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EUROPE

Aube dorée, un parti violent et xénophobe au Parlement

Vidéo par Florence VILLEMINOT

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 01/10/2013

Miné par le chômage et les cures d’austérité, la Grèce a vu son paysage politique éclater à l’issue des législatives anticipées. Le parti néo-nazi Aube dorée (Chryssi Avghi), notoirement violent et xénophobe, a raflé 21 sièges au Parlement.

Entouré de cerbères aux crânes rasés, Nikos Michaloliakos exulte d’une joie revancharde, dimanche 6 mai, à l’annonce des résultats des législatives anticipées. Le leader du parti néo-nazi l'Aube dorée (Chryssi Avghi) voit, pour la première fois, sa formation politique faire son entrée au Parlement grec. "Vous m’avez insulté, mis de côté, humilié. Mais j’ai gagné", postillonne-t-il à l’attention des journalistes au cours d’une conférence de presse à Athènes. "Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Maintenant, tous les étrangers hors de mon pays ! L’heure de la peur a sonné pour les traitres à la patrie."

L'Aube dorée a décroché près de 7 % des voix lors des législatives anticipées, soit 21 députés sur les 300 que compte le Parlement. Créé au début des années 1980 par son leader actuel Nikos Michaloliakos, l'Aube dorée prône une idéologie nationale-socialiste décomplexée. Le parti réfute le qualificatif de néo-nazi, mais sa rhétorique et les symboles qu’il a adoptés s’en approchent de façon troublante. Ne serait-ce que son emblème, un symbole grec ancien aux faux airs de croix gammée. Ou le salut que les militants se réservent - une main tendue vers l’horizon - et que Nikos Michaloliakos a osé faire en 2011 devant le conseil municipal d’Athènes où il est élu. Sur le site internet de la formation sont vendues des éditions de "Mein Kampf", pamphlet fondateur du nazisme écrit par Adolf Hilter et de "Carnets de Turner", une fiction de l’américain William Luther Pierce, vantant une suprématie de la race blanche et décrivant le massacre de Noirs et de juifs.

"J’emploie rarement le terme de néo-nazi parce qu’il est souvent utilisé à tort pour qualifier des partis d’extrême droite, commente Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des nationalismes et des extrémismes en Europe. Mais dans le cas de l'Aube dorée, cette étiquette n’est pas usurpée." Au début des années 1980, raconte le chercheur, l'Aube dorée était un groupuscule néo-nazi dans le sens le plus strict du terme. "Il avait fait allégeance au national-socialisme des années 1930, prônait la violence civile et l’antisémitisme, explique Jean-Yves Camus. Aujourd’hui, il tente de masquer un minimum ses racines nazies parce que la Grèce est un pays qui a connu l’occupation et qui s’est beaucoup battue pour s’en débarrasser. Mais son idéologie reste la même." Une idéologie largement dominée par une rhétorique anti-immigration et xénophobe, à laquelle s’est désormais ajoutée la lutte contre l’austérité.

Coutumier des actions violentes

Les militants - seuls des Blancs d’origine grecque sont admis parmi eux - hurlent continuellement leur haine des étrangers et des sans-papiers. "La Grèce aux Grecs", peut-on notamment lire sur l’affiche de campagne du parti. Sur son site internet, l'Aube dorée préconise la dispersion de mines anti-personnel tout au long de la frontière gréco-turque, par où transite 90 % de l’immigration illégale en Europe, pour dissuader les clandestins de la franchir. Mais l'Aube dorée ne se contente pas de mots. "Depuis leur création, ils sont des habitués de l’action de rue violente", assure Jean-Yves Camus. Organisés en milice, certains militants patrouillent, le soir, notamment dans le centre d’Athènes, passant à tabac les migrants, clandestins ou non, qui croisent leur route. Depuis deux ans, les attaques racistes, ciblant particulièrement les Afghans et les Pakistanais, sont de plus en plus nombreuses dans la capitale grecque. À tel point qu’Eva Cossé, chercheuse pour l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, s’en est inquiétée dans un rapport rendu public en janvier.

