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Afrique

Désillusionnés, les Égyptiens ont boudé le premier tour de la présidentielle

©

Vidéo par Kéthévane GORJESTANI

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 25/05/2012

En dépit d'un scrutin historique, les Égyptiens ne se sont pas bousculés dans les bureaux de vote pour le premier tour de la présidentielle. Beaucoup regrettent une élection prise en tenaille entre les islamistes et les ex-caciques du régime.

En dépit des inquiétudes des observateurs internationaux, le premier tour de la présidentielle égyptienne s'est globalement déroulé sans accroc - malgré la mort mercredi 23 mai d'un policier dans des circonstances encore confuses. Pour ce scrutin historique, les autorités avaient donné un jour congé aux fonctionnaires pour qu’ils puissent remplir leur devoir de citoyen à l'occasion de la première élection libre de l’ère post-Moubarak.

Place désormais au dépouillement à l’issue duquel sera désigné le nom de celui qui occupera le siège de président et aura la lourde tâche de mettre fin à une période de transition tumultueuse, émaillée de violences meurtrières. L’attente s’annonce longue, le pays comptant quelque 13 000 bureaux de vote. Les treize candidats devront donc s’armer de patience avant l’annonce des résultats officiels mardi 29 mai.

Précisions avec notre correspondante

Pourtant, à peine les bureaux de vote du pays avaient-ils fermé jeudi soir que les Frères musulmans criaient déjà victoire. "Nous sommes sûrs que le prochain président sera notre candidat Mohammed Morsi", déclarait confiant, Essam al-Aryane, le vice-président du parti Liberté et Justice, la vitrine politique de la puissante confrérie. "Les premières estimations le donnent en tête dans 250 bureaux de vote", ajoutait-il. Un emballement quelque peu prématuré au regard de ces résultats portant sur seulement 2 % des bureaux de vote… Quelques heures plus tard, toutefois, un autre responsable du parti islamiste indiquait sous couvert d'anonymat que Mohammed Morsi aurait obtenu 25 % des voix.

50% d’abstention

Parmi la population, l’enthousiasme est plus modéré. Si ce scrutin est un premier pas indéniable vers la démocratie, il n’a pourtant pas attiré les foules. Selon les premières estimations de la Commission électorale égyptienne, seuls 50 % des Égyptiens auraient glissé leur bulletin dans l’urne, contre un peu plus de 60 % lors des législatives il y a six mois. "Il ne faut pas se fier aux images de longues files d’attente que les médias ont pu montrer. L’affluence a même baissé le second jour", confirme Sonia Dridi, la correspondante de FRANCE 24 au Caire. "Il faut dire que beaucoup ont perdu confiance dans le système. Ils ne se reconnaissent pas dans la nouvelle classe politique qui leur est proposé", ajoute-t-elle.

Selon la journaliste, nombre d’électeurs sont démoralisés par la bipolarisation du scrutin. Ils s'estiment pris en otage entre les Frères musulmans - qu’une victoire placerait en position de force dans le pays le plus peuplé du monde arabe - et les anciens caciques du régime. C’est le cas des révolutionnaires du Printemps arabe. Leur candidat Khaled

INFOGRAPHIE

Ali n’a pratiquement aucune chance de se hisser au second tour. "Ils sont désillusionnés, ils ne se reconnaissent dans aucun des candidats favoris, ils ont l’impression que leur révolution leur a été volée, commente Sonia Dridi. Ils ont donc boycotté le scrutin."

Aspiration au changement ou désir de stabilité ?

Il faut dire que ces révolutionnaires du Printemps arabe peinent à comprendre comment, en dépit de plusieurs mois de révolte contre l’ancien régime, le candidat Amr Moussa, ex-ministre des Affaires étrangères d'Hosni Moubarak, et Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre du leader déchu, fassent partie des favoris. Selon Sonia Dridi, beaucoup d’Égyptiens sont tentés paradoxalement par ces personnalités de l’ancien régime qui promettent le rétablissement de la sécurité et un retour à la "normale". "Ils se sentent partagés entre l’aspiration au changement et le désir de stabilité", explique la correspondante de FRANCE 24.

La presse égyptienne, elle, préfère s'attarder sur une bonne nouvelle : la tempérance des électeurs lors de ce scrutin. Nabil Elaraby, le chef de la Ligue arabe et l’actuel ministre des Affaires étrangères par intérim, s’en est d’ailleurs félicité. "Nous avions 50 observateurs dans différents endroits du pays. Tout s’y est passé pour le mieux, de manière intègre et sans violence", a-t-il affirmé. Reste à espérer qu’un - très probable - second tour (les 16 et 17 juin) se déroulera sans encombre et dans le respect du processus démocratique.

Première publication : 25/05/2012

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