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FRANCE

L'hommage à Jules Ferry, premier faux pas de François Hollande ?

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 14/05/2012

François Hollande rendra hommage, mardi, à Marie Curie, prix Nobel de physique et de chimie, mais aussi à Jules Ferry, fondateur de l'école républicaine... et fervent partisan du colonialisme. Une initiative qui crée la polémique.

François Hollande n'a pas encore pris ses fonctions qu'il doit déjà affronter sa première polémique. Dans la foulée de la cérémonie de passation de pouvoir à l'Élysée, mardi 15 mai, le nouveau chef de l'État a décidé de rendre hommage à Marie Curie et Jules Ferry, l'ex-candidat socialiste à la présidentielle ayant placé l’éducation et la jeunesse au cœur de sa campagne électorale. Mais, si honorer la prix Nobel de physique (1903) et de chimie (1911) fait consensus, sa volonté de déposer une gerbe au pied de la statue du promoteur de l'école laïque, gratuite et obligatoire au jardin des Tuileries, à Paris, fait, en revanche, grincer des dents.

À lui seul, Jules Ferry incarne, en effet, deux idéaux aujourd'hui très opposés. À la fin du XIXe siècle, sous la IIIe République, il fut, certes, le père fondateur de l'école républicaine. Mais le ministre de l’Instruction publique, qui devint par la suite président du Conseil, fut également un farouche partisan de l'expansion coloniale de la France et défendait l'idée d'une hiérarchie des races, très répandue dans la société de l'époque nourrie de préjugés racistes. Une prise de position qui l’opposa d'ailleurs vivement, dans les années 1880, au député Georges Clemenceau, régulièrement scandalisé par ses propos sur la prétendue "mission civilisatrice" des Blancs.

Numéro d’équilibriste mémoriel

Pour François Hollande, la difficulté de l'exercice réside donc dans la manière d'honorer la mémoire de Jules Ferry sans occulter le volet plus sombre de sa politique. Un numéro d’équilibriste qui s'annonce compliqué... Certains intellectuels se sont déjà indignés, en effet, de cette initiative qu’ils jugent aussi maladroite qu’anti-républicaine. Tel est par exemple le cas de Luc Ferry, qui fut ministre de l'Éducation lorsque Jean-Pierre Raffarin était Premier ministre. "J’aurais plutôt célébré Clemenceau que Jules Ferry […]. [Ce dernier] fut non seulement un grand colonisateur, mais c'est aussi quelqu'un qui fonde la colonisation sur une vraie théorie raciste. De même qu'il faut éduquer les enfants, il faut éduquer les Africains, c’est ça l'idée", a-t-il ainsi déclaré lundi sur France Inter.

Moins virulent mais tout aussi sceptique, Louis-Georges Tin, le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) de France estime, lui, qu’honorer un défenseur de la supériorité de la race blanche est plutôt malhabile. "Certes, François Hollande peut tout à fait saluer en Jules Ferry le fondateur de l'école républicaine, mais il devrait aussi rappeler, en même temps, la part d'ombre de cet homme et de toute une partie de l'Histoire de France", a-t-il déclaré via un communiqué.

L’hommage récurrent à Pétain

Pour Patrick Lozès, l’ancien président du Cran et militant de la cause noire en France, en revanche, la polémique est vaine. Si Jules Ferry est un personnage ambigu, la façon dont résonnent aujourd'hui ses propos permettent de mettre en lumière les progrès réalisés par la société depuis la fin du 19e siècle. "Certes, il faut rappeler, sans jamais les passer à la trappe, les stéréotypes dans lesquels nombre de nos gloires nationales se sont abîmées, mais ces dérapages indiquent aussi que nul n’est parfait et que l’Histoire est complexe, tout autant que les êtres humains !"

Effectivement : pendant leurs mandats, le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand n'ont-ils pas tous - jusqu'en 1993 -, déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du maréchal Pétain, héros de la bataille de Verdun en 1916, mais aussi chef de l’État français sous le régime collaborationniste de Vichy ?

 

Première publication : 14/05/2012

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