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FRANCE

Quand syndicalistes et politiques se disputent le 1er-Mai

©

Vidéo par France 3

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 01/05/2012

Pour la première fois, syndicalistes, lepénistes et sarkozystes battront le pavé parisien à l’occasion de la Fête du travail. Chaque camp espère récupérer la symbolique de cette journée. Au risque de donner l'image d'une France divisée.

Ce ne sera définitivement pas un 1er-Mai comme les autres. À cinq jours du second tour de l’élection présidentielle, la Fête du travail de l’année 2012 prend, en France, des allures de bataille ultime durant laquelle badges politiques et brins de muguet se disputeront les boutonnières des Français. Il faut dire que pour la première fois, militants de tous bords battront le pavé de Paris pour tenter d’y imposer leur couleur politique : les "rouges" syndicalistes affronteront les "bleus" marine qui, chacun à leur manière, s’apprêtent à se mesurer au "bleu-blanc-rouge" de la majorité présidentielle (UMP). La grande nouveauté de cette année.

Les manifestations parisiennes

Une bataille des symboles qui en dit long sur le climat politique français de l’entre-deux -tours. "Choisis ton camp, citoyen", ironise le directeur de "Libération" Nicolas Demorand dans son éditorial du 30 avril. Elle semble bien loin l'idée d'unité prônée en son temps par le maréchal Pétain, initiateur en 1941 de la "Fête du travail et de la concorde nationale". Aujourd’hui, pour les observateurs, c'est la grande division. "Le mur de Berlin reconstruit en plein Paris", renchérit l’éditorialiste du quotidien de gauche. Pis, "une guerre civile", selon Bernard Brun, un ancien collaborateur de Raymond Barre.

"Vraie" fête du travail….

Dans les rues de la capitale française, chacun espère rassembler un maximum de partisans. Les syndicalistes d’abord, très remontés par la "récupération politique" de Nicolas Sarkozy, qui a décidé d’organiser, ce jour-là, un grand rassemblement avec son camp politique.

Car le 1er-Mai, c’est d’abord le grand rendez-vous de la lutte syndicale à travers le monde. Presque un sacerdoce pour la Confédération générale du travail (CGT), un des principaux syndicats de salariés en France, qui fait de ce jour un devoir de mémoire depuis la mort en 1891 de neuf ouvriers grévistes dans le nord de la France.

"Le 1er-Mai dit une histoire, le 1er-Mai dit cette volonté de transformation sociale, le 1er-Mai dit cette solidarité internationale", souligne sur France 3 Danielle Tartakowsky, professeure d’histoire contemporaine à l’université Paris-VIII.

…ou fête du "vrai travail"

De fait, les partenaires sociaux ne décolèrent pas de voir Nicolas Sarkozy s’emparer du symbole des travailleurs pour servir sa campagne. Le président-candidat a, en effet, appelé ses partisans à se masser, ce mercredi, autour de lui, place du Trocadéro, en face de la tour Eiffel. Il compte y réaffirmer son attachement à la valeur "travail". Du "vrai travail", avait-il même cru bon de préciser au lendemain du premier tour.

L’expression était "malheureuse" finira-t-il par confesser devant le tollé provoqué. Mais son message est passé. "Le 1er-Mai n’appartient à personne", a insisté le président sortant en visant les syndicats, accusés de "privatiser" la journée et d'appeler à voter contre lui. "C’est la fête de tous ceux qui travaillent […] Moi, je vous parlerai devant une marée de drapeaux tricolores parce que le bleu-blanc-rouge, c’est vive la République et vive la France !"

En choisissant de brandir le 1er-Mai comme une arme politique, Nicolas Sarkozy fait un coup double, voire triple. Non seulement, il défie les partenaires sociaux en les éclipsant sur la scène médiatique, mais il marche également sur les plates-bandes du Front national (FN), seul parti politique à occuper, jusqu’à présent, le pavé parisien face aux syndicalistes. Enfin, en invitant la politique à la Fête du travail, il rompt avec une règle de neutralité que seul le FN ne respectait pas.

Hollande joue le décalage

Marine Le Pen s'inscrit en effet dans la tradition familiale lancée par son père en 1988 qui, à cette époque, avait tout mis en œuvre pour barrer la route au "rouge" François Mitterrand. Vingt-quatre années plus tard, la fille observe la même ligne de conduite avec quelques ajustements. Si en 1988, Jean-Marie Le Pen avait tenté de faire alliance avec la droite de Jacques Chirac pour s’opposer à la réélection de Mitterrand, l’option d’un rapprochement avec la majorité présidentielle est désormais inenvisageable pour sa fille. Ce 1er-Mai, Marine Le Pen a appelé à voter blanc.

Seul François Hollande semble vouloir échapper à ce grand tapage socialo-politico-médiatique. A-t-il cherché à contredire Nicolas Sarkozy qui l’accuse de "défiler avec ceux qui divisent la France" ? En tout cas, ce mercredi, le candidat socialiste joue le décalage. Il sera en déplacement à Nevers pour rendre hommage à Pierre Bérégovoy, l’ancien Premier ministre socialiste qui s’était suicidé le 1er mai 1993. "Le 1er-Mai, c’est la fête des travailleurs et celle des syndicats, a-t-il répété devant les caméras. Je veux qu’ils soient respectés". À l’heure où trois France s’opposent, le candidat socialiste ne veut, semble-t-il, pas diviser davantage. "C’est tout à l’honneur de François Hollande de rompre avec cette vision d’une France en guerre contre l’autre", écrit à ce propos Annie Ernaux, agrégée de lettres modernes, dans son blog sur Lemonde.fr. Reste à savoir à qui profitera cette journée dégageant un entêtant parfum électoral.

Première publication : 30/04/2012

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