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FRANCE

Confidences d'électeurs parisiens à la sortie des urnes

Vidéo par Julie ALBET

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 22/04/2012

Dans les bureaux de vote parisiens, les électeurs sont au rendez-vous. À 17 heures, le taux de participation était estimé à 70,59 % pour ce premier tour de l’élection présidentielle 2012, contre 73,87 % en 2007. Témoignages à la sortie des urnes.

Cliquez sur ce lien pour suivre la soirée électorale en temps réel.

À Paris, on vote en couple, seul, ou en famille. La capitale compte quelque 850 bureaux de vote ouverts de 8 heures à 20 heures dans les 20 arrondissements. À la mi-journée, le ciel passe de la pluie au soleil en moins de temps qu’il n’en faut pour avaler un expresso au comptoir d’un café. Des conditions météorologiques apparemment favorables à la participation républicaine. Dans les bistrots, on dit en effet qu’il faut qu’il fasse beau - mais pas trop - pour que les Français aillent voter.

Une aberration pour Pascal, 53 ans, fonctionnaire d’État, qui est venu avec son compagnon déposer son vote à midi dans un bureau de vote du 10e arrondissement parisien : "Voter en fonction du temps, c’est ridicule. Nous, on devait partir en week-end, mais nous avons fait le choix de rester à Paris exprès pour l’élection. Qu’il y ait du soleil ou qu’il pleuve, on vote !"

Il se met justement à pleuvoir et les électeurs se serrent dans l’école bondée de la rue de Marseille. À midi, environ 20 % des électeurs avaient déjà déposé leur bulletin. Le préau est noir de monde, les files se gonflent un peu plus chaque minute. Alors, fidèles à leur réputation, les Parisiens commencent à râler dans les rangs : "Le sens de la file est mal indiqué !", "on fait deux fois la queue", "vous prenez les gens pour des cons !", "Les bénévoles qui recueillent les voix sont un peu dépassés : ça fait trois heures que ça ne désemplit pas".

Nadia*, 72 ans, qui vote depuis 50 ans dans le même bureau, n’a jamais vu autant de monde "à cette heure-ci", précise-t-elle. "Avant, les gens allaient voter avant la messe." Une affirmation qui fait réagir son voisin : "Mais ça fait bien longtemps que les Parisiens ne vont plus à la messe madame", lui répond le jeune père aux cheveux poivre et sel : "Aujourd’hui, les Parisiens vont voter avant de bruncher !"

À Montmartre, plus de monde aux terrases que dans les bureaux de vote

Dans le quartier branché des Abbesses, à Montmartre, dans le 18e arrondisement, il y a plus de monde aux terrasses de cafés que dans les bureaux de vote situés au 25 et 27 de la rue Houdon. Néanmoins, à 13 heures, plus de 30 % des inscrits avaient déjà voté.

Magda, prostituée travestie franco-algérien, a enfilé ses habits d’homme pour aller voter à 9 heures du matin: "Quand je vote, je suis Daoud, quand je travaille je suis Magda ! Mais homme ou femme, depuis vingt ans que j’ai ma nationalité française, je vote !"  : « J’espère que c’est Marine qui va gagner…. Depuis 10 ans, je vote Le Pen, avec tous ces Arabes qui m’emmerdent dans la rue ! Avant on était au moins cinq putes dans la rue, maintenant je suis toute seule. Et en plus ces Arabes veulent transformer l’église des Abbesses en mosquée ! Des poseurs de bombes… »
C’est probablement la dernière fois que Magda vote en France : elle veut rentrer "au bled", chez elle, en Algérie…

Florent, 34 ans, vote pour la première fois

Florent, contrôleur dans la finance de marché à Paris, n’a pas sacrifié sa grasse matinée pour aller voter. C’est pourtant un jour spécial pour lui : à 34 ans, il vote pour la première fois. Après avoir découvert le rituel de la récolte des bulletins, l’isoloir, l’urne, ce n’est pas sans émotion qu’il a glissé son bulletin et entendu "a voté !"

"Je suis ému, c’est important pour moi. J’ai toujours été intéressé par la politique, mais voter était synonyme de douleur. Mon grand-père était préfet, mon père sous-préfet, et il a été assassiné politiquement. Cela a été difficile pour la famille, donc j’ai toujours appréhendé de voter. Aujourd’hui, je ne voulais pas y aller tout seul… Mais là, il était temps de voter", raconte-t-il.

