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Afrique

Des enjeux de taille attendent le nouveau président par intérim

Vidéo par Aude SOUFI

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 13/04/2012

Trois semaines après le coup d’État militaire au Mali, le gouvernement civil reprend ses droits avec l’investiture du président par intérim Dioncounda Traoré qui a eu lieu ce jeudi.

Âgé de 70 ans, Dioncounda Traoré, président de l'Assemblée nationale depuis 2007, a prêté serment dans la matinée du 12 avril lors d'une brève cérémonie au Centre international de conférence de Bamako, la capitale du Mali, devant plusieurs centaines de personnes, dont notamment des diplomates et représentants de la Communauté économique des États d' Afrique de l'Ouest (Cédéao). Son investiture par la Cour suprême s'inscrit dans le cadre d'un accord de transfert du pouvoir à un régime civil négocié, sous l'égide de la Cédéao, avec la junte du capitaine Amadou Sanogo qui avait fomenté un coup d'Etat le 22 mars contre le président Amadou Toumani Touré (ATT).


La tâche ne va pas être facile pour DioncoundaTraoré qui doit organiser une élection présidentielle d’ici 40 jours, comme le veut la Constitution malienne. Un défi de taille puisque le pays est scindé en deux depuis la récente proclamation unilatérale d'un "État indépendant de l'Azawad" par les insurgés touareg du MNLA, alliés avec des milices islamistes proches d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Vingt jours après le putsch, les Touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et certaines milices islamistes, dont Ansar Dine, ont en effet pris le pouvoir dans les villes de Gao, Kidal et Tombouctou et contrôlent les trois quarts du territoire malien – soit une superficie plus grande que la France.


Lors de son discours d’intronisation, quelques minutes après avoir prêté serment devant le président de la Cour suprême Nouhoum Tapily, Dioncounda Traoré a évoqué la situation difficile dans le nord du Mali en se disant "conscient d'être président d'un pays en guerre". “Tessalit, Kidal, Gao et Tombouctou sont occupés, le Mali, pays de la paix, de la tolérance et du dialogue, est coupé en deux. Notre population dans le nord est soumise à toutes sortes d’atrocités, notre république démocratique et laïque est menacée”, a-t-il déclaré avant de s’engager à tout faire pour ramener le pays à l’unité.

Vêtu d’une écharpe jaune sur un costume noir, Dioncounda Traoré a également appelé "avec insistance" et " fermeté" les groupes armés à "rentrer dans les rangs", à "arrêter toutes ces exactions, ces pillages, ces viols" et à quitter "pacifiquement les cités qu'ils ont occupées".

L’homme le plus populaire du moment

Si la situation dans le nord du pays est la priorité absolue du président Traoré, les défis posés par la négociation d'un règlement à la crise sont de taille. Alors que la Cédéao prépare une intervention militaire avec l’appui d’une force de 3 000 hommes, certains pays hésitent toujours à engager des troupes dans cette mission en l’absence d’un mandat clairement défini. De même, d'autres se demandent si l’organisation africaine dispose réellement des capacités techniques et logistiques nécessaires pour organiser une campagne de ce type, dans une région désertique aussi difficile.

En outre, l'armée malienne est une force mal équipée qui a souvent manqué de professionnalisme. Ce sont d’ailleurs le manque de soutien logistique et de renforts pour les troupes maliennes qui combattaient la rébellion dans le nord du pays qui ont conduit au coup d'État du 22 mars. Le putsch a néanmoins été un échec puisque les rebelles touareg et les milices islamistes contrôlent depuis tout le nord du Mali.

Le capitaine putschiste Amadou Sanogo reste toutefois une figure populaire au Mali, alors que rien n’apaise la colère de la population contre la classe politique. Ce 12 avril, au cours de la cérémonie d’investiture du président malien de transition, le public a bruyamment acclamé l’arrivée de l’ancien chef de la junte, qui a également été ovationné au moment où il a pris la parole. 

Les observateurs s’inquiètent du pouvoir que conserve l'armée malienne au moment où le pays fait ses premiers pas vers une transition démocratique. S'adressant à FRANCE 24,  l'ancien Premier ministre Soumana Sako a déclaré qu'il ne pouvait pas préjuger de la volonté réelle de l'armée de laisser aboutir le processus démocratique : "Je n'ai pas une boule de cristal qui me permette de prédire comment l'armée agira dans le futur. Cependant nous tendons la main à nos frères de l’armée afin de travailler ensemble pour le bien de notre pays".

Qui pour diriger le gouvernement ? 

De hauts responsables politiques maliens ainsi que des observateurs internationaux se demandent par ailleurs si Dioncounda Traoré sera en mesure d’organiser une élection présidentielle dans un délai de 40 jours. "Il n'est pas sûr que cette élection puisse avoir lieu dans le délai imparti", confie à FRANCE 24 l'ancien ministre de l'Éducation, Moustapha Dieko. "Notre pays est en guerre, l'unité de la nation est en jeu, poursuit-il. Il s’agit maintenant de garantir que les mesures appropriées sont prises pour s'assurer que le pays suit le processus électoral, c’est cela qui est important". 

Parmi les autres tâches à court terme qui attendent le président Traoré figure la nomination d'un Premier ministre et d'un gouvernement. Des nominations qui suscitent d’intenses négociations et provoquent un flot de rumeurs au sein de la classe politique. Si l'ancien Premier ministre Sako est cité comme un candidat possible pour ce poste, ce dernier a préféré esquiver les questions de FRANCE 24 qui lui demandait s’il accepterait de conduire un gouvernement. "Je ne me pose jamais ce genre de questions," a-t-il dit tout en précisant qu'il n'avait aucune information sur ce sujet. "Ce qui est en jeu, ce n'est pas une carrière personnelle ou des ambitions. Ce qui est important, c’est la nécessité de reconstituer notre démocratie et d'offrir un nouvel espoir et une nouvelle vision pour notre peuple."

 

Première publication : 12/04/2012

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