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Asie - pacifique

Aung San Suu Kyi entre au Parlement et endosse son premier mandat électoral

©

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Dépêche

Dernière modification : 02/05/2012

L'opposante et prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, qui avait dans un premier temps refusé de prêter serment, a finalement intégré le Parlement birman mercredi en tant que députée, après deux décennies de lutte contre la junte militaire.

AFP - La lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi a prêté serment mercredi devant le Parlement birman, un instant aussi bref qu'historique à l'issue duquel elle a endossé le premier mandat électoral de son histoire, après deux décennies d'âpre lutte politique.
              
L'opposante, qui avait remporté haut-la-main son premier siège lors des partielles du 1er avril, et 33 autres députés de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ont promis de concert de "sauvegarder" la Constitution, qui accorde des pouvoirs immenses aux militaires.
              
"Je serai loyal à la République de l'Union de Birmanie et à ses habitants et tiendrai toujours en estime la non-désintégration de l'Union, la non-désintégration de la solidarité nationale et le perpétuation de la souveraineté", ont-ils aussi promis, debout devant le président de la chambre basse, l'ancien général Shwe Mann.
              
Trois autres députés étaient absents, en voyage à l'étranger.
              
Interrogée par l'AFP sur la nature émotionnelle du moment, elle a simplement répondu, fidèle à son flegme habituel: "non, c'était juste intéressant". Elle s'est ensuite engouffrée dans une voiture avant de quitter les lieux.
              
Suu Kyi, 66 ans, était entrée en politique en 1988, devenant rapidement l'un des dissidents les plus connus de la planète.
              
Après le départ de la junte il y a un an au profit d'un régime dit "civil" d'anciens militaires réformateurs, elle avait réintégré le jeu politique légal pour travailler avec ses ennemis d'hier à une véritable démocratisation du système politique.
              
Mais elle et ses compagnons de lutte de la LND avaient la semaine dernière refusé de prononcer ce serment solennel, réclamant de seulement s'engager à "respecter" la Constitution de 2008.
              
Le texte, adopté par référendum juste après le passage du cyclone Nargis (138.000 morts ou disparus en 2008), arroge notamment 25% des sièges des assemblées aux militaires d'active.
              
L'opposante n'a fait machine arrière que lundi, promettant de prendre ses fonctions dans l'hémicycle pour ne pas risquer une impasse avec le régime réformateur du président Thein Sein.
              
"Nous avons toujours cru en la flexibilité dans le processus politique", a-t-elle déclaré mardi aux côtés de son invité, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. "C'est notre seul moyen d'atteindre nos objectifs sans violence."
              
La décision de Suu Kyi de bouder le parlement était le premier signe de discorde entre elle et le gouvernement depuis les élections qui ont fait de la LND la première force d'opposition du parlement.
              
Celle de céder constitue son premier choix politique majeur de députée, après plus de 20 ans de confrontation avec les militaires, dont une majorité passée en résidence surveillée.
              
"Le compromis fait désormais partie de sa panoplie politique", a relevé Renaud Egreteau, chercheur à l'université de Hong Kong, pour qui cette prestation de serment était inévitable.
              
"Aung San Suu Kyi et la Ligue ne doivent pas s'enfoncer dans les paradoxes non plus, en acceptant de participer au jeu constitutionnel de l'armée mais en en refusant les règles".
              
La décision de l'opposante lui avait valu mardi les éloges de Ban, rendant hommage à sa "flexibilité".
              
Les Etats-Unis ont eux aussi salué ce "signe encourageant" du dialogue politique birman. "Nous souhaitons que ces députés nouvellement élus siègent. Nous souhaitons les voir travailler de manière constructive avec le gouvernement", a ajouté le département d'Etat.
              
Les récentes réformes ont poussé l'Occident à mettre un terme à l'isolement diplomatique de la Birmanie.
              
L'Union européenne a suspendu pour un an toutes ses sanctions politiques et économiques, à l'exception de l'embargo sur les armes. Les Etats-Unis se sont contentés d'alléger certaines restrictions aux investissements et de promettre la nomination rapide d'un ambassadeur, pour conserver un moyen de pression sur le régime.
              

 

Première publication : 02/05/2012

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