Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

CAP AMÉRIQUES

États-Unis : nouvelle controverse sur le port d'armes, après plusieurs tueries

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

#CecilTheLion : le chasseur devient la proie

En savoir plus

LE JOURNAL DE L'ÉCONOMIE

EDF va prendre le contrôle des réacteurs nucléaires d’Areva

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Migrants : Gao, aux portes du désert, carrefour des routes qui mènent en Europe

En savoir plus

DÉBAT

Laurent Fabius à Téhéran : l'Iran réconcilié avec l'Occident ? (partie 2)

En savoir plus

DÉBAT

Laurent Fabius à Téhéran : l'Iran réconcilié avec l'Occident ? (partie 1)

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Esclaves mauritaniennes"

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Le but en or de Platini"

En savoir plus

DÉBAT

Barack Obama en Afrique : quel bilan? (partie 2)

En savoir plus

FRANCE

L’élection de Miss Black France entre militantisme et repli communautaire

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 29/04/2012

Pour la première fois en France, un concours de beauté réservé aux Noires doit se tenir à Paris. Bien que soutenue par le Conseil représentatif des associations noires (Cran), cette élection constitue, pour certains, une dérive communautariste.

Après l’apparition des Mister France en 2001, voici venu le temps des Miss Black France. Un concours de beauté inédit dans l’Hexagone qui a la particularité de recruter ses candidates - jeunes et jolies, s’il est besoin de le préciser - en fonction de leur couleur de peau. Américanisation des Miss, idée novatrice ou pente dangereuse, la tenue le 28 avril à Paris de cette élection fait couler beaucoup d’encre.

N’y voyez aucune dérive communautariste, se défend Frédéric Royer, l’organisateur et animateur du concours soutenu, entre autres, par le Conseil représentatif des associations noires (Cran). En mettant à l’honneur la "beauté black", le promoteur de cette élection affirme vouloir donner une visibilité à une partie de la population française qu'il juge trop souvent éclipsée. Un acte militant, donc, qui entend cependant rester glamour. "Notre élection a pour objectif de mettre en lumière ces femmes extrêmement nombreuses et que l’on voit peu dans les médias, estime Frédéric Royer. L’élection Miss France n’était pas assez représentative de la France d’aujourd’hui."

Une petite pique à l’adresse de Geneviève de Fontenay, l’ancienne organisatrice de la grand-messe annuelle de beauté, qui, loin de s’offusquer, a adoubé ce concours qu’elle estime progressiste. “La France d'aujourd'hui, c’est la mixité, et elle doit être mise en avant de toutes les manières possibles, surtout en ces temps électoraux difficiles”. En l’an 2000 pourtant, Sonia Rolland, une métisse d’origine rwandaise, avait eu le privilège de représenter l’Hexagone à travers le monde. Un premier pas, certes, mais insuffisant, estime la célèbre dame chapeautée.

Miss Black France, bande-annonce (2)

Une logique de pensée attentatoire aux valeurs de la France

Une position que ne partage pas Patrick Lozès, le fondateur et ancien président du Cran. S’il reconnaît que l’initiative part “d’une bonne volonté”, ce militant de la cause noire manque de s'étrangler à l’idée d’associer la notion de progrès à la tenue d’un concours réservé aux Noires. “Cette logique de pensée est attentatoire aux valeurs de la société française, juge-t-il. Si j’estime qu’il n’y a pas assez de Noirs dans les grandes écoles et dans les entreprises, vais-je créer des établissements qui leur seront exclusivement réservés ?”

À l’instar de Patrick Lozès, l’historien Pascal Blanchard, spécialiste des immigrations au CNRS et auteur de "La France noire" (éd. La Découverte), se dit “choqué” par une initiative qu’il juge “stupide” et “dangereuse”. “Je sais qu’aux États-Unis, il existe des concours de beautés ethniques. Le fait qu’on les tolère ne change rien à ma pensée. Chaque fois que l’on me parlera, n’importe où dans le monde, d’un concours réservé à une catégorisation raciale, je bondirai !” lâche-t-il.

Et ces derniers mois, il n’a pas été le seul à s'offusquer devant ce qu’il assimile à de la discrimination positive. En janvier déjà, la parution dans le magazine "Elle" d’un article qui décryptait le style vestimentaire des femmes “blacks” avait créé une retentissante polémique en France et à l'étranger, le réputé "New York Magazine" parlant même de “billet raciste faisant état de gênantes généralisations”.

"Une provocation"

Ce précédent n’aura "malheureusement" pas fait évoluer les esprits, déplore Patrick Lozès qui se dit très "inquiet" depuis les résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Selon lui, à l’heure où les débats politiques se concentrent majoritairement autour de la place des étrangers et des immigrés en France, l’élection de Miss Black France pourrait être vécue comme une provocation. ”J’ai peur que tout cela braque encore plus les Français à une période où le Front national séduit de plus en plus… C’est un concours qui dit sur le papier que les Blanches sont exclues, c’est très dérangeant. Cette initiative pourrait être perçue comme quelque chose d'hostile qui mettrait encore un peu plus à mal la cohésion nationale”, s’inquiète-t-il.

Pour autant, ni Patrick Lozès ni Pascal Blanchard ne nient le mal-être d’une partie de la population issue de la diversité. Les deux hommes estiment simplement que l’intégration est un processus complexe qui ne doit jamais passer par l’étape de la dissociation entre la race et la nationalité. “Il faut tout faire pour que ces personnes se reconnaissent en tant que Français, non pas en tant que Noirs dans la société française, préconise l'ancien dirigeant du Cran. On ne peut pas commencer par des concours ethniques pour évoluer vers des concours nationaux. C’est une grave erreur de stratégie.”

Une erreur telle que Pascal Blanchard croyait à une "plaisanterie". Une élection-canular qui aurait "au moins" eu le mérite de faire réfléchir sur l’évolution de notre société. "Si ce concours était un faux, qu’il avait été organisé pour bousculer les esprits, il aurait été, dans ce cas précis, très intelligent. Il aurait fait rire", conclut-il. Un rire expiatoire à quelques pas de l’humour noir.

 

Première publication : 25/04/2012

COMMENTAIRE(S)