argentine est acquise, explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'IRIS sur les questions ibériques (Amérique latine et Espagne). "La question fait consensus en Argentine. Pour la population, il est admis que les Malouines font partie du pays, au même titre que l’Alsace-Lorraine pour la France. Il est très compliqué aujourd’hui d’affirmer publiquement en Argentine que les Malouines ne sont pas un territoire national", explique-t-il.

Un avis partagé par Graciela Ducatenzeiler, politologue spécialiste de l’Argentine : "Dans l'imaginaire de tous les Argentins, les Malouines sont argentines. Le Grupo Malvinas est formé d'intellectuels, de journalistes et de personnes qui ne sont pas nécessairement représentatives de l'opinion publique en général. Cependant, je ne pense pas que cette position soit un épiphénomène, mais plutôt l'opinion du groupe le plus éclairé de la société". "Cependant, étant donné que le nationalisme kirchneriste a mobilisé une partie importante de la jeunesse qui ne s’intéressait pas auparavant à la politique, je pense que la majorité des jeunes appuie le gouvernement dans sa politique à l’égard des Malouines", tempère-t-elle.

Des affirmations qu’illustre le sondage réalisé par Copub : 18 % des Argentins estiment que la souveraineté des Malouines appartient à la Grande-Bretagne et 10 % estiment que les deux pays devraient avoir les mêmes droits vis-à-vis du territoire.

Les îles Malouines, situées à quelques centaines de kilomètres au large de la côte sud de l'Argentine, est à plus de 13 000 kilomètres de Londres. Et tandis que la guerre des mots bat son plein entre la Grande-Bretagne et l’Argentine, près d’un millier de soldats britanniques sont stationnés sur place pour assurer la sécurité de l’île. Un dispositif en place depuis les incidents de 1982, voilà trente ans.

Première publication : 02/04/2012

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