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L'opinion de
Sylvain ATTAL

Sylvain ATTAL
Directeur adjoint, nouveaux médias

Peut-on encore se dire déçu par Bachar al-Assad ?

Le 09-04-2012

Tout a pratiquement déjà été dit sur le régime d’Assad, père et fils. Un régime qui s’est employé, depuis des décennies, à décourager les bonnes volontés, à fracasser toutes les illusions en sa capacité à changer. 

Pour ne parler que des Français, souvenons-nous de Jacques Chirac aux funérailles d’Hafez al-Assad, de Nicolas Sarkozy à côté de Bachar et de sa très glamoureuse épouse à Paris le 14 juillet 2007, autour du buffet de l’Union pour la Méditerranée.
La Syrie reste fidèle depuis 30 ans à la même méthode (parlez-en à un Libanais) : promettre, ne jamais rien tenir. Et lorsqu’elle est en situation de fragilité, lâcher une ou deux concessions mineures histoire de rétablir quelque peu le rapport de force. Puis, chose faite, reprendre et surtout punir impitoyablement ceux qui vous ont arraché ces reculades. Un comportement qui rappelle celui de la mafia.
 
À la Syrie, on n’en finit pas de donner son ultime chance. C’est un grand pays, une grande civilisation, un facteur de stabilité dans le conflit des Arabes avec Israël, et surtout une bombe confessionnelle à retardement. La dernière chance en date était cet accord forgé par Kofi Annan et que Damas ne respectera finalement pas plus que les précédents. Non sans avoir tenté de mettre à profit le délai accordé (jusqu’à mardi) pour tenter de reprendre le contrôle des derniers réduits de la rébellion.
 
Rien de nouveau : ce régime cynique et sanguinaire ne respecte rien, ni personne. Pas même son allié russe qui ne lui a pourtant pas mégoté sa fidélité, mais l’invitait à appliquer les principes de Kofi Annan et de la Ligue arabe. Demain, le Kremlin tentera de faire entendre raison au ministre des Affaires étrangères syrien. Mais Moscou est déjà prêt à ravaler l’humiliation. Bachar al-Assad l’a bien compris : la Russie accorde une importance stratégique à son maintien. Au nom de quoi ? D’une certaine idée de grandeur face à un Occident perçu comme conquérant. Si Assad et les alaouites tombent, les mollahs iraniens pourraient être les suivants sur la liste. Mais il y a autre chose : montrer un signe de faiblesse en Syrie serait, du point de vue russe, se rendre vulnérable dans son voisinage proche et en Tchétchénie. À Grozny, où Moscou a rétabli son emprise au prix de centaines de milliers de victimes civiles, les Russes ont montré qu’ils n’avaient pas non plus froid aux yeux.
 
Bachar al-Assad n’a pas réussi le KO espéré avant l’expiration de l’ultimatum, ce qui lui aurait permis, pensait-il, de se revêtir de l’habit du vainqueur magnanime. Mais la Syrie est engagée dans une longue guerre civile. Une guerre où l’on ne fait pas de quartier, pas de prisonnier, et dans laquelle même l’innocence des enfants ne vaut plus protection.
En demandant un accord signé par les composantes de l’opposition, Bachar al-Assad a d’ailleurs implicitement admis qu’il avait un ennemi face à lui, et non - comme il ne cesse de le proclamer depuis plus d’un an - une bande de terroristes.
 
La Chine lui enjoint aujourd’hui de respecter le plan de Kofi Annan. Cela peut s’interpréter comme un signe que les alliés de Damas perdent patience. Mais la Chine, pour soucieuse qu’elle soit de sa respectabilité de puissance émergente, a peu d’influence réelle dans la région, et surtout elle craint aussi l’effet de contagion dans ses profondeurs intérieures.
 
On en est là. On entendra encore beaucoup de condamnations, d’épithètes outragées. Mais le permis de tuer de Bachar al-Assad est toujours valable. Et il s’en sert sans modération.

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