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Economie

Syriza, le poil à gratter des créanciers de la Grèce

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 09/05/2012

Alexis Tsipras, le chef du parti Syriza, a un délai de 3 jours, qui expire le 10 mai, pour former un nouveau gouvernement en Grèce. Le programme économique du parti, désormais deuxième force politique, est souvent réduit à l'anti-austérité.

Le Grec Alexis Tsipras est devenu le nouveau meilleur ennemi des dirigeants de la zone euro qui, telle la chancelière allemande Angela Merkel, militent pour une stricte austérité budgétaire. Le chef de file de Syriza, le parti grec de la gauche radicale arrivé deuxième lors des élections législatives du dimanche 6 mai, veut en effet que le prochain gouvernement, qu’il est chargé de former d'ici le 10 mai, revienne sur les mesures d’austérité imposées par la Troïka des bailleurs de fonds de la Grèce.

“Le plan de sauvetage [international, ndlr] a été clairement annulé par le verdict

La crise politique en Grèce inquiète les marchés

populaire”, a affirmé mardi soir le jeune leader politique de 37 ans qui dispose de trois jours pour réussir l’impossible ou presque : réunir une majorité avec laquelle il pourrait gouverner. Il doit rencontrer mercredi après-midi les responsables de la coalitation sortante - les socialistes du PASOK et les conservateurs de la Nouvelle Démocratie - avec lesquels Alexis Tsipras n’a aucun atome politique crochu.

Outre la délicate équation de politique interne, Syriza doit également faire face à une pression internationale. Sa dénonciation de l’accord qui lie la Grèce à la zone euro depuis le premier plan de sauvetage en mai 2010 remettrait en cause le soutien financier international. Si la commission européenne a confirmé, mercredi, le versement de la prochaine tranche d'aide financière, elle est restée floue pour la suite. “L'aide ne peut être versée que si les conditions [les réformes pour plus de rigueur budgétaire, ndlr] sont respectées”, a souligné mardi un porte-parole de la CDU (le parti de la chancelière allemande Angela Merkel).

Pro-européen

Les critiques de Alexis Tsipras se sont empressé de dépeindre son parti comme étant, de facto, anti-européen. “Si nous disons non à tout, nous allons sortir de la zone euro”, a martelé, mercredi, Gikas Hardouvelis, un conseiller de l’ancien Premier ministre socialiste Lucas Papademos. Mais la réalité est bien plus nuancée.

D’abord historiquement. Le mouvement Syriza est né au début des années 2000 de la volonté d’ex-communistes de prendre leur distance avec Moscou. “Cette formation rassemble la partie pro-européenne du parti communiste grec (KKE)”, explique Nikos Sigalas, chercheur à l’Institut français des études anatoliennes (Ifea) au site français d’information Rue89.

"Tout porte à croire que la Grèce devra convoquer de nouvelles élections générales"

Un ancrage européen qui se retrouve également dans le programme économique défendu par Alexis Tsipras. Pour le patron du parti de la gauche radicale grecque, une taxe Tobin au sein de l'Europe doit être mise en place, la Banque centrale européenne doit jouer un rôle plus actif pour relancer l’économie et les fonds européens doivent servir exclusivement à financer des projets créateurs d'emplois. Des propositions qui ne sont pas sans rappeler certaines idées avancées par le candidat socialiste François Hollande durant la campagne présidentielle française. Le leader de Syriza a d'ailleurs exprimé le souhait de rencontrer le président élu.

Le volet national de son programme économique est quant à lui plus proche de l'extrême gauche que du modèle social-démocrate défendu par le Parti socialiste français. Alexis Tsipras veut ainsi renationaliser l’intégralité des banques grecques et mettre en place une gestion collective du secteur bancaire, il veut que les chômeurs perçoivent une allocation pour une durée indéterminée et entend soumettre les licenciements à une autorisation administrative.

Même si Alexis Tsipras ne parvient pas à former le prochain gouvernement grec, le succès électoral de son parti et de son discours est "une remise en cause du système parlementaire grec tel qu’il a existé jusqu’ici depuis 1975", conclut, également sur le site Rue 89, Jean Marcou, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble sur la politique des États du Sud de l’Europe.

Première publication : 09/05/2012

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