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Economie

Hollande et Merkel condamnés à l'entente forcée

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 08/05/2012

Si la chancelière allemande, Angela Merkel, aurait préféré continuer à travailler avec Nicolas Sarkozy, les différences idéologiques ne devraient pas faire capoter le couple franco-allemand. Ne serait-ce que pour rassurer les marchés financiers.

Elle a perdu un allié, mais pas la guerre. La chancelière allemande, Angela Merkel, a promis, lundi 7 mai, qu’elle accueillerait “à bras ouverts” François Hollande lorsque le nouveau président français se rendra à Berlin après la passation de pouvoir à l’Élysée le 15 mai. Elle a également averti qu’elle ne reviendrait pas sur le pacte budgétaire européen élaboré en janvier avec son partenaire français d’alors, Nicolas Sarkozy. Un traité européen que François Hollande a critiqué tout au long de sa campagne. Le nouvel homme fort aimerait que l’Europe mette l’accent sur des politiques de relance de la croissance plutôt que sur l’austérité.

Angela Merkel accueillera François Hollande "à bras ouverts"

“Angela Merkel aurait nettement préféré continuer à travailler avec Nicolas Sarkozy dans la mesure où elle avait réussi à le convaincre des vertus de l’orthodoxie budgétaire”, assure à FRANCE 24 Claire Demesmay, spécialiste des relations franco-allemandes à la Société allemande de politique étrangère (DGAP, en allemand). Elle aura du mal à persuader un François Hollande qui espère que la France deviendra un exemple à suivre pour d’autres pays européens opposés à la rigueur à tous les étages.

L’Irlande, la Belgique et l’Italie ont ainsi salué, lundi 7 mai, le discours hollandiste en faveur d’un volet pour la croissance ajouté au pacte budgétaire. Un front des “refuzniks” à la Merkozye (contraction de Merkel et Sarkozy qui désigne l’orthodoxie budgétaire qui règne en Europe) qui transcende le traditionnel clivage politique nord-sud en Europe et renforce l’impression d’isolement d’Angela Merkel.

Pression des marchés

Hollande : "Evitons que nos partenaires européens se sentent soumis"

Dans un entretien au magazine online Slate.fr publié le 7 mai, François Hollande précise l’idée qu’il se fait du couple franco-allemand et semble indiquer qu’il détendra légèrement les liens qui unissent actuellement les deux pays moteurs de l’Europe. Dénonçant un rapport franco-allemand "exclusif", vécu par certains pays européens comme "un directoire", il propose de donner davantage d’importance aux instances communautaires. "Conjuguer la démarche intergouvernementale avec le processus communautaire" est, selon lui, "la meilleure façon d’éviter que nos partenaires éprouvent le sentiment d’être écartés, ou pire encore soumis". M.N.

Reste que la chancelière allemande assure que c'est "sa" rigeur qui protège l'Europe de la pression des marchés financiers. Mais quels que soient leurs différents politiques, “François Hollande et Angela Merkel n’ont pas d’autre choix que de travailler ensemble”, souligne Claire Demesmay. Sans entente dans le couple franco-allemand, l’inquiétude des investisseurs pourrait entraîner une nouvelle crise boursière dont personne ne veut en Europe.

Dans cette recherche d’un nouveau modus operandi pour le couple franco-allemand, Angela Merkel n’a pas forcément perdu au change avec François Hollande, d’après Claire Demesmay. ”Nicolas Sarkozy pouvait être déroutant pour Berlin car il était imprévisible alors que François Hollande est - comme Angela Merkel - un pragmatique”, explique cette spécialiste.

En bons pragmatiques, ils devraient donc pouvoir s’entendre. “Berlin a fait savoir qu’il resterait ferme sur l’orthodoxie mais pourrait accepter d’autres mesures pour la croissance proposées par François Hollande comme un renforcement des fonds de la Banque européenne d’investissement”, note Claire Demesmay. Le futur président français a, de son côté, déjà opéré un virage sémantique : au lieu de parler de remplacer le pacte budgétaire, il évoque dorénavant l’ajout d’un volet sur la croissance.

Reste les questions de calendrier. “Il ne se passera rien côté français avant les législatives et ensuite c’est la période estivale”, regrette Claire Demesmay. Rien ne dit que les marchés financiers auront la patience d’attendre aussi longtemps.

Première publication : 07/05/2012

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