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FRANCE

Le directeur de Sciences Po Paris, Richard Descoings, retrouvé mort à New York

Vidéo par France 3

Texte par Dépêche

Dernière modification : 04/04/2012

Âgé de 53 ans, Richard Descoings, membre du Conseil d'État et directeur de Sciences Po Paris, a été retrouvé mort mardi soir dans un hôtel de Manhattan. En seize années, il avait profondément transformé la grande école française.

AFP - La police de New York a ouvert une enquête mardi soir, après le décès encore inexpliqué du directeur de Sciences Po Paris, Richard Descoings, retrouvé mort à 53 ans dans une chambre d'hôtel de Manhattan.

M. Descoings, qui avait profondément transformé en 16 ans la grande école française, a

été retrouvé mort, nu "sur son lit" vers 13H00 locales, par un membre du personnel de l'hôtel Michelangelo, dans le centre de Manhattan.

La chambre était "en désordre", mais le corps de M. Descoings ne portait pas de "signe évident de traumatisme", a précisé à l'AFP Paul Browne, chef adjoint de la police de New York.

Plus tard dans la soirée, il a expliqué que les enquêteurs n'avaient pas de "preuve d'acte criminel", et que le désordre de la chambre avait été causé par le personnel médical qui avait cherché à ranimer M. Descoings.

Il a également semblé écarter l'hypothèse d'un cambriolage, affirmant que certains objets initialement manquants avaient été retrouvés.

Selon NBC, l'ordinateur portable et le téléphone de M. Descoings ont été jetés par la fenêtre de sa chambre qui se trouvait au 7e étage, et retrouvés sur un palier du 3e étage.


La police a précisé qu'elle attendait de connaître les conclusions du médecin légiste, pour se prononcer sur les risons de la mort de M. Descoings, qui se trouvait à New York pour participer à une conférence à l'université Columbia.

Des dizaines de professeurs et d'étudiants rassemblés dans le petit jardin de Sciences Po pour rendre hommage à Richard Descoings

Après avoir évoqué "la possibilité que d'autres personnes se soient trouvées dans la chambre à un moment donné", M. Browne s'est ensuite refusé à tout commentaire sur le sujet.

Selon M. Browne, M. Descoings a été vu vivant pour la dernière fois à 10H30. Alors que M. Descoings aurait du quitter l'hôtel à 9H00 avec des collègues pour sa conférence, à 10H30, "il dormait" selon M. Browne.

Son corps a quitté l'hôtel peu avant 23H00 mardi soir, a constaté l'AFP.

M. Descoings devait représenter l'Europe dans une réunion de grands leaders d'universités, sous l'égide du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui s'est dit dans la soirée "profondément attristé" par cette mort.

Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage à "un grand serviteur de l'Etat" et le chef de la diplomatie Alain Juppé a fait part de sa "très vive émotion" en saluant "un infatigable acteur du rayonnement universitaire de notre pays dans le monde".

M. Descoings a "en 16 années de direction, accompli une oeuvre extraordinaire qui a profondément transformé Sciences Po. La ferveur des étudiants pour leur directeur était exceptionnelle et marquera très durablement l'institution", ont précisé deux figures historiques de Sciences Po, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau dans un communiqué.

Le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez a lui évoqué "un ami" qui a fait prendre à Sciences Po "les grands tournants stratégiques qui s'imposaient".

En quatre mandats, M. Descoings a fait passer cette école qui forme une partie des élites françaises de 4.500 à 10.000 étudiants et multiplié les réformes: ouverture à des élèves de familles pauvres, aux étudiants étrangers (40% du total actuel), création de six campus en province, hausse des droits d'inscription tempérée par des bourses, etc.

Encore récemment, il faisait voter une réforme d'ampleur du concours d'entrée, avec notamment la suppression de l'emblématique épreuve de culture générale.

M. Descoings n'avait pas peur de créer la polémique, comme quand il a ouvert en 2001 l'IEP aux lycéens de "Zep", et il aimait les défis, comme celui relevé en 2009 à la demande de Nicolas Sarkozy en relançant la réforme des lycées.

Mais il avait aussi dû se justifier, après une polémique sur son salaire (24.000 euros nets par mois) et sa prime variable.

Dans un entretien à Libération le 31 janvier, il avait appelé notamment à ce que les présidents d'universités françaises soient mieux payés.

Dans cet entretien, il déclarait aussi "on a fait mon outing forcé (...) Je ne vois pas ce que ma prétendue homosexualité a à voir. C'est en plus survenu à l'occasion de mon mariage. Que répondre? Que je ne suis pas homosexuel? Non, rien".

Hommages et témoignages, rue Saint-Guillaume à Paris

Christian Stoffaes, ancien professeur de Sciences Po, spécialiste en Politiques industrielles : "Comme il aimait à le dire, il ne laissait personne indifférent. Il a démocratisé Sciences Po, ouvert les portes aux milieux défavorisés. Quelque part, il a été l’un des pionniers de la discrimination positive en France. Il a révolutionné les universités françaises et fait partie des premiers à instaurer le principe des ‘universités entreprises’. C’était un réformateur, il n’avait donc pas que des amis. Mais c’était un personnage attachant, un hypersensible, et la polémique sur l’augmentation de son salaire l’a beaucoup touché."

Philippe B., ancien auditeur libre : "C’était un homme de présence. C’est assez rare. J’ai appris son décès ce matin et je suis venu directement. C’était un homme de valeurs, de convictions, de prises de position aussi. Il a beaucoup œuvré pour la réforme de Sciences Po. L’ouverture de l’école à un public beaucoup plus large, le repositionnement de l’école à l’international… il a fait beaucoup de choses en 16 ans."

Pétronille Coulon, 18 ans, étudiante en 1ère année : "C’est un directeur emblématique de Sciences Po. Nous n’avons pas eu de contacts personnels et directs avec lui, mais nous le croisions régulièrement dans les couloirs. Et chaque fois, c’était un plaisir : ‘Oh tiens, j’ai croisé Richie aujourd’hui !’"

Camille Bonnard, 19 ans, étudiante en 1ère année : "Une veillée a été organisée en son honneur cette nuit dans le petit jardin de Sciences Po. Nous sommes arrivés vers 2h30 et nous sommes restés toute la nuit. Au moins deux cents personnes sont passées pour lui rendre hommage et pour partager cet instant de recueillement. Des bougies avaient été installées, certains lui ont laissé des mots. C’était très touchant."

Anonyme, étudiante : "J’ai de nombreux amis qui ont tenté de monter des associations avec son aide, et tous m’ont dit qu’il était très ouvert aux initiatives. C’était un personnage dévoué à l’école et qui œuvrait pour son dynamisme. Lors du discours d’accueil de cette année, je me souviendrai toujours qu’il nous a dit : ‘Vous n’êtes pas les élites de la France’. C’était une personne humble et respectueuse des valeurs fondamentales."


 


 

Première publication : 04/04/2012

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