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Afrique

"Les législatives algériennes ne s’annoncent ni propres, ni honnêtes"

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Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 16/04/2012

Mohcine Belabbas, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), l’une des principales forces politiques de l’opposition, explique à FRANCE 24 la décision de son parti de boycotter les élections législatives du 10 mai.

La campagne électorale pour les élections législatives du 10 mai s’est ouverte hier en Algérie. Mohcine Belabbas, président de l’un des principaux partis politiques de l’opposition, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), a reçu FRANCE 24 dans son bureau situé dans le quartier d’El Biar, à Alger. Dans cet entretien, le premier accordé à un média français depuis son élection, il explique la décision de son parti de boycotter les élections législatives du 10 mai. Le député d’Alger sortant, âgé de 41 ans, évoque également son destin politique, qui l’a mené à remplacer le charismatique Saïd Sadi à la tête du RCD, en mars 2012.

 
Pour quelles raisons le RCD a-t-il décidé de boycotter les élections législatives algériennes du 10 mai prochain ?
 
Mohcine Belabbas : Nous pensons qu’il faut changer ce régime qui sévit depuis 50 ans en Algérie, et cela passe par un boycott des élections législatives algériennes qui ne s’annoncent ni propres, ni honnêtes. S’engager dans cette supercherie électorale équivaut à servir d’alibi démocratique à ce système, et revient à lui permettre de se pérenniser alors que son bilan est catastrophique. Surtout, cela reviendrait à renier nos valeurs et à trahir le peuple algérien qui traverse une grave crise morale, politique et sociale. Nous avons également décidé de boycotter ces élections à cause de la conjoncture régionale et internationale, qui a vu des pays voisins parvenir à renverser des dictatures réputées inamovibles. Or le pouvoir algérien est de la même nature, la différence notable avec les régimes qui sont tombés est l’importance considérable de la manne financière dont il dispose et le nombre conséquent des bénéficiaires de sa politique clientéliste, tandis qu’en Tunisie, une seule famille, celle de Ben Ali en profitait.
 
 
Par conséquent, selon vous, ces législatives sont donc jouées d’avance…
 
M.B : En effet, et cela ne sera pas la première fois puisque les élections législatives de 1997 et la présidentielle de 2004 ont été entachées de fraudes. Et justement, je rappelle que le RCD exige depuis 2004, que les scrutins législatif et présidentiel soient organisés sous une observation internationale, massive et qualifiée, car nous avons l’habitude de voir le pouvoir algérien convoquer des observateurs qui viennent uniquement pour valider les résultats. Et ce, sans aller sur le terrain pour vérifier le bon déroulement des élections, dans un pays qui compte 150 000 bureaux de vote. Nous souhaitions voir venir des observateurs des Nations Unies, de l’Union Européenne et des ONG internationales au moins six mois à l’avance, comme ce fut le cas lors des dernières élections en Tunisie. Car la fraude n’a pas seulement lieu le jour du scrutin, mais en amont, notamment à travers le gonflement frauduleux du fichier électoral. Chaque jour, certains médias font état d’irrégularités comme par exemple des ventes aux enchères des places sur les listes électorales. Nous avons aussi demandé que les élections soient organisées par une commission indépendante du ministère de l’Intérieur, en vain. Toutes ces demandes sont restées sans réponses, ce qui illustre incontestablement le refus du pouvoir algérien d’organiser des élections transparentes.
 
Dans ce cas, comment comptez-vous peser sur la scène politique, en étant absent du Parlement ?
 
M.B : Le boycott ou les mouvements de grève ont souvent été à l’origine des avancées historiques dans notre pays. Notre présence au Parlement au cours de la législature qui s’achève nous a démontré une nouvelle fois que les députés de l’opposition ne sont pas écoutés par le pouvoir (le RCD compte actuellement 14 députés, NDLR). Par ailleurs, nous avons également l’habitude de pas être dans les instituions, puisque ce n’est pas la première fois que nous décidons de boycotter des élections. Nous comptons sur notre présence sur le terrain, au plus près des électeurs et de leurs préoccupations, pour faire avancer notre cause. Dans un pays où les médias du pouvoir boycottent l’opposition et dans un monde où l’ère de la communication prend une importance capitale, nous allons développer de nouvelles voies via Internet, les réseaux sociaux et les nouvelles technologies pour mobiliser et partager nos idées avec les citoyens et la jeunesse.
 
Sur un plan plus personnel, vous incarnez, depuis votre élection à la tête du RCD, le renouvellement de la classe politique algérienne. Êtes-vous conscient de représenter un symbole ?
 
M.B : Il faut se féliciter de l’émergence de jeunes figures sur la scène politique du pays même si au niveau de mon parti, ce n’est pas un phénomène nouveau puisque l’essentiel de la direction sortante fait partie de la nouvelle génération et la moyenne d’âge de nos députés sortants est de 37 ans. Notre ancien président, Saad Saadi, a d’ailleurs coutume de dire qu’il faut faire sortir la jeunesse du discours politique pour la mettre dans la classe politique. Plus personnellement, je suis fier et honoré de diriger cette formation politique que j’ai rejoint à l’âge de 19 ans, en 1989. Toutefois ce poste représente une lourde tâche, mais heureusement, je ne vais pas la porter seul car j’ai l’avantage de m’inscrire dans l’histoire riche du RCD, qui se distingue par sa crédibilité, son parcours, son capital humain, ses valeurs et ses projets. Par conséquent, je n’ai rien à inventer car tout cela existe déjà, peut-être qu’il faudra juste adapter les moyens de lutte pour continuer à faire entendre notre voix et celle du peuple algérien qui aspire à la démocratie.

 

Première publication : 12/04/2012

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