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Afrique

La guerre, une option "contre-productive" pour les deux pays

Vidéo par Vanessa TSANGA TABI

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 09/07/2012

Les affrontements se multiplient à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, indépendant depuis le 9 juillet dernier. Chercheur au Ceri, Roland Marchal met en garde contre une guerre ouverte qui aurait des "conséquences désastreuses".

Les deux Soudans sont au bord de la guerre. Depuis quelques semaines, Khartoum et Juba multiplient les coups de force sur leur frontière commune, au tracé toujours contesté. Après de premiers affrontements à la fin du mois de mars, les troupes sud-soudanaises ont franchi la frontière, le 10 avril, et se sont emparées d’Heglig, principal champ pétrolier de son voisin du nord.

En guise de représailles, l'aviation de Khartoum a bombardé, dimanche 15 avril, un camp de Casques bleus de l'ONU au Soudan du Sud, faisant 10 morts et 14 blessés parmi les civils qui se trouvaient aux alentours. Dans la foulée, le Parlement soudanais a adopté, ce lundi 16 avril, une résolution présentant le gouvernement du Soudan du Sud comme un "ennemi".

"Une guerre déstabiliserait la région toute entière"

S’ils ne sont pas officiellement en guerre, les deux pays traversent la crise la plus sérieuse depuis que le Soudan du Sud a fait sécession, en janvier 2011. Chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri), spécialiste du Soudan, Roland Marchal refuse toutefois de céder à l’alarmisme. "La situation est grave, mais il faut bien voir qu’elle ne touche que les zones frontalières, tempère-t-il. Bien qu’elle en ait les moyens, l’aviation de Khartoum n’a pas bombardé de casernes militaires."

Selon lui, aucun des deux États n’a intérêt à aller jusqu’à la guerre, car un conflit ouvert aurait des conséquences "désastreuses" et "totalement contre-productives" pour les deux camps. "Le Soudan du Sud prend le risque de perdre la sympathie d’une bonne partie de la communauté internationale, tandis que le régime d’Omar el-Béchir s’isolerait encore un peu plus sur le plan diplomatique [le président soudanais est visé depuis 2009 par un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI), NDLR]", analyse-t-il.

Surtout, Roland Marchal se demande si le Soudan et le Soudan du Sud prennent véritablement la mesure de leurs actes. "C’est à se demander si les deux camps réalisent qu’ils ne se dirigent pas vers un conflit interne mais vers une vraie guerre, qui déstabiliserait la région toute entière."

Une incrédulité partagée par l’ethnologue et chercheur au Centre d’études des mondes africains (Cemaf), Christian Delmet. Sur l’antenne de RFI, celui-ci qualifie d’"incompréhensible" la décision du Soudan du Sud de s’emparer d’Heglig. "Pourquoi Salva Kiir [le président sud-soudanais, NDLR] a-t-il décidé de s’emparer de ces puits alors qu’il n’a pas besoin de ce pétrole, qu’il avait entamé des négociations et qu’il était prêt à recevoir Omar el-Béchir ?", s’interroge-t-il.

Inquiétude de la communauté internationale

Les affrontements ont, pour l’instant, fait peu de victimes, mais ils ont rallumé le spectre de la guerre civile, qui a fait deux millions de morts entre 1983 et 2005. Les grandes puissances voient par ailleurs d’un mauvais œil ce regain de tension dans la région, moins d’un an après l’indépendance du Soudan du Sud, dans laquelle la communauté internationale s’était beaucoup investie.

"On n’a pas épuisé toutes les solutions. Les grandes puissances, les États-Unis, la Chine, mais aussi les Russes, le Qatar et les puissances régionales vont faire pression sur les deux parties afin qu’elles cessent les provocations", assure Roland Marchal.

Les États-Unis ont d'ailleurs condamné, lundi 16 avril, le bombardement du camp de l'ONU au Soudan du Sud, demandant aux deux pays de cesser "immédiatement et sans conditions" les hostilités pour reprendre les pourparlers.

Le chercheur veut croire que la tension va finir par retomber dans les deux capitales, "où il existe des gens raisonnables, d’un côté comme de l’autre". "Il faut espérer qu’ils puissent se faire entendre, car on est en train de détruire tout ce qui a été construit entre 2005 et 2011."

Première publication : 16/04/2012

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