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"J'ai voté au hasard, je ne connaissais pas un seul nom de candidat…"

Vidéo par Kamel Zait , Carlotta RANIERI

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 10/05/2012

Ils sont 800 000 électeurs algériens sur le territoire français à élire leurs députés. Dans le bureau de vote de Versailles, beaucoup reconnaissent avoir "voté à l’aveuglette" en raison de l’absence totale de campagne en France. Reportage.

À Versailles, la salle des Matelots Nationale a été reconvertie en bureau de vote à l’occasion des élections législatives qui se tiennent ce jeudi 10 mai en Algérie. Mercredi après-midi, les votant arrivent au compte-gouttes pour élire leurs députés. Deux femmes proches de la soixantaine et vêtues chacune d’un manteau noir et d’un foulard s’approchent des 23 paquets de bulletins frappés du nom des candidats avant de se regarder interloquées : "Pour qui tu vas voter ?", demande l’une. "Je ne sais pas…", rétorque l’autre en piochant plusieurs bulletins. "Est-ce qu’on doit prendre les 23 dans l’isoloir ?", interroge la première femme un peu perdue. "Un minimum de quatre bulletins", répond un assesseur.

En France, les quelque 800 000 électeurs ont jusqu’au 10 mai pour participer à ce scrutin proportionnel majoritaire à un tour. Dans la moitié nord de la France (zone 1), les 489 545 électeurs ont le choix entre 23 listes, contre 18 listes pour les 311 963 autres électeurs de la zone 2 (moitié sud). Au total, quatre députés seront élus en France pour représenter leurs concitoyens à l'Assemblée populaire nationale (APN) à Alger, forte de 462 sièges. 

"On n'a reçu aucun programme"

Deux électrices, Fatima et Fateha, sont perplexes devant la quantité de candidatures à l'élection législative algérienne. (Crédit : France24/Ségolène Allemandou)

Après avoir glissé leur précieux bulletin dans l'urne, Fatima et Fateha ont apposé leur index gauche trempé dans l'encre bleue sur le registre d'émargement, sous le contrôle d'observateurs qui veillent à la bonne tenue du scrutin. En sortant du bureau de vote, elles reviennent sur leur choix. "Franchement, j’ai voté au hasard. Je ne connaissais pas un seul nom de candidat…", indique la première. "J’ai choisi un jeune car je suis pour le changement. Je souhaiterais que la situation s’améliore pour les jeunes là-bas. Ici, nos enfants ont des emplois mais en Algérie, la jeune génération n’a pas encore trouvé sa place dans la société." En Algérie, 75 % de la population est âgée de moins de 30 ans. Fateha aussi rêve au progrès. "On vote pour faire changer les choses, pour que le coût de la vie baisse, pour améliorer la coopération entre la France et l’Algérie, détaille-t-elle. Les billets d’avion entre les deux pays sont trop chers."

Les deux Algériennes s’érigent contre le manque de communication et d’information concernant ce scrutin. "On n’a reçu aucun programme, aucune information sur les candidats…. ", énumèrent-elles en chœur. Une critique partagée par d’autres électeurs du bureau, à l’instar de Boualem, 67 ans, qui dit avoir "voté à l’aveuglette !" Et de s'exclamer : "J’ai quand même pris soin de choisir un parti avec un nom républicain histoire de faire barrage aux islamistes, mais je ne serai même pas capable de vous donner son nom exact !" Boualem, qui n’a pas de connexion Internet chez lui, reproche aux institutions de ne pas avoir envoyé d’informations par courrier. "Je ne savais même pas où je devais voter ! C’est un ami qui m’a renseigné". Même colère chez Charef, 34 ans, qui pensait recevoir les programmes des partis avant d’entrer dans l’isoloir. "Je n’ai rien reçu !", déplore-t-il.

"Un Hollande en Algérie"

Contacté par téléphone, Ahmed Hachemi, ministre à l’Ambassade d’Algérie, met en avant la responsabilité des partis politiques. "L’administration de l’ambassade et du consulat ont fait leur travail d’information. L’autre part du contrat relève des partis politiques", déclare-t-il. De son côté, Amine, 25 ans, bénévole dans le bureau de vote versaillais regrette également que les partis politiques n’aient pas fait campagne pour toucher les Algériens en France, estimant que les législatives ont plus d’importance que l’élection présidentielle. "C’est l’occasion pour l’opposition d’exister !"

Dans le bureau de vote, beaucoup d’électeurs plaident aussi pour un renouvellement des effectifs à la tête du pays, à l’image de Momo, 37 ans : "Certes, le président Bouteflika a fait des choses bien pour le pays, mais il faut que les vieux laissent leur place. Il nous faut un Hollande en Algérie…"

Première publication : 09/05/2012

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