Dans les années 1970, le leader du parti - surnommé le Führer par la presse grecque - a lui-même été condamné à plusieurs reprises pour des agressions. C’est au cours de l’un de ses séjours en prison qu’il a rencontré l’ex-chef de la dictature des colonels, qui a régné d’une main de fer sur la Grèce entre 1967 et 1974. Une rencontre déterminante. À sa sortie de prison, il s’engage dans l’armée. Il en est exclu quelques années plus tard pour avoir organisé un trafic d’armes et d’explosifs au profit d’un groupuscule d’extrême droite. Il est condamné à un an de prison. A sa sortie, il fonde l'Aube dorée. "La Grèce n’a pas la législation nécessaire pour interdire des mouvements de ce genre", explique Jean-Yves Camus.

De la prison au Parlement, il aura fallu un peu plus de trente ans à Nikos Michaloliakos pour franchir le cap. Son ascension a été fulgurante ces deux derniers mois : aux législatives de 2009, le parti n’avait obtenu que de 0,23 % des voix et, en janvier dernier, il était encore si faible dans les sondages que les instituts ne le mentionnaient même pas. Aujourd’hui, des centaines de milliers de Grecs lui ont apporté leur soutien. "Il ne faut pas tomber dans des généralités, assure Jean-Yves Camus. Cela ne signifie évidemment pas que tous les gens qui ont voté pour l'Aube dorée sont des néo-nazis." L'évènement déclencheur de la vague Aube dorée : La nouvelle cure d’austérité, acceptée en février par la coalition au pouvoir sur les ordres du Fonds monétaire européen (FMI), de l’Union européenne (UE) et de la Banque centrale européenne (BCE). "La sensation de mise sous tutelle et la pauvreté croissante en Grèce a généré un rejet nationaliste de toutes les décisions dictées par l’étranger", explique encore le politologue. Georges Prevelakis, professeur de sciences politiques à la Sorbonne, résume : "C’est un vote irrationnel guidé par la colère".

Solidarité dans la crise

Les militants de l'Aube dorée ont également effectué un minutieux travail de terrain. Présents dans les banlieues déshéritées, ils proposent aux personnes âgées leur protection pour aller retirer de l’argent à la banque et organisent des collectes de vêtements et de nourriture pour des familles durement touchées par la crise. Des services exclusivement réservés aux Blancs. "C’est une tactique d’encadrement des populations fragiles assez classique, notamment dans les quartiers où habitent de nombreux migrants et où il y a une impression de menace, commente Georges Prevelakis. Petit à petit, les militants de l'Aube dorée ont été perçus comme des gens solidaires, chaleureux, souriants… Ils se mettent là où l’État n’est plus." À cela s’est ajoutée la farouche opposition du parti à l’austérité, et, en quelques mois, l'Aube dorée a fait mouche.

"Il y a deux endroits en Europe où des néo-nazis ont fait leur entrée au Parlement : en Hongrie, au début de l’année, et maintenant en Grèce. C’est extrêmement préoccupant", s’alarme Jean-Yves Camus. Plus confiant, Georges Prevelakis ne donne pas cher de l'Aube dorée au Parlement. "C’est un phénomène conjoncturel qui ne va pas durer longtemps", prédit le politologue, qui parie sur l’incapacité des partis pro-austérité - les conservateurs de la Nouvelle Démocratie et les socialistes du Pasok - à former un nouveau gouvernement. À défaut de coalition majoritaire, de nouvelles élections seraient inévitables. "C’est triste de voir renaître un tel parti, mais ses cadres n’ont aucun sérieux, ils ont jusqu’à présent évité les débats publics, ils seront discrédités dès qu’ils ne pourront pas y couper", conclut Georges Prevelakis.

 

Première publication : 07/05/2012

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