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Afrique

Charles Taylor déclaré coupable de crimes de guerre en Sierra Leone

Vidéo par Natacha VESNITCH

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 02/12/2013

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a déclaré coupable de crimes de guerre l’ancien président libérien Charles Taylor, poursuivi pour avoir soutenu la rébellion du RUF entre 1996 et 2002. Il connaîtra sa peine le 30 mai.

Charles Taylor est devenu, jeudi 26 avril, le premier ex-chef d’État condamné par la justice internationale. L’ancien dictateur libérien, qui, en 1997, dînait à la table de Nelson Mandela et courtisait l'une des plus belles femmes du monde - Naomi Campbell - risque désormais de finir ses jours dans une prison de haute sécurité britannique pour le rôle qu'il a joué dans la guerre civile en Sierra Leone.

Si Taylor ne connaîtra sa peine que le 30 mai, celui-ci a été reconnu coupable de crimes de guerre pour avoir dirigé en sous-main les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) en Sierra Leone, pays voisin du Liberia. Une guerre civile qui a causé la mort de près de 100 000 personnes entre 1991 et 2002 et qui fut le théâtre d'un cortège d’atrocités, de l’exploitation des enfants soldats aux mutilations délibérées.

Le verdict a été prononcé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), une cour de justice dont les statuts mixtes appliquant à la fois le droit international et sierra léonais ont longtemps fait s’interroger sur sa capacité à traduire en justice l’ex-président libérien. L’une des particularités de ce verdict est de condamner Charles Taylor pour ses actions dans un pays voisin du sien - la Sierra Leone -, tout en passant sous silence la longue litanie de ses crimes présumés au Liberia.

Un seigneur de guerre à la conquête du pouvoir

Charles Taylor s’est en effet imposé à la tête du Liberia après une longue carrière de seigneur de guerre. L’insurrection armée qu’il a déclenchée la nuit de Noël 1989 a plongé durablement le pays dans un chaos sanglant.

Accueil du verdict au Sierra Leone

Pendant huit ans, les forces libériennes de Charles Taylor s’illustrent alors par le recrutement forcé d’enfants soldats et l’utilisation de drogues pour désinhiber les troupes. Des soldats drogués combattent nus, convaincus que l’absence de vêtements les rend invisibles. Les affrontements entre factions rebelles rivales donnent lieu à des atrocités - tueries, mutilations, viols, actes de cannibalisme - qui apparaissent, a postiori, comme une répétition générale de la guerre civile sierra-léonaise.

Charles Taylor aurait pu rester un obscur seigneur de guerre dont la sanglante réputation n'aurait pas dépassé les frontières du Liberia. Mais son élection à la tête du pays en 1997, à la suite d’un accord de paix entre les différentes factions armées, change la donne.

Diamants du sang

Le président libérien intensifie alors son soutien aux rebelles sierra-léonais du RUF en fournissant armes et munitions en échange de diamants bruts, donnant naissance au tristement célèbre commerce des "diamants du sang". L’objectif de Charles Taylor : contrôler les zones diamantifères situées dans l’est de la Sierra Leone, près de la frontière libérienne.

Les images de ces pierres précieuses, symboles universels de pureté, contrastent avec la cruauté sanglante des forces du RUF. Lors de l'occupation de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, en janvier 1999, ces dernières se lancent dans une campagne de mutilation à grande échelle contre les civils.

Dans son jugement, le TSSL a balayé les arguments de la défense de Charles Taylor, selon lesquels l’ex-dictateur libérien n’avait aucun rapport avec les forces du RUF. Parmi les preuves retenues par l’accusation figure un gros diamant remis par des hommes de Charles Taylor au mannequin britannique Naomi Campbell après un dîner organisé en Afrique du Sud, en septembre 1997.

La chute du bourreau de Monrovia

En janvier 2002, la fin de la guerre civile en Sierra Leone marque le début de la fin pour Taylor, désormais connu comme le bourreau de Monrovia. Visé par un mandat d’arrêt international et menacé par une rébellion domestique soutenue par les États-Unis, il quitte le pouvoir en août 2003 pour se réfugier au Nigeria voisin. Le président déchu est finalement arrêté en 2006 et transféré à la prison de Scheveningen, près de La Haye, aux Pays-Bas.

Nul doute que le verdict du TSSL aura des répercussions au-delà des murs de sa cellule, délivrant un message fort aux dictateurs du continent africain : endosser un costume de chef d’État n’est plus une garantie d’impunité.

 

Première publication : 26/04/2012

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