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Moyen-orient

Le Hezbollah en position inconfortable face aux heurts au Liban

©

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 24/05/2012

La menace d’une déstabilisation du Liban par la crise en Syrie place le parti chiite, allié du régime de Bachar al-Assad, dans une position difficile. Décryptage.

De l’avis de la classe politique et des médias libanais, le pays du Cèdre a échappé de peu, ces derniers jours, à un embrasement généralisé sur fond de crise syrienne et de tensions confessionnelles. Les affrontements qui ont éclaté, dans le nord du pays et à Beyrouth, entre des Libanais pro et anti-Assad ont laissé de marbre le Hezbollah chiite. Les cadres du mouvement politico-militaire, allié du régime syrien, ont soigneusement évité de commenter les récents évènements meurtriers, certains d'entre eux se bornant à appeler toutes les parties libanaises "à la retenue".

Situation inconfortable
 
Cette communication minimum traduit la volonté du parti de Hassan Nasrallah d’apaiser les tensions. "Le Hezbollah ne veut pas jeter de l’huile sur le feu car il redoute que la situation dégénère entre les chiites et les sunnites au Liban à cause de Damas", assure un observateur avisé du mouvement pro-iranien joint au téléphone à Beyrouth par FRANCE 24, et qui a requis l’anonymat. Un scenario de guerre civile "qu’il craint encore plus qu’une attaque israélienne", ajoute-t-il.
 
Et pour cause. Le Hezbollah se retrouve dans une situation inconfortable due aux incertitudes sur l’avenir du régime syrien, enlisé dans une crise interne sans précédent depuis plus d’un an. Tout en affichant son soutien constant au président Bachar al-Assad depuis le début des évènements en Syrie, jugeant que celui-ci fait face "à un complot ourdi par les ennemis américains et israéliens visant à le renverser", le parti chiite refuse que le conflit déborde au Liban. "Le statut quo semble lui convenir puisque aucune manifestation de grande ampleur, qui est d’habitude sa marque de fabrique, n’a été organisée par ses soins en faveur de Damas", résumait récemment Ziad Majed, professeur des études du Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris, interrogé par FRANCE 24. "Il veut éviter que les régions mixtes, où cohabitent côte à côte des populations sunnites et chiites, ne soient le théâtre d’affrontements sur fond de crise syrienne et préserver ces zones des troubles sécuritaires et confessionnels", explique-t-il.
 
Trente ans après sa création en réaction à l’invasion israélienne du Liban en juin 1982, le mouvement politico-militaire libanais aurait beaucoup à perdre s’il était entraîné dans un conflit interne. "Le Hezbollah est pragmatique. Il ne veut surtout pas que l’insurrection en Syrie ne déborde au Liban car il sait qu’elle provoquerait une guerre confessionnelle interne, qui le détournerait de son ennemi israélien et l’affaiblirait considérablement alors même qu’il n’a jamais été aussi puissant au Liban", explique l’observateur depuis Beyrouth.
 
Après avoir démontré sa supériorité militaire en mai 2008 sur la scène nationale, suite à un coup de force dans les quartiers sunnites de Beyrouth, le Hezbollah est parvenu à renverser le gouvernement de Saad Hariri en janvier 2011. Depuis, même s’il ne possède que deux ministres au sein du nouveau gouvernement libanais dirigé par Najib Mikati, il l'influence grâce à ses alliés pro-syriens qui complètent ce cabinet.
 
Accusé de faire le jeu de Bachar al-Assad
 
Si le Hezbollah n'a pas intérêt au conflit, son influence sur le gouvernement le place pourtant dans une position où il lui est difficile de paraître neutre. L’opposition et la rue sunnite l'accusent notamment de faire le jeu de Bachar al-Assad au Liban. "Le Hezbollah a fait main basse sur les leviers de pouvoir et étendu son influence au Liban, ce qui irrite au plus haut point la rue sunnite qui se sent humiliée par la toute-puissance de ses rivaux chiites", explique un député de l’opposition libanaise qui a également requis l’anonymat. "La répression menée contre l’opposition par le régime syrien (dirigé par Bachar al-Assad issu de la communauté alaouite née d'une branche dissidente du chiisme ndlr) est vécue comme une déclaration de guerre par les sunnites libanais, et le Hezbollah est accusé de pourchasser les opposants syriens et leurs sympathisants libanais majoritairement sunnites, grâce aux services de sécurité à sa botte", explique-t-il. D’où les violences qui ont éclaté à Tripoli samedi dernier après l’arrestation, par un service de sécurité décrit comme proche du Hezbollah, d’un salafiste qui se présente comme un soutien des rebelles syriens. Contactés par FRANCE 24, certains hauts responsables du Hezbollah ont poliment refusé de s’exprimer sur cette question.
 
Malgré l’opacité qui entoure le mouvement, plusieurs sources citées autant par des médias étrangers que libanais font état de dissensions internes, provoquées par la position délicate du parti. La seule certitude qu’ont en commun les observateurs concerne la ligne rouge fixée par le parti chiite : sa pérennité. "Le Hezbollah ne sacrifiera pas les priorités que sont sa survie et les intérêts de son parrain iranien en échange de la sauvegarde du clan Assad", affirme Ziad Majed.
 

 

Première publication : 23/05/2012

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