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Economie

Les dommages collatéraux de l'introduction en Bourse de Facebook

©

Vidéo par Myriam BOUNAFAA

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 22/05/2012

Fraîchement entrée en Bourse, l'action de Facebook a chuté au Nasdaq. Cet échec annonce-t-il l'éclatement prochain de la bulle sur les valeurs technologiques ou un tournant pour la Silicon Valley ?

L’introduction en Bourse de Facebook ne s’est pas passée comme prévu pour tout le monde. Pour le groupe, tout est bien qui commence bien : il a réussi à lever 16 milliards de dollars et certains de ses employés qui ont vendu leurs actions sont devenus millionnaires du jour au lendemain. Ce n’est pas la même histoire pour tous ceux qui ont acheté du Facebook au prix de l’introduction en Bourse (38 dollars). Après deux jours de cotation, l’action ne vaut en effet plus que 34 dollars.

Cette chute du cours de plus 10 % en deux jours a amené plusieurs médias - du "New York Times" au magazine économique "Forbes" - à évoquer un “fiasco” boursier. Mais d’autres n’y ont vu qu’un juste retour de bâton après l’emballement médiatique qui a précédé l’introduction en Bourse. “Le prix de départ ne correspondait en rien à la valeur réelle de Facebook et à ses revenus”, souligne dans le "Wall Street Journal" Richard Greenfield, un analyste financier américain.

On assisterait donc au dégonflement d’une bulle "facebookienne" sur le Nasdaq. “Je conseille à tous les investisseurs de fuir l’action Facebook pour l’instant”, confie un autre investisseur à la chaine économique americaine Bloomberg. Les raisons de ce désamour boursier sont connues : le modèle économique de Facebook, basé sur la publicité, est loin de prouver que le réseau social vaut en Bourse 30 fois le montant de ses revenus de 2011.

La chute au Nasdaq - l'indice américain des valeurs technologiques - du roi du Web 2.0 a en outre été contagieuse. Le cours des actions d’autres stars du socialement connecté, tels LinkedIn (-2 %) ou Groupon (-3 %), ont baissé dans le sillage de Facebook. La preuve, pour certains commentateurs, que la bulle internet qui sévit actuellement commence à se dégonfler. “Pendant la formation d’une bulle, les gens investissent comme d’autres prient, ils ont foi dans le futur, alors qu’avec l’introduction en Bourse de Facebook, les investisseurs ont commencé à être prudents, ce qui signifie que la bulle est prête à exploser”, analyse Benzinga, un site spécialisé dans l’économie de la Silicon Valley.

Médias obnubilés

Mais d’autres analystes soulignent que cette entrée en Bourse marque le top départ d’un emballement potentiel de la bulle. “Que vont faire tous ces nouveaux millionnaires ? Ils vont investir des fortunes dans d’autres start-up parfois en dépit du bon sens et uniquement parce qu’il faut bien placer son argent quelque part”, explique à FRANCE 24 Philippe Torres, le directeur de l’Atelier, la cellule de veille technologique de la banque BNP Paribas.

L’autre leçon de cette introduction en Bourse, c'est que les investisseurs de la première heure (les business angels et fonds d’investissement) dans les entreprises du Web social sont ceux qui remportent le jackpot à tous les coups. “La voie royale pour se faire de l’argent actuellement est d’investir très tôt dans les jeunes pousses dont parlent les médias qui sont eux-mêmes obnubilés par les réseaux sociaux”, explique Steve Blank, un entrepreneur américain habitué de la Silicon Valley.

Il craint que cette ruée financière se focalise sur un domaine - les réseaux sociaux - “où il n’y a plus vraiment d’innovation”, privant du coup d’autres secteurs, comme la recherche médicale, de fonds qui pourraient s’avérer vitaux. “Entre investir dans un sérum qui rapportera peut-être de l’argent dans 15 ans et une start-up qui va peut-être être rachetée à prix d’or par les Facebook et autres Google, le choix est vite fait pour un fonds d’investissement”, regrette Steve Blank.

Première publication : 22/05/2012

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