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Economie

L'Espagne, dégradée par S&P, affiche un taux de chômage de près de 25 % 

©

Vidéo par Achren VERDIAN

Texte par Dépêche

Dernière modification : 27/04/2012

Une mauvaise nouvelle chasse l'autre en Espagne : Madrid a annoncé vendredi que son taux de chômage avait grimpé à 24,4 % au lendemain d'une dégradation de deux crans de sa note souveraine par l'agence de notation Standard & Poor's.

AFP - L'Espagne, sanctionnée jeudi par Standard & Poor's, comptait au premier trimestre presque un actif sur quatre au chômage, dans un contexte de récession: un sombre panorama qui devrait, selon des experts, durer jusqu'en 2013, nourri par une cure de rigueur sans précédent.

Le journal Expansion le résume, sur un ton dramatique: "De Londres à New York, en passant par Paris, Berlin, Bruxelles et Rome, dans toutes les principales places économiques du monde occidental, les analystes sont d'accord sur une chose: l'Espagne donne beaucoup d'inquiétudes et peu d'espoirs".

Les chiffres publiés vendredi par l'Institut national de la statistique (Ine) ne vont certainement pas rassurer: fin mars, la quatrième économie de la zone euro comptait 5,64 millions de chômeurs, 24,44% de la population active, un record parmi tous les pays industrialisés.

Lundi, ce même institut confirmera l'entrée officielle de l'Espagne en récession, deux ans à peine après en être sortie. La Banque d'Espagne table sur un recul du PIB de 0,4% au premier trimestre par rapport au précédent, où il avait baissé de 0,3%.

"L'année 2012 va être très faible, en termes de consommation et d'emploi", note Alberto Roldan, analyste de la maison de courtage Inverseguros.

Le ministre du Budget lui-même, Cristobal Montoro, admet que le pays vit "un moment d'extrême fragilité", prévoyant un PIB amputé de 1,7% en 2012, dont les deux premiers trimestres négatifs.

La Fondation des caisses d'épargne (Funcas), plus pessimiste, attend sept trimestres de baisse de l'activité (en incluant le dernier trimestre 2011), ce qui augure d'une sortie de récession au second semestre 2013.

Pour Commerzbank, l'Espagne sera le seul pays en zone euro encore dans le rouge en 2013, prévoyant -0,3%. Natixis prédit -0,5%.

"J'ai bien peur que Funcas ait raison", confie Juan José Toribio, professeur à l'IESE Business School de Madrid, et "les plus gros doutes ne concernent pas cette année, pour laquelle je pense que les prévisions du gouvernement sont bien faites, mais plutôt l'an prochain".

Les papis indignés
Car 2013 "ne sera pas beaucoup plus simple" que 2012: "il faudra encore continuer avec l'ajustement budgétaire, avec encore les mêmes effets".

Madrid veut réduire son déficit de 8,51% du PIB en 2011 à 5,3% en 2012 puis 3% en 2013, mais jeudi, Standard & Poor's a clairement fait savoir qu'elle n'y croyait pas, en dégradant la note du pays de deux crans, à BBB+: elle prévoit 6,2% en 2012 puis 4,8% en 2013.

"Dans un environnement de contraction économique, et contrairement à nos prévisions précédentes, nous pensons que la trajectoire des finances publiques de l'Espagne va probablement se détériorer", a estimé l'agence.

Surtout, attention au "cercle vicieux", insiste M. Roldan: "Chaque euro que vous économisez est un euro qui ne va pas à la croissance".

L'économiste en chef de HSBC, Stephen King, est du même avis. "La situation en Espagne est en train de se muer en situation à la grecque: la récession est tellement profonde que quand vous faites un pas en avant vers l'austérité, cela vous amène deux pas en arrière".

"Le grand risque, c'est de tomber dans une spirale récessive", note Jesus Castillo, spécialiste de l'Europe du Sud chez Natixis.

"On a atteint les limites des politiques d'austérité menées à travers l'Europe: l'austérité à tout-va, comme on est en train de l'imposer en Espagne, en Italie, en Grèce, au Portugal, se traduit au final par moins de consommation, donc moins de TVA, plus de chômage, donc moins d'impôt sur le revenu", dit-il, tablant sur un chômage espagnol à 24,8% en 2013.

Il faudrait y ajouter d'"autres mesures qui, d'une certaine manière, accompagnent la croissance économique ou, du moins, adoucissent la récession", relève M. Toribio.

Mais celles-ci "doivent être prises hors d'Espagne, par la BCE elle-même, avec une politique monétaire expansive", par exemple via un nouveau prêt avantageux aux banques ou en baissant son taux directeur.

"Il faudrait certainement un assouplissement des objectifs de réduction de déficit", ajoute M. Castillo, et "cela suppose, pour les pays en difficultés et qui ont du mal à se financer sur les marchés, une vraie politique (européenne) de soutien et d'aide au financement de leurs besoins".

Première publication : 27/04/2012

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