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Dernière modification : 20/04/2012

EXCLUSIF - Yémen : aux côtés des combattants d’Ansar Al-Charia

Au sud du Yémen, la ville de Jaar vit aujourd’hui au rythme de la charia. Nos reporters se sont rendus clandestinement dans cette ville contrôlée par les combattants d’Ansar Al-Charia, un groupe affilié à Al-Qaïda.

Après une longue négociation et plusieurs intermédiaires, l’autorisation d’aller rencontrer Ansar Al-Charia (les "partisans de la Charia"), en péninsule arabique nous est accordée.

Accompagnés de notre contact, un jeune yéménite nommé Ouajdi, nous prenons la route à 7 heures du matin dans un mini bus pour rejoindre la ville de Jaar, rebaptisée Wakar par Ansar Al-Charia. Elle se situe dans la province d’Abyan, au sud du Yémen.

Ma collègue Tatiana est obligée de porter le Niqab pour ne pas attirer l’attention des militaires yéménites, mais aussi parce que Ansar Al-Charia l’exige. Chez eux, la femme doit être couverte de la tête au pied. Nous nous faisons passer pour un couple de journalistes mariés.

Le trajet dure trois heures. À chaque barrage militaire, je me cache derrière la lecture d’un journal, de peur qu’on me repère : les étrangers n’ont pas le droit d’aller dans cette région, encore moins les journalistes.

À notre arrivée, nous retrouvons un homme, kalachnikov en bandoulière, dénommé Fouad. Il est chargé de gérer les relations avec la presse pour Ansar Al-Charia. Tout sourire, le jeune homme de 25 ans  nous invite à déjeuner. Au menu : de la viande, du riz et des boissons gazeuses.

Lors de notre séjour, Fouad ne nous lâche pas d’une semelle. Son discours porte essentiellement sur l'idéologie du groupe et son projet d’établir la charia (la loi de dieu), dans tout le Yémen.

Les combattants d’Ansar Al-Charia ont l’interdiction de nous parler face à la caméra. Invoquant des questions sécuritaires, ils refusent la plupart du temps d'être filmés. La majorité des images de ces combattants que nous réussissons à filmer sont des images volées.

Nous ne pouvons pas rencontrer l’émir Abu Hamza, le chef d’Ansar Al-Charia, toujours pour des raisons de sécurité.

Après maintes négociations, nous parvenons à obtenir l'autorisation d'approcher les 73 otages militaires yéménites que retiennent les combattants d'Ansar Al-Charia. À une condition : je dois y aller sans ma collègue, au prétexte que les otages ne veulent pas voir de femme. Mais la raison est autre, je m’en rend compte au moment de la fouille. Dans la charia, les hommes ont l’interdiction de fouiller les femmes.

Le lieu de détention est tenu secret. On me bande les yeux, je monte dans un pick-up, nous roulons pendant une demi-heure. Je pense que l’endroit ne se trouve pas loin de la ville. Nous rentrons le soir même.

Avec Fouad, nous avions convenu de rester trois jours dans le fief d'Ansar al-Charia à Wakar. Il nous demande finalement de quitter la ville plus tôt que prévu. "Il va se passer des choses", prévient notre accompagnateur.

Le lendemain de notre départ, le check point de l’armée, qui fait barrage entre les combattants d’Ansar Al-Charia et la ville, est attaqué. Bilan : 15 morts. Si nous étions restés, il aurait été beaucoup plus difficile de sortir de la ville.

Par Tatiana MASSAD , Noreddine BEZZIOU

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