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Asie - pacifique

Entre l'Iran et Israël, l'heure est à l'apaisement

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 03/05/2012

Depuis la réunion "constructive" entre Téhéran et les pays du groupe 5+1 à Istanbul, le 14 avril, sur le dossier nucléaire iranien, l'heure semble être à une relative détente entre l'Iran et Israël. Explications.

Il semble loin le temps où l’Iran menaçait de bloquer le détroit d’Ormuz et de déclencher un nouveau choc pétrolier en cas d’embargo sur ses exportations de brut. Elle s'éloigne aussi la belle unité de façade israélienne sur le dossier du nucléaire iranien. Depuis quelques semaines, en effet, à Tel-Aviv comme à Téhéran, le ton semble s'être adouci.

Si le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, continue d'interpeller la communauté internationale sur le danger iranien - n’hésitant pas le comparer à la menace nazie -, quelques voix dissonantes prennent aujourd’hui leurs distances avec une politique va-t-en guerre qu’elles jugent dangereuse. Pis, mensongère. C’est le cas, par exemple, de l’ancien patron du Shin Beth, le service de sécurité intérieur israélien, Youval Diskin. Le mois dernier, celui-ci n’a pas hésité à accuser le Premier ministre et le ministre de la Défense, Ehoud Barak, de "tromper" les Israéliens sur la réalité de la menace iranienne.

"Comment peut-on avoir confiance en des dirigeants politiques qui se fondent sur des sentiments messianiques pour prendre leurs décisions ?", s'est-il publiquement interrogé, arguant du fait qu’une attaque israélienne sur l’Iran ne conduirait, en fin de compte, qu’à accélérer la course au nucléaire à Téhéran.

"Le début de la fin du dossier iranien"

Loin d’avoir été voué aux gémonies par ses pairs, Youval Diskin a, au contraire, reçu le soutien de plusieurs personnalités politiques et militaires israéliennes.

Le président Shimon Peres a rappelé que la frappe préventive n’était qu’une "option finale". Même le chef d’état-major de l’armée (Tsahal), Benny Gantz a dit ne pas croire que le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, "voudra franchir le pas supplémentaire" pour accéder à l’arme nucléaire. "Khamenei commettrait une grave erreur. L’équipe [iranienne] au pouvoir est composée de gens rationnels", a-t-il confié au quotidien israélien Haaretz.

Des propos modérés d’autant plus étonnants qu’ils trouvent un écho à Téhéran. Depuis la réunion du 14 avril dernier avec les pays du groupe 5+1 à Istanbul, qualifiée de "constructive" par les puissances occidentales, l'Iran semble effectivement lâcher du lest et jouer la carte de l’apaisement. "Nous sommes au début de la fin du dossier iranien monté de toutes pièces", confiait récemment le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, selon des propos rapportés par l'International Herald Tribune. "Je m’attends à voir des progrès lors de la réunion de Bagdad [où se déroulera la prochaine réunion entre l’Iran et les grandes puissances, le 23 mai, NDLR]".

"Relative accalmie"

Gare pourtant à ce doux parfum de réchauffement diplomatique, prévient Alain Rodier, spécialiste du renseignement militaro-industriel et auteur de "L’Iran : La prochaine guerre ?". S’il reconnaît que la République islamique adopte une attitude nouvelle, il n’en reste pas moins prudent sur les raisons d’un tel changement. Sérieusement essoufflé par les sanctions économiques internationales, perplexe face à l’avenir du régime syrien dont il est le fidèle allié, l'Iran n’a eu d’autre choix, selon lui, que de freiner des quatre fers.

"D’un côté, les sanctions de la communauté internationale pèsent très lourds sur la santé du pays. On pourrait penser que les Iraniens gagnent du temps. De l’autre, Téhéran craint de perdre les soutiens de la Syrie et du Hezbollah au Liban [lui même soutenu par Damas, NDLR]", explique-t-il. Dans ces conditions, Alain Rodier préfère parler "d’attentisme" iranien plutôt que de réchauffement diplomatique.

Attentisme israélien

Un attentisme dont feraient également preuve certains politiques israéliens. "Il est vrai que le gouvernement est un peu moins va-t-en-guerre qu’avant sur le dossier iranien, souligne Alain Rodier, peut-être parce que l’État hébreu doit faire face à d’autres ennemis extérieurs potentiels, tel que l’Égypte ?", s'interroge-t-il. Depuis la chute du régime de Hosni Moubarak, Israël est en effet sur ses gardes. "L'État hébreu craint une menace terroriste égyptienne. Or, Israël aura du mal à gérer à la fois la crise iranienne et le dossier égyptien", explique Alain Rodier.

Peut-être aussi parce qu’à moins de six mois de la présidentielle américaine, un emballement de la crise iranienne serait malvenu pour Barack Obama qui, sans retirer officiellement son soutien à Israël, a plusieurs fois mis en garde Tel-Aviv du danger d'une frappe préventive.

D’un côté, le président américain ne veut pas avoir à souffrir de cette tension en pleine campagne électorale, de l’autre, Israël ne peut pas se passer du soutien américain s’il venait à attaquer la République islamique. Une équation qui condamne l’État hébreu à faire le dos rond.

Reste toutefois à savoir si cette "relative accalmie" perdurera. Rien n’empêche d’être optimiste, concède Alain Rodier. La réunion du 23 mai à Bagdad pourrait, dans la continuité de celle d’Istanbul, pérenniser cette période de détente et marquer "le début de la fin" du dossier iranien, comme le laissait entendre Ali Akbar Salehi. Mais ce moment de répit pourrait aussi précéder une dangereuse escalade militaire. "Les Européens sont très sceptiques", s’inquiète ainsi Bernard Guetta, spécialiste de politique internationale, en charge de la chronique "Géopolitique" sur France Inter. "Ils craignent à la fois que ce répit ne permette aux Iraniens de franchir des pas irréversibles vers la bombe et que les Israéliens, mus par la même crainte, n’interviennent sans demander de feu vert à quiconque."

Première publication : 02/05/2012

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