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FRANCE

"Je suis musulman, je fais le ramadan et je vote Le Pen"

©

Texte par Malika KERKOUD

Dernière modification : 27/04/2012

Ils s’appellent Farid, Karima ou Myriam, ils sont Français d’origine arabe, musulmans et… votent pour le Front national (FN). Ils ont adopté ses idées et militent pour les propager auprès des musulmans de France. Témoignages.

Karima, fonctionnaire de police : "De nombreux collègues d’origine arabe votent FN sans oser le dire"

Française d’origine marocaine, Karima est mère de trois enfants. Mariée à un Français et naturalisée en 2002, elle est titulaire d’un diplôme français en informatique. Arrivée en France il y a 15 ans pour suivre des études, elle s’y installe après avoir trouvé un emploi dans la police parisienne.

À 33 ans, elle dit s’être "entichée" des idées de Jean-Marie Le Pen et de sa fille Marine depuis 2002. Elle fréquente assidûment les meetings du parti et vote à chaque élection pour ses candidats. Elle s’enorgueillit même d’avoir un jour partagé un repas avec le fondateur du parti, Jean-Marie Le Pen.

"Mon vote exprime un rejet de certains arabes musulmans, que je qualifie personnellement de ‘racailles’. Ils ont pourri la société française. Au moins avant, ils vivaient concentrés dans les banlieues, mais depuis quelques années, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a tout fait pour les loger dans les quartiers chics, comme dans le 15e arrondissement où je vis actuellement", explique Karima.

De manière générale, elle se dit remontée contre ces Français d’origine maghrébine nés en France qui ne manifestent aucune considération envers leur pays. Elle voudrait que le Front national, s’il arrive un jour au pouvoir, les déchoie d’une nationalité française "qu’ils ne méritent pas". Elle admet néanmoins que "de nombreux collègues policiers d’origine arabe votent pour le Front national sans oser le dire, par peur des représailles".


Farid Smahi, ex-membre du bureau politique du FN : "Je suis Arabe, je fais le ramadan et je vote Le Pen"

Farid Smahi, 59 ans, est père de trois enfants. Français d’origine algérienne, il a effectué ses études en France et obtenu un diplôme en lettres à l’Université de Nanterre. Il est employé à l’association "Reprends ton souffle" qui vient en aide aux personnes en difficulté en banlieue parisienne. Son père a combattu au sein de l’armée française durant la Seconde Guerre mondiale, avant de militer pour l’indépendance de l’Algérie.

"On ne peut pas être à la fois Algérien et Français", aime souvent à répéter Farid. Il militait déjà contre la bi-nationalité en France quand il a rencontré Jean-Marie Le Pen, en 1998. C’était au retour d’un voyage dans les territoires palestiniens où, profondément marqué, il dit avoir visité une prison à ciel ouvert.

Son aversion pour la bi-nationalité, son attirance envers le discours d’un Le Pen pour le moins très critique envers la politique d’Israël, ont amené Farid à s’engager auprès du FN.  Ancien membre du bureau politique du Front national, il est aujourd’hui en rupture avec le parti pour avoir dénoncé la proximité de Marine Le Pen "avec les sionistes".

Avant d’adhérer au parti d’extrême droite, il avait néanmoins tenu à s’assurer que son patron ne rêvait pas de jeter les Noirs et les Arabes à la mer. "Je le lui ai demandé, les yeux dans les yeux : ce n’était pas le cas. J’ai plutôt découvert un homme politique expérimenté et un libre penseur", affirme-t-il.

Et d’ajouter : "Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, au risque de surprendre, la plupart des Arabes et des musulmans qui ont voté Marine Le Pen au premier tour font partie de ceux qui sont arrivés en France depuis peu de temps et non ceux qui sont nés ici. Il s’agit de médecins, ingénieurs ou artisans qui avaient un travail dans leurs pays d’origine, au Maghreb, mais qui ont décidé de fuir la tyrannie qu’ils subissaient."

"Ces sont des gens qui ont beaucoup souffert pour devenir Français. Contrairement à d’autres qui sont nés ici et qui continuent à voter pour la gauche alors qu’ils ne comprennent toujours pas que c’est précisément celle-ci qui les a parqués dans des ghettos pendant longtemps. Cette gauche veut, en fait, les voir avec un balai entre les mains ou un ballon aux pieds", poursuit Farid.

"Environ un million de Français arabo-musulmans ont voté pour Marine Le Pen le 22 avril, soit plus de 15 % des six millions d’électeurs qui ont accordé leur voix à la présidente du FN", estime-t-il.

Et de poursuivre : "Je suis Arabe, je fais le ramadan et je vote Front National. Je n’aime plus la viande Halal. Je ne supporte pas les femmes voilées et encore moins les femmes en burqa. La France est un beau pays, où le soleil ne se couche pas. On y boit du vin et on y mange du porc. Mes compatriotes musulmans doivent se calmer parce qu’ils n’ont pas à imposer leur religion à cette société. Il faut aussi qu’ils arrêtent de prier dans les rues, parce que les rues sont faites pour les voitures et les bus. Et même le prophète Mahomet, s’il était vivant aujourd’hui, prendrait le TGV et mettrait des costards à la mode. La France, soit on l’aime, soit on la quitte."

Commentant la montée des mouvements d’extrême droite en Europe, il analyse : "Quand des Merah tuent des enfants et assassinent les symboles de la République au nom d’Allah, il est normal que 20 % des Français votent Front National. Personnellement, Je ne sais pas encore pour qui je vais voter au second tour. Mais une chose est sûre, je ne voterai pas François Hollande."

Myriam, femme de chambre : "Le jour où le FN sera au pouvoir, les choses se passeront autrement"

Myriam, 45 ans, est Française d’origine tunisienne. Mariée, elle habite depuis 20 ans à Melun, en banlieue parisienne, où elle élève ses quatre enfants. Après avoir abandonné ses études suite à des problèmes familiaux, elle a trouvé un travail de femme de chambre dans un hôtel parisien.

Myriam n’est pas tendre envers les Noirs et les Arabes. Selon elle, ils sont la cause de tous les maux de la France. "Si je pouvais changer mon origine, je le ferais avec plaisir", indique-t-elle.

Elle estime que "leur seul souci est de chercher les moyens de contourner les lois de la République pour profiter des avantages sociaux et gagner de l’argent sans fournir le moindre effort. Ils ont sali notre réputation. Il est vrai que certains peinent et travaillent dur, mais beaucoup d’autres arrivent massivement par bateau dans le but de profiter des aides sociales, tout cela au nom des droits de l’Homme. Le jour où le FN sera au pouvoir, les choses se passeront autrement."

 Photo © Sarah Leduc

Première publication : 27/04/2012

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