Pourtant, aucun candidat ne l’a vraiment rassuré : "Je suis très inquiet en ce qui concerne la crise économique et financière. J’ai trouvé la campagne très faible de ce point de vue-là : je m’attends à un grand coup de bâton sur les marchés financiers en France. Quel que soit le président élu, l’été va passer, et en septembre on sera confronté à une réalité économique qui ne laissera qu’une faible marge de manœuvre. Les mesures économiques et financières de la gauche me font peur.Finalement, le seul a parler de réduction des dépenses, c’est Bayrou. Je suis un homme de droite avec un cœur de gauche… Alors, c’est sur, ça me pousse au centre."

Cécile, 31 ans, cadre à Paris, traîne, elle, son mécontentement. Électrice dans la région de Tours, elle a tenté plusieurs fois de faire une procuration. En vain. Elle n’a pas pu obtenir le sésame pour participer à l’élection. Abstentionniste forcée, elle voulait pourtant voter blanc pour signifier son mécontentement.

"J’aurais bien aimé aller voter, mais j’ai été refoulée deux fois du commissariat parce qu’il y avait trop de monde pour les procurations. Je ne comprends pas qu’ils ne s’organisent pas pour subvenir aux besoins de tous ! Je suis extrêmement déçue, même si paradoxalement j’avais l’intention de voter blanc. Je ne voulais pas être considérée comme une abstentionniste, je voulais contester ces candidats, contre ces non-débats. Je sais bien que le vote blanc n’est pas reconnu en France, mais il était très important pour moi de signifier mon mécontentement. Pour le second tour, je retournerai donc exprès dans ma région natale et glisserai mon vote blanc dans l’urne… "

Blanc bonnet et bonnet blanc

Denis, 42 ans, n’a pas non plus fait la queue pour voter ce dimanche. Ce diplomate français, basé à Nairobi, a pu établir une procuration à l’ambassade avant de venir passer ses vacances à Paris. La campagne, il l’a suivie à distance, et elle ne l’a pas convaincu : "J’ai trouvé cette campagne assez terne, il n’y a pas eu de vrai combat entre les deux candidats favoris. Ils ont mis au cœur de la campagne des questions que je considère comme annexes : le permis de conduire par exemple, au détriment de questions plus fondamentales comme la politique internationale."

Pour le premier tour, il n’est pas question pour lui d’un vote "stratégique" : "Les deux favoris, c’est blanc bonnet et bonnet blanc.Au moins, la candidate écologique a pour elle d’avoir combattu pendant des années la corruption. J’imagine qu’elle doit avoir une vision juste de la politique. Alors lui donner ma voix, c’est combattre l’establishment.
Si le duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande se confirme au second tour, comme annoncé par les derniers sondages, je voterai mais à contrecœur."

Si les deux candidats favoris devaient se confronter au second tour, Étienne, 19 ans, fera tout pour éviter la gauche. Cet étudiant en droit profite de sa toute récente citoyenneté pour sanctionner la gauche et donner sa voix au candidat "de la rigueur et de la sécurité", même si "jusqu’au dernier moment, il a hésité dans l’isoloir".

« Je trouve les gauchistes trop laxistes ; ils se présentent comme les défenseurs des opprimés mais s’ils passent, la classe moyenne sera matraquée ; on aura moins de liberté, moins de pouvoir d’achat. La gauche cherche toujours des raisons pour expliquer la violence des pauvres mecs des cités, toujours des excuses mais pas de solutions. J’ai eu plusieurs altercations ces dernières années et le hasard a voulu que c’était toujours des racailles, des mecs des cités issus de l’immigration.

Le Front national garantit plus de sécurité, plus de rigueur. Il est plus intransigeant vis-à-vis des débordements. Ce que FN a bien pu faire avant, je n’en ai pas conscience. Quant à l’avenir, je ne me projette pas non plus. Marine Le Pen a un programme adapté à la France d’aujourd’hui. Pour moi, c’est plus un vote de contestation que de conviction. »

 

* son prénom a été modifié

Première publication : 22/04/2012

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