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L'opinion de
Sylvain ATTAL

Sylvain ATTAL
Chroniqueur international

Coup de théâtre

Le 26-04-2012

Le rideau s’est ouvert sur le dernier acte du drame présidentiel. On rappelle brièvement la situation des protagonistes. L’opération siphonage des voix du FN a échoué, coûtant la première place du premier tour à Nicolas Sarkozy. Le président sortant compte refaire son retard en jouant sur deux registres :

  • Pour récupérer le plein des voix de Marine Le Pen (idéalement 80 % selon les instituts de sondages), il radicalise encore plus son discours déjà passablement droitier en reprenant carrément à son compte les propositions les plus controversées dans le fond de commerce lepéniste, telles que la préférence nationale ou, dernière en date, la "présomption de légitime défense pour les policiers". 
  • Pour convaincre l’électorat centriste ou hésitant (qui a voté pour Bayrou) il trace un portrait horrifiant du candidat socialiste. Cette fois on ne brandit plus la menace des chars russes sur les Champs-Elysées, mais celle de la faillite grecque. Pour faire simple : Votez pour le dépensier François Hollande et sous peu la France, dégradée par les agences de notation qui nous gratifient encore du triple A, ne tardera pas à se retrouver dans l’humiliante situation de la Grèce où les salaires et les retraites ont fondu de 25% en 2011.

Sarkozy, on le sait, a opté pour l’austérité à l’allemande. Mieux, il peut se targuer du soutien de l’hebdomadaire britannique "The Economist", porte-voix des conceptions libérales les plus orthodoxes (ou anglo-saxonnes, ce qui revient au même), qui présente cette semaine à ses lecteurs un scénario apocalyptique en cas de victoire de la gauche, sous ce titre à la une : "Ce dangereux monsieur Hollande". Rien que ça.
Sauf que cette belle construction est en train de se fracasser sur un imprévu. La probabilité de victoire de François Hollande a suffi pour qu’en quelques jours, un syndicat de chefs de gouvernements ou de partis européens manifeste à mi-voix son souhait de voir le socialiste mettre un terme à l’austérité qui plombe leurs économies : la Grèce bien sûr, l’Espagne (pourtant dirigée par des conservateurs) qui suit le même chemin, mais aussi l’Italie (Berlusconi compris !), et même les Pays-Bas, prouvant ainsi que ce phénomène ne concerne pas que les pays du « club med ».

Last but not least, le président de la BCE (un ancien de chez Goldman Sachs), Mario Draghi, vient d’admettre publiquement que l’austérité n’est pas la panacée et qu’il faut que le pacte européen de stabilité soit doté d’un volet croissance. Certes, croissance ne rime pas forcément avec dépense, mais les réformes de structure auxquelles il pense mettent quand même beaucoup plus de temps à produire leur effet.

Du coup, Angela Merkel se trouve isolée en Europe et c’est toute la stratégie sarkozyste qui est fragilisée.

Bien sûr, le programme de François Hollande reste en grande partie frappé du fléau dépensier, mais hier lors de sa conférence de presse celui qui semblait déjà avoir endossé l’habit de président a commencé à lui instiller une dose de réalisme.

C’est un coup de théâtre : Nicolas Sarkozy, qui moquait encore récemment la prétention de son rival de renégocier le traité européen avec Mme Merkel, aura beaucoup de mal à ridiculiser ce qui est devenu une ambition raisonnable.

Moralité : il n’existe point de dogme en économie et au bout du compte ce sont toujours les peuples qui ont le dernier mot. Donc la politique.

 

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