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Asie - pacifique

Le Pakistan expulse la famille d'Oussama Ben Laden vers l'Arabie saoudite

Vidéo par Myriam BOUNAFAA

Texte par Dépêche

Dernière modification : 27/04/2012

Au terme de près d'un an de détention au Pakistan, les trois veuves et la dizaine d'enfants d'Oussama Ben Laden, tué le 2 mai 2011 à Abbottabad dans un raid des forces américaines, ont été expulsés vers l'Arabie saoudite vendredi matin.

AFP - Le Pakistan a expulsé vendredi matin vers l'Arabie Saoudite les femmes et enfants d'Oussama Ben Laden qu'il détenait depuis sa mort il y a un an dans le nord, un délai qui n'a guère permis de lever les mystères sur la présence du chef d'Al-Qaïda sur place.

Les trois veuves, deux Saoudiennes et une Yéménite, et la dizaine d'enfants ont décollé peu avant 02H00 (21H00 GMT jeudi) de l'aéroport d'Islamabad à bord d'un avion spécial, a annoncé le ministère pakistanais de l'Intérieur.

Ce départ permet au Pakistan de tourner la douloureuse et encore très mystérieuse page Ben Laden, à quelques jours du premier anniversaire de sa mort le 2 mai 2011 dans un raid clandestin des forces spéciales américaines qui avait pris d'assaut la maison où il vivait avec sa famille à Abbottabad (nord).

Les Américains avaient emmené avec eux le corps du chef d'orchestre des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, laissant sur place sa famille qui avait ensuite été arrêtée par les autorités pakistanaises.

Après dix mois de détention sans motif officiel, les trois femmes avaient été récemment condamnées à 45 jours de prison pour séjour illégal au Pakistan - peine qu'elles ont fini de purger il y a dix jours - et à être expulsées dans leurs pays d'origine avec leurs enfants.

Vers minuit jeudi (19H00 GMT), un minibus est passé prendre la famille dans la résidence surveillée d'Islamabad où elle était détenue ces derniers temps. Elle est arrivée une trentaine de minutes plus tard à l'aéroport civil d'Islamabad, situé à Rawalpindi, dans la banlieue de la capitale, où elle est entrée par une porte discrète située à l'arrière, selon des responsables locaux.

Une fois dans l'aéroport, les veuves et les enfants ont été dirigés vers la zone des départs, où ils ont satisfait à quelques procédures d'immigration avant de décoller pour l'Arabie Saoudite. Une fois sur place, la plus jeune des épouses de Ben Laden, la Yéménite Amal Abdulfattah, doit ensuite gagner le Yémen avec ses cinq enfants, selon ses avocats à Islamabad.

Après la fin théorique de la peine de prison, le processus d'expulsion de la famille avait semblé traîner. Plusieurs responsables pakistanais avaient alors évoqué la réticence de l'Arabie Saoudite à accueillir cette famille au profil embarrassant.

La détention prolongée et longtemps sans motif de la famille au Pakistan a nourri des interrogations sur l'attitude des autorités pakistanaises, soupçonnées de vouloir dissimuler des informations sur les dernières années de Ben Laden, et notamment sur le fait de savoir s'il a bénéficié de complicités pour vivre pendant tant d'années au Pakistan (entre 2002 et 2011 au minimum, dont les cinq dernières années à Abbottabad, selon l'enquête de police), sans être inquiété.

Des responsables pakistanais assuraient eux qu'Islamabad voulait expulser la famille au plus vite pour tourner définitivement la peu glorieuse page Ben Laden.

La présence du chef d'Al-Qaïda à Abbottabad, une ville de garnison, qui plus est à quelques centaines de mètres de la plus importante académie militaire du pays, avait instruit le procès en incompétence ou en complicité avec les islamistes de l'armée pakistanaise, notamment aux Etats-Unis où Islamabad est régulièrement accusée de jouer un double jeu avec certains réseaux extrémistes.

Côté pakistanais, le raid américain avait humilié l'armée, jugée incapable de protéger le pays, une accusation grave dans un pays arc-bouté sur sa souveraineté territoriale, et provoqué une grave crise entre Washington et Islamabad, son allié-clé dans la région depuis 2001, qui peinent depuis à se réconcilier.

Peu après le raid, Islamabad a mis en place une commission d'enquête pour déterminer notamment, question potentiellement explosive, si Ben Laden avait bénéficié de complicité au sein du gouvernement ou de l'armée, comme le soupçonnent les Américains. La commission n'a toujours pas rendu son rapport.

Quelques heures après le raid, les Américains avaient annoncé avoir immergé le cadavre du chef d'Al-Qaïda au large des côtes du Pakistan pour éviter qu'une tombe n'attire ses sympathisants. Aucune photo de sa dépouille n'a été publiée.

Fin février, les autorités pakistanaises ont fait raser en deux jours la villa d'Abbottabad où avaient résidé Ben Laden et sa famille, pour éviter là aussi que le bâtiment ne devienne un lieu de pèlerinage islamiste.

Première publication : 27/04/2012

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