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FRANCE

Le débat télévisé, point d'orgue de la course à l'Élysée

©

Vidéo par France 2

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 02/05/2012

Ce mercredi à 21 heures, François Hollande et Nicolas Sarkozy croiseront le fer lors du traditionnel débat télévisé de l’entre-deux-tours de l'élection présidentielle. Une bataille médiatique dont chacun veut sortir vainqueur.

"À votre place, je la ramènerais un peu moins." Cette phrase de Nicolas Sarkozy a été adressée à François Hollande en mars 1998, lors d’un débat organisé dans le cadre des élections régionales, l’une des rares rencontres télévisées entre les deux hommes. Quatorze ans plus tard, les candidats à la fonction suprême préparent un nouveau duel. Pour ces adversaires de longue date, le rendez-vous crucial a été fixé au 2 mai.

Débat entre François Hollande et Nicolas sarkozy - 16 mars 1998

Traditionnellement organisé le mercredi précédant l’élection, le débat de l’entre-deux-tours devrait être suivi par plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs sur France 2 et TF1. Un moment phare de la campagne, bien que le résultat des échanges ait peu changé la donne lors des précédentes élections.

Un duel attendu

Ce face-à-face, chacun l’aborde à sa manière. Le candidat de l’UMP (Union pour un mouvement populaire) se plaît à dire qu’il s’y prépare "sans coach", contrairement à François Hollande. Côté PS (Parti socialiste), on indique que l’agenda du candidat a été allégé ces deux derniers jours afin d’aider à sa préparation. Mais l’équipe du socialiste se refuse à tout commentaire supplémentaire.

Comme à l’approche d’un combat de boxe, les paris sont lancés. Réputé vif et agressif, Nicolas Sarkozy s’est déjà essayé - avec succès - à l’exercice en 2007 face à Ségolène Royal. Le président sortant a d’ailleurs confié à ses proches qu’il comptait "exploser" son adversaire. Pour le candidat socialiste, dont la tendance à esquiver les questions lui a été reprochée, ce sera l’occasion de "mouiller sa chemise", selon Stéphane Rozès, président de Conseil, analyses et perspectives (CAP), enseignant à Sciences-Po et HEC, joint par FRANCE 24.

"Je souhaite que ce soit un débat digne", a affirmé jeudi 26 avril François Hollande au cours de l’émission "Des Paroles et des actes". Hérité des pratiques politiques aux États-Unis, le débat de l’entre-deux-tours a vu le jour en France en 1974 avec Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Depuis lors, tous les candidats finalistes se sont prêtés au jeu, à l’exception de Jacques Chirac, en 2002, qui avait refusé de débattre avec le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen.

"Il n’est pas exclu que Nicolas Sarkozy surprenne"

"En tête dans les sondages, François Hollande devra amplifier sa dynamique, ajoute Stéphane Rozès. Le débat représente davantage un danger pour lui que pour Nicolas Sarkozy." Crédité de 53 % des intentions de vote au second tour, dimanche 6 mai, selon un sondage Ipsos Logica paru le 30 avril, le socialiste a su, au cours des dernières semaines, s’imposer comme favori.

Le but du président sortant devrait être d’inverser le cours des choses, selon le sondeur. "Après avoir effectué un virage à droite au lendemain du premier tour, Nicolas Sarkozy pourrait de nouveau changer de stratégie au dernier moment. On sait qu’il est un redoutable débatteur, il n’est pas exclu qu’il surprenne, qu’il cesse d’être clivant, en mettant en exergue les lacunes de son adversaire."

Une organisation maîtrisée

En ce qui concerne l’aspect technique, l’organisation du débat a été méticuleuse. De la lumière au choix du réalisateur - Jérôme Revon, un habitué, qui avait orchestré le débat de 2007 -, en passant par la puissance de la climatisation ou la taille de la table, rien n’est laissé au hasard.

Contacté par FRANCE 24, Thierry Thuillier, directeur de l'information à France Télévisions, dévoile une préparation qui a débuté une quinzaine de jours avant le premier tour de l’élection par la recherche d’un studio. En concertation, les deux chaînes organisatrices, TF1 et France 2, ont, par la suite, déterminé le nom du décorateur, du chef des lumières, puis du réalisateur. "Nous n’avons pas eu de desirata particulier de la part des candidats. Mais nous sommes tenus de respecter une charte de réalisation très codifiée," précise-t-il. Une charte dans laquelle figure notamment l’interdiction des plans de coupe : la caméra, fixée sur celui qui a la parole, empêche le téléspectateur de voir les réactions de son adversaire.

Tout est pensé pour donner un aspect égalitaire à l’émission : absence de son ou d’image en mouvement, une photo de l’Élysée pour seul décor. Les positions des candidats sur le plateau sont déterminées. L’ordre de passage est tiré au sort : François Hollande entamera les réjouissances, Nicolas Sarkozy conclura. "On est dans le temple de l’égalité, commente Thierry Thuillier, aucun candidat ne peut ou ne doit être favorisé." Les journalistes David Pujadas et Laurence Ferrari animeront l’émission qui devrait durer 2 h 30.

Le débat télévisé, tradition ou réel enjeu ?

Extrait du débat télévisé entre François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing - 10 mai 1974

Pourtant, contrairement à ce que pourrait laisser penser l’organisation de cet évènement médiatique, l’impact sur le vote final devrait rester limité, selon les statistiques observées au cours de précédentes élections. Principale cible des candidats, les indécis : généralement absents au rendez-vous devant leur écran, ils restent souvent peu influencés par ces joutes verbales. "Même si l’un des candidats réalise une mauvaise performance, il faudrait beaucoup de conditions pour que ce débat inverse la tendance", estime Stéphane Rozès. Parmi les personnes ayant l’intention de le suivre, 74 % assurent qu'il n'aura pas d'influence sur leur vote.

La rencontre reste néanmoins une bataille médiatique, dont chacun veut ressortir vainqueur. Une guerre de l’image dans laquelle fusent des petites phrases assassines. On se souviendra notamment des joutes oratoires entre le socialiste François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing (VGE), au cours desquelles ce dernier rétorquait à son rival, en mai 1974 : "Vous n’avez pas le monopole du cœur". L'ancien président de gauche aurait d'ailleurs avoué à VGE que cette phrase lui avait coûté 300 000 électeurs, selon une interview accordée au "Parisien" par Valéry Giscard d’Estaing, il y a quelques jours.

La porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, se dit persuadée que le débat peut changer la donne au profit de Nicolas Sarkozy. Quant à savoir si François Hollande "l’a ramènera un peu moins" qu’en 1998, rien n’est moins sûr.

Première publication : 30/04/2012

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