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FRANCE

Place de la Bastille, la gauche célèbre la victoire de Hollande

©

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 07/05/2012

Trente-et-un an après l'accession de François Mitterrand à l'Élysée, la gauche était au rendez-vous, dimanche soir, pour célébrer la victoire du deuxième président socialiste de la Ve République, François Hollande. Reportage.

Pour les pontes du Parti socialiste (PS), le Blues Bar BBQ a remplacé le Fouquet’s. En guise de champagne, on y sert de la bière pas forcément fraîche et des hamburgers bien saignants. C’est dans ce "dinner" à l’américaine de la rue Sedaine, à deux pas de la place de la Bastille, à Paris, que Stéphane Le Foll, organisateur de la campagne socialiste et l’un des plus proches conseillers du président élu, est venu célébrer la victoire de François Hollande, avec une dizaine de proches.

Il est près de 2 heures du matin dans la nuit de dimanche à lundi. François Hollande a quitté la Bastille sous les applaudissements. Le leader socialiste vient de prendre un bain de foule, qui n’a rien à envier aux Beatles, Madonna ou Lady Gaga, prononçant un discours devant des centaines de milliers de Français. Il vient de soulever des concerts d’applaudissement et de déclencher des cris d’hystérie de femmes émerveillées. Il vient de mettre à ses pieds les starlettes du petit et du grand écran venues le féliciter dans le carré VIP installé boulevard Richard-Lenoir pour l’occasion. Il vient de convaincre 51,7% des Français qu’il avait la stature de président.

Mais François Hollande en veut encore, et alors que des dizaines de gendarmes sont prêts à le ramener chez lui pour une nuit qui sera probablement aussi courte que méritée, il ouvre une dernière fois la fenêtre de sa voiture, pour le bonheur des passants qui lui crient une fois encore: "François Président !"

"Je me souviens quand j’amenais François faire des interviews en scooter ; maintenant, il est escorté par des dizaines de motos de la République !", confie Stéphane Le Foll, un brin nostalgique, aux journalistes qui traînent encore du micro à cette heure tardive. Il regarde s’éloigner dans son cortège présidentiel le vieil ami François, devenu aujourd’hui "Monsieur le président". Pour la vieille garde hollandiste, la soirée du 6 mai est plus qu’une victoire, c’est une consécration.

Olivier Faure, chargé de sondage pour la campagne socialiste, a été comme Stéphane Le Foll l’un des premiers à soutenir François Hollande. Dimanche soir, il se dit ému. "Au début, il y a 12 ans, on était 10 autour d’une table, à rêver sans trop y croire… Alors c’est magnifique de voir toute cette foule ce soir réunie pour l’acclamer", confie-t-il à FRANCE 24.

La Bastille, rituel républicain

Ils étaient des centaines de milliers de Français à affluer sur la place de la Bastille, Parisiens, banlieusards ou provinciaux, pour participer au grand rituel républicain dimanche soir, pour crier la victoire de la gauche.

Agglutinés sur la statue centrale de la Bastille, sur les arrêts de bus, les panneaux de signalisation, sur les toilettes installées en vue de l’immense manifestation, de très nombreuses personnes étaient au rendez-vous. Moins improvisé qu’en 1981, lors de la première élection de François Mitterrand, le show de la victoire s’est déroulé comme du papier à musique tandis qu’artistes et politiciens défilaient sur scène.

Pour plus de la moitié des Français, c’était la fête. Alors à la Bastille, on a trinqué, chanté, dansé. Les terrasses de cafés étaient bondées, les files de queue devant les tabacs et les échoppes ambulantes interminables. Les traditionnels vendeurs pakistanais de roses troquaient même leurs fleurs – exclusivement roses et rouges dimanche soir – contre des cigarettes et des sourires.

"On est venu pour se rassembler : on attendait ça depuis 1988 ! Le retour de la gauche au pouvoir, on y croyait sans trop y croire", s’exclame Frédérique, 41 ans, venue sabrer le champagne avec des copines. "On est entre filles et les hommes s’occupent des enfants à la maison ! Car c’est ça aussi le retour de la gauche : c’est le retour de l’égalité homme-femme et l’heure de la parité", renchérit Martine, 57 ans, qui trouve l’engouement de dimanche soir à la hauteur de l’enthousiasme de mai 1981, au moment de l’élection de François Mitterrand.

À deux pas du petit groupe de copines, un homme se met à jouer des percussions, faisant danser un deuxième, chanter un troisième, puis s’arrêter un groupe de Franco-Ivoiriens qui scandent des "Sarkozy, c’est fini !", clamant à qui veut bien l’entendre que l’élection de François Hollande mettra un terme définitif à la "Françafrique".

Philippe, 41 ans, a lui "envie de croire qu’un changement est possible même si la tâche sera lourde pour François Hollande". Pour ce Franco-Argentin, "le retour de la gauche facilitera la donne avec les pays d’Amérique du Sud, en tout cas, ce sera toujours moins pire qu’avec l’UMP."

Les électeurs de gauche sont venus avec leurs rêves, leurs espoirs, leur ras-le-bol. Pour eux, l’élection de François Hollande ouvre une nouvelle ère. Le "changement" est sur toutes les lèvres : "On a eu un très mauvais président qui n’était pas à la hauteur de la tâche. François Hollande a su montrer pendant la campagne qu’il avait la carrure d’un président. Il était apaisé, et c’est ce que j’attends pour la France : de l’apaisement", estime Nicolas, un Parisien de 62 ans.

La gueule de bois socialiste

Côté socialiste, on garde la tête froide et la victoire humble. Conscient des attentes soulevées par l’élection d’un président de gauche et de la lourde tâche qui l’attend, l’entourage du président se prépare déjà pour la gueule de bois du 7 mai. Sur toutes les bouches déjà, les défis à relever, la crise à affronter, la France à rassembler et les élections législatives de juin.

"C’est 10 ans de mobilisation avec pour objectif la présidentielle. On a tourné une page, mais cette page reste à écrire. J’ai un sentiment d’accomplissement, mais maintenant il faut préparer la suite et penser à l’avenir", poursuit Stéphane Le Foll.

Olivier Faure partage le même avis : "Dimanche c’est la fête mais lundi au travail. Nous sommes dans un pays en crise, qui doute de lui-même, où les fractures sont nombreuses. Il va falloir prendre le temps pour tout reconstruire", conclut l’ami proche, les traits tirés, le sourire aux lèvres. Et l’avenir dans les yeux.

 

Les militants socialistes fêtent la victoire de François Hollande à la Bastille

Première publication : 07/05/2012

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