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Afrique

Mouad Belghouat, le rappeur redouté par la monarchie marocaine

©

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 26/04/2012

Poursuivi pour outrage à la police à la suite de la publication d'un clip vidéo sur Internet, le rappeur marocain Mouad Belghouat, incarcéré depuis près d'un mois, encourt trois ans de prison. Une façon de le museler, selon ses défenseurs.

"Lhaqed" signifie "rancune" en arabe. C’est aussi le nom de scène que s’est choisi le rappeur marocain Mouad Belghouat, qui risque aujourd'hui trois ans de prison, selon Khadija Ryadi, la présidente de l'Association marocaine de défense des droits humains (AMDH), à la suite de la publication sur Internet d’un clip vidéo considéré comme attentatoire à la police, selon les autorités marocaines. Incarcéré depuis la fin du mois de mars, le rappeur et magasinier de 24 ans n’a, lui, de cesse de clamer son innocence. L'ouverture de son procès, qui devait avoir lieu mercredi 25 avril, a été reportée une nouvelle fois, au lundi 30 avril.

Dans le collimateur de la justice 

Arrêté le 28 mars dernier par trois policiers en civil à son domicile d’un quartier populaire de Casablanca, Belghouat est mis en examen le lendemain pour "'outrage à un officier public dans le cadre de ses fonctions et à un corps constitué". L’accusation ne porte pas directement sur l’une de ses chansons mais sur le montage vidéo qui en a été fait. Sur le réseau social YouTube, avant que la vidéo ne disparaisse, on pouvait voir un policier marocain affublé d’une tête d’âne interpeller un activiste du Mouvement du 20-Février avec une chanson de Lhaqed en fond musical. Malgré les accusations qui pèsent contre lui, Mouad Belghouat nie toute implication dans la publication de la vidéo. Si le chanteur revendique haut et fort les paroles de la chanson "Les chiens de l’État",  il assure toutefois que le clip vidéo ne relève pas de son fait.

Ce n’est pas la première fois que Belghouat est inquiété par la justice. En septembre dernier, le chanteur de Casablanca a déjà écopé de quatre mois de prison et d’une amende de 500 dirhams (45 euros) pour avoir "agressé" et "frappé" un membre de l’Alliance des jeunes royalistes, Mohamed Dali. Une accusation qu'il a récusée tout au long de son procès, sans obtenir gain de cause. Pour Mohamed El-Messaoudi, l'avocat de Mouad Belghouat, son client est un jeune homme certes contestataire mais non-violent. "L’affaire a été montée de toute pièce", déclare-t-il à FRANCE 24.

"Le seul but de son arrestation est de le museler"

"Le but de l’arrestation est de le museler parce qu’il est aimé de la jeunesse marocaine qui se reconnaît dans ses textes", poursuit-il. "Il n’est pas uniquement jugé parce qu’il porte atteinte aux institutions, mais parce qu’il est aussi un très bon artiste et réveille des milliers de consciences."

Figure emblématique de la contestation populaire, l'artiste paie chèrement l’audace de ses textes. Dans la chanson incriminée, "Les chiens de l’État", il multiplie les questions rhétoriques comme autant de coups de poing portés au régime : "Pourquoi le peuple marocain paie-t-il le salaire des policiers qui le répriment ? Pourquoi la justice est-elle devenue le lieu de la corruption et des affaires ? Pourquoi le peuple marocain ne bénéficie t-il pas de toutes les richesses du pays ? Pourquoi les plus grands hommes d’affaires marocains deviennent-ils des ministres corrompus ? Pourquoi la loi ne protège-t-elle pas les pauvres ?". Autant d'interrogations qui ne laissent que peu de place au doute sur les positions frondeuses de l’artiste.

Chanteur engagé

Pour l’avocat de Mouad Belghouat, l’affaire a indéniablement pris un tour politique. D’autres rappeurs, comme Bigg, s’en prennent également à la police sans pour autant être inquiétés par la justice, parce qu'ils n'ont aucun engagement politique, explique celui-ci. Belghouat, lui, milite au Mouvement du 20-Février qui aspire à des changements politiques profonds au Maroc. Parmi ses nombreuses revendications, le collectif, né dans le sillage du printemps arabe, souhaite obtenir "une Constitution véritablement démocratique et une monarchie parlementaire", selon Najib Chaouki, l'un des membres du mouvement à Rabat, la capitale.

Bien qu'isolé du fait de son incarcération, le rappeur de Casablanca est loin d'être seul. Mohamed El-Messaoudi confie ainsi qu’un comité composé d’une vingtaine d’avocats s’est constitué autour de lui de manière spontanée et gratuite pour le défendre. À chacune des audiences du procès de l'artiste, des milliers de Marocains manifestent par ailleurs devant le tribunal au nom de la liberté d’expression. Les membres du Mouvement du 20-Février scandent "Vive le peuple" pendant que de nombreux fans commentent les textes du "poète" à travers les réseaux sociaux.

À ce jour, l’affaire a pris une telle ampleur que l’ONG Human Rights Watch (HRW) est intervenue à son tour. L’organisation a fait savoir par un communiqué de presse, mercredi 25 avril, que "les autorités marocaines devraient libérer le rappeur qui a passé trois semaines en détention préventive et abandonner les poursuites à son encontre". Pour l’heure, son bataillon d’avocats œuvre d’arrache-pied pour que le jeune homme bénéficie d’une liberté provisoire qui lui a déjà été refusée. 

Vidéo France 24 - Première incarcération de Mouad Belghouat

Première publication : 25/04/2012

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