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Amériques

Face à la fronde étudiante, la ministre québécoise de l'Éducation démissionne

Texte par Dépêche

Dernière modification : 15/05/2012

Confrontée à un mouvement de grève étudiant entamé au mois de février, Line Beauchamp, ministre québécoise de l'Éducation et vice-Premier ministre, a démissionné lundi, espérant ainsi provoquer un "électrochoc".

AFP - La ministre québécoise de l'Education, Line Beauchamp, a démissionné lundi dans l'espoir de provoquer un "électrochoc" pour débloquer le conflit étudiant le plus long de l'histoire de la province, autour de la hausse des frais de scolarité.
              
Mme Beauchamp a pris cette décision à la suite du rejet par ses interlocuteurs d'une proposition du gouvernement provincial pour sortir de la crise, affirmant avoir perdu confiance dans la volonté des dirigeants étudiants de trouver une solution.
              
"J'espère que cela servira d'électrochoc. Tant mieux si, dès demain, ça amène un mode compromis", a-t-elle dit.
              
Line Beauchamp, visiblement émue, a annoncé sa décision lors d'un point de presse retransmis en direct à la télévision: "Je ne démissionne pas devant l'intimidation. Je ne cède pas devant le vandalisme, devant la désobéissance civile (...). Je démissionne parce que j'estime que je ne fais plus partie de la solution".
              
Line Beauchamp, 49 ans, était ministre de l'Éducation, des Loisirs et du Sport depuis août 2010 et vice-première ministre du gouvernement libéral (centre-droit) de Jean Charest.
              
Elle a été remplacée immédiatement par Mme Michelle Courchesne qui cumulera désormais les fonctions de vice-première ministre et ministre de l'Éducation, des Loisirs et du Sport avec celles de ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de présidente du Conseil du Trésor, qu'elle occupait déjà.
              
Madame Courchesne a aussitôt annoncé une nouvelle rencontre avec les étudiants mardi pour faire l'"état des lieux". La ministre a également sous-entendu que les étudiants devraient faire un pas en direction du gouvernement : "Je suis tout à fait d'accord avec le Premier ministre, a-t-elle déclaré, ce chemin qu'ils (les étudiants, ndlr) doivent parcourir, ils ne l'ont pas parcouru".
              
Ancienne ministre de l'Éducation de 2007 à 2010, Mme Courchesne a participé au marathon de négociations avec les étudiants début mai. Elle s'y serait montrée plus souple que Mme Beauchamp, selon Jean-Pierre Charbonneau, ancien ministre et député du Parti Québécois.
              
Mme Beauchamp démissionne au début de la quatorzième semaine du conflit estudiantin le plus long de l'histoire du Québec. Quelque 165 000 étudiants sont en grève et manifestent quotidiennement, sans relâche depuis février, de nuit, de jour, parfois presque entièrement nus, pour attirer l'attention des responsables politiques et des médias du monde entier.
              
La ministre, qui abandonne également son mandat de députée libérale, quitte la vie politique.
              
Les représentants des syndicats étudiants ont accueilli l'annonce plutôt froidement.
              
"Le problème pour nous, ça n'a jamais été Mme Beauchamp" a dit Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l'organisation la plus revendicatrice, la CLASSE (Coalition Large de l'Association pour une Solidarité Syndicale Etudiante).
              
"Le problème, c'est la hausse des frais de scolarité. Ce n'est pas en changeant de ministre qu'on va régler la crise actuelle. On va régler la crise lorsqu'on va accepter de parler de la raison pour laquelle les gens sont en grève", a-t-il ajouté.
              
Le gouvernement n'a jamais voulu revenir sur la hausse décidée. Le dernier accord qu'il a proposé prévoit une augmentation des droits de scolarité à l'université de 1.780 dollars sur sept ans, au lieu de cinq ans initialement, pour arriver à près de 4.000 dollars par an, plus près de la moyenne nord-américaine.
              
En contrepartie, les prêts et bourses augmenteraient également et les frais annexes imposés aux étudiants par les universités pourraient être réduits, mais sans que cela soit assuré.

 

Première publication : 15/05/2012

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