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Afrique

Comment sortir le Mali de la crise ?

Texte par Trésor KIBANGULA

Dernière modification : 05/04/2012

Ultimatum, "embargo total", menace d’intervention militaire, la Cédéao multiplie les initiatives pour tenter de sortir le Mali de la crise. La tâche paraît complexe avec la présence de groupes islamistes locaux et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Comment sanctionner les putschistes qui ont pris le pouvoir à Bamako sans renforcer les rebelles touareg et les milices islamistes qui opèrent dans le nord du pays ? C’est à cette question que les chefs d’Etats de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont tenté de répondre lundi 2 avril à Dakar à l’occasion d’un deuxième sommet sur le Mali en une semaine. Ils l’ont résolue en haussant à la fois le ton contre les auteurs du coup d’État du 22 mars, désormais frappés d’un "embargo total", mais aussi contre le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) en menaçant d’intervenir militairement pour stopper sa progression.

Malgré les gestes de bonne volonté faits dimanche par les putschistes qui ont annoncé le rétablissement de la Constitution malienne, la Cédéao a, malgré tout, pris des sanctions économiques et financières contre Bamako. A compter de lundi donc, l’organisation sous-régionale ferme les frontières du Mali à tout commerce et gèle ses fonds au sein de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

"Une intervention militaire de la Cédéao s’impose"

Mais elle n’en est pas restée là. Pour tenter d’enrayer l’avancée des rebelles dans le nord, la Cédéao a demandé aux chefs d’état-major des 15 pays qui la composent de se réunir "dès cette semaine à Abidjan pour examiner les modalités d’activation" d’une force militaire de 2 000 à 3 000 hommes en vue d’une intervention militaire au Mali.

"L’organisation régionale se doit d’intervenir pour stopper les rebelles touareg", explique ainsi Alassani Sanny Agnoro, consultant Afrique de l’Ouest du Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP), joint par FRANCE 24. "Avec la fragilisation de l’État malien après le putsch, le MNLA pourrait être tenté d’avancer jusqu’à Bamako, outrepassant ainsi sa revendication initiale", expliquet-il.

Depuis le coup d’Etat du 22 mars contre Amadou Toumani Touré, les rebelles touareg du MNLA n’en finissent plus, en effet, de gagner du terrain. Tour à tour, les grandes villes du nord du pays - Kidal, Gao, Tombouctou - sont tombées entre leurs mains, sans résistance ou presque, menaçant de couper le pays en deux. Plus inquiétant encore : la présence remarquée de milices islamistes aux côtés des combattants indépendantistes. Des hommes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont ainsi été vus lors de la prise de la ville historique de Tombouctou par les hommes d’Ansar Dine, un groupe armé salafiste.

Pour le chercheur, "une intervention militaire de la Cédéao pourrait empêcher l’embrasement de la situation au Mali". "Même si les buts différents poursuivis par chaque organisation rebelle laissent penser que leur alliance ne tiendra pas longtemps, pour l’instant, tous les mouvements armés ne jurent que par l’effondrement du pays pour tenter d’imposer leur loi."Historiquement, le MNLA milite, lui, pour l’indépendance de l’Azawad, la partie nord du Mali. Le mouvement islamiste Ansar Dine se bat, pour sa part, pour l’instauration de la charia sur l’ensemble du territoire malien tandis qu’Aqmi poursuit des objectifs autant locaux qu’internationaux."

Si la France ne compte pas envoyer ses troupes sur le terrain malien, elle n’exclut pas d’apporter un soutien logistique aux forces de la Cédéao. À l’initiative de Paris, une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU doit se tenir ce mardi pour examiner la situation au Mali. En attendant, le MNLA, lui, progresse toujours vers le sud. Au-delà de l’Azawad.

Première publication : 03/04/2012

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