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Afrique

Les rappeurs maliens chantent pour l'harmonie dans leur pays

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 09/04/2012

En pleine crise politique malienne, un collectif de musiciens, comprenant l’un des plus grands groupes de hip-hop du pays, chante en faveur d'un retour à la démocratie. Reportage de nos envoyés spéciaux.

Depuis le coup d’État du 22 mars qui a évincé du pouvoir le président Amadou Toumani Touré, dit "ATT", le studio du rappeur Ramsès, dans le quartier de Badalabougou, l’un des rares espaces verts de Bamako, s’est transformé en QG politique. La nuit qui a suivi la prise de pouvoir de la junte, une poignée de musiciens, d’artistes et de présentateurs radio tenait conseil, débattant des actions et positions à adopter.

De ces nuits de débats sont nés les Sofas de la République, un collectif d’artistes engagés. En langue mandinka, les "sofas" sont les guerriers qui servaient et garantissaient le maintien de l’empire qui a régné du 13e au 17e siècle au Mali, recouvrant à son apogée un territoire s’étendant de Tombouctou, au nord, à la côte atlantique.


Sur leur page Facebook, les Sofas de la République comptent plus de 2 000 fans et proposent un forum en ligne sur l’évolution de la situation politique et sociale au Mali. Ils y appellent régulièrement la jeunesse malienne à s'unir pour un retour à la démocratie.

 "On se voit comme des défenseurs de la Constitution", déclare Ras Bathily, un grand échalas originaire de Bamako qui arbore fièrement un t-shirt à l’effigie de Bob Marley. Autour de son cou, un pendentif de Thomas Sankara, le chef de l'État burkinabè assassiné en 1987, un anti-impérialiste et panafricaniste souvent présenté comme le Che africain. Caché derrière ses lunettes de soleil, Ramsès - Sidy Soumaoro de son vrai nom - approuve d’un signe de tête. Sans un mot.
 
Des rappeurs engagés
 
Les premières heures du jour ne sont pas les meilleures pour rencontrer un rappeur. Mais quand le soleil commence à décliner, Ramsès et ses acolytes Dixon et Djodama font groover les nuits de Bamako au son d’un hip-hop à la malienne.
 
Leur groupe, Tata Pound, a révolutionné le genre avec des chansons qui reviennent invariablement sur la lutte quotidienne des Maliens. Là encore, l'appellation est lourde de sens : "Tata" désignait l’enceinte qui protégea la ville de Sikasso, dans le sud du pays, de l’invasion, à l’ère coloniale ; "Pound" fait référence à la monnaie britannique… Ramsès ne s’étendra pas sur cette dernière explication. Dans le monde du rap, tout ne s’explique pas.
 
En 2002, Tata Pound avait chanté la victoire d’ATT, dont l'élection à la présidentielle avait soulevé une vague d’optimisme. Leur chanson, "Président Cikan" ("Message au président", en bambara), était devenue un tube. Peu après son investiture, ATT avait d'ailleurs invité le groupe à monter sur scène lors d’un meeting organisé au palais présidentiel avec les plus importantes figures culturelles maliennes.
 
Mais, en 2006, le groupe n’est déjà plus si enthousiaste. À l'époque, la sortie de son album intitulé "Révolution" est largement perçue comme une critique du pouvoir en place. Les radios et chaînes de télévision refusent alors de diffuser leur musique tandis que leurs sponsors retirent leurs financements. Cela n’a pourtant pas freiné l’engagement politique du groupe. "Pendant des troubles, il faut continuer à travailler", estime Ramsès.

"Aujourd’hui, nous ne faisons plus confiance aux politiciens"
 
Ramsès et six autres artistes maliens travaillent désormais sur une chanson en bambara et en français qui "parle de la situation au Mali". "Juste après le 22 mars, la société malienne s’est divisée en pro et anti-putsch. Nous avons commencé à assister à un polarisation de l’opinion, explique le rappeur. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde de démocratie. Nous, Maliens, nous voulons appartenir à ce monde et nous refusons qu’un coup d’État nous coupe du reste de la planète."
 
Pour Ramsès, ce n’est pas la mise en place de l’accord de transition signé le 6 avril entre la junte au pouvoir et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ni la nomination du chef des députés, Dioncounda Traoré, comme président de transition qui va régler la situation dans le pays. "La question n’est pas qui arrive et qui part.  Aujourd’hui, nous n’avons plus confiance en aucun politicien", explique-t-il.
 
La situation humanitaire dans le nord du Mali, passé sous la coupe de la rébellion touareg et islamiste qui a déclaré unilatéralement l’indépendance de la région la semaine dernière, est également au centre des préoccupations du collectif d’artistes.  "La situation dans le Nord me brise le cœur", déclare Mamani Abba Samassekou, producteur de télévision et présentateur d’une émission populaire. "Le MNLA [Mouvement national de libération de l'Azawad, NDLR] dit avoir libéré la région, mais il ne protège pas la population. Nous, les Maliens, nous ne voulons pas des islamistes. Nous voulons vivre en harmonie."
 
Un Mali harmonieux, c’est le message que Ramsès et ses compères des Sofas de la République sont déterminés à faire passer dans leurs mix, jusqu’à ce que le Mali se remette sur les rails de la démocratie.

Première publication : 09/04/2012